Lecture / Ecriture
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La cuisinière d'Himmler de Franz-Olivier Giesbert

Franz-Olivier Giesbert
  Un très grand amour
  La cuisinière d'Himmler
  L’arracheuse de dents
  Belle d'amour
  Le Schmock

Franz-Olivier Giesbert est un homme de lettres franco-américain né en 1949.

La cuisinière d'Himmler - Franz-Olivier Giesbert

Espoir, pas mort
Note :

   Le nom de l'auteur fait peur. Nous voyons tous à son évocation, cet homme communément considéré comme intelligent, que les journalistes font intervenir sur des sujets aussi divers que sérieux. Et pourtant, c'est un roman léger, bourré d'humour, qu'il nous offre ici.
   
   Nous sommes en 2012, Rose fête ses 105 ans en compagnie de ses quelques meilleurs amis, personnages aux mille couleurs, loufoques, à l'image de cette première. Alors qu'elle est à l'aube de la fin de sa vie, elle reçoit un drôle de faire-part de décès, qui l'a renvoie dans son passé et de ce qui a fait d'elle ce personnage quelque peu insensé...
   
   Rose a traversé le XXe siècle, en en subissant tous les travers, toutes les horreurs qui l'ont composés. D'origine Arménienne, à 8 ans, elle vit le génocide. Puis, ce sera le nazisme qui l'engloutira dans sa folle course, et enfin, le communisme chinois qui emportera son deuxième amour. Entre chacun de ses événements historiques, la vie ne l'épargnera pas et lui réservera multiples épreuves et décadences.
   
   Malgré tout cela, Rose vivra sa vie plus ou moins sereinement, avec pour seul credo : "Si l'Enfer, c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie". Femme de son temps, elle se pliera toujours aux mœurs en cours et n'oubliera pas d'aimer et de désirer, que ce soient les hommes ou les femmes. Maîtresse de son présent et de son avenir, elle appliquera régulièrement la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent! et n'oubliera pas de mettre à profit chaque instant pour composer son bonheur personnel.
   
   Alors, c'est certain, maintenant que je me relis, je me rends bien compte que le sujet paraît grave. Mais toute la beauté du roman réside ici : malgré la dureté apparente du texte, celui-ci se révèle en fait plein de joie et d'humour. Truffé de petites phrases sensibles et fines, nous passons un excellent moment à lire "La cuisinière d'Himmler"... pour preuve ces quelques exemples :
   
   "La cinquantaine obèse, il était la preuve vivante que l'homme descend moins du singe que du cochon."
   
   "C'est un secret encore très bien gardé, mais un homme sur deux est une femme. Donc toutes les femmes sont des hommes, encore que, Dieu merci, tous les hommes ne sont pas des femmes."

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critique par Pauline




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Une recette sans relief
Note :

   Rose, centenaire alerte et truculente, a traversé le siècle comme on visite une contrée sauvage, un arrière-pays dénué de balises protectrices, taillé dans le brut, balayé par des vents annoncés.
   
   De son Arménie natale aux confins des campagnes chinoises, du nid d’aigle du Fürher aux quartiers chics de Chicago, de Paris à Marseille (où elle termine sa longue vie auprès de ce qui lui reste d’amis, très jeunes pour la plupart) du vieux port aux murs épais de la Bonne Mère (elle n’y prie certes pas mais elle y profite simplement du calme et du frais pour une petite sieste salutaire), Rose, rattrapée par un événement marquant, raconte et décrypte sa longue existence.
   
   Entre vengeances expéditives, sacrifices idéologiques autant que physiques, libido débridée (qui lui vaudra d’ailleurs de porter, tel un fardeau, les œuvres du nazisme personnifié), Rose s’accroche toujours à sa planche de salut : l’art de cuisiner, cuisine authentique, simple, culturelle, ancrée dans ses racines arméniennes puis provençales.
   
   L’Histoire ne lui fait pas de cadeaux, à Rose (pas moins qu’aux autres d’ailleurs) mais elle surnage, usant de ses talents culinaires qui lui vaudront aussi les honneurs de figures célèbres, pas très glorieuses, il est vrai, mais dont elle s’accommode pour parvenir à ses fins : l’extase amoureuse, l’assouvissement de sa soif de justice et de liberté.
   
   Tout cela est certes agréable à lire, soutenu par une écriture souple, une trame structurée et précise, un humour décalé omniprésent, un sens de la dramaturgie efficace. Mais, passé le hors-d’œuvre exquis et prometteur, on regrette, au final, l’accumulation d’ingrédients inutiles ou convenus : énormités, provocations qui tournent à la complaisance, situations improbables, personnages invraisemblables dont Rose, elle-même, dont les tribulations finissent par agacer.
   
   Au bout du compte, on termine sur une note mitigée. Le lecteur, boulimique ou non, n’en retiendra sans doute que l’effet de satiété car, du point de vue gustatif, à trop vouloir démontrer, on finit par se noyer dans la banalité.
   
   PS : ma grand-mère a bien apprécié les recettes en fin d’ouvrage

critique par Fred Filo




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