Lecture / Ecriture
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Un membre permanent de la famille de Russell Banks

Russell Banks
  De beaux lendemains
  American Darling
  Affliction
  Sous le règne de Bone
  Terminus Floride (ou Continents à la dérive)
  Pourfendeur de nuages
  Hamilton Stark
  Trailerpark
  Histoire de réussir
  La Réserve
  L'Ange sur le toit
  Lointain souvenir de la peau
  La relation de mon emprisonnement
  Un membre permanent de la famille
  Continents à la dérive

AUTEUR DU MOIS DE DECEMBRE 2005

Russell Banks est né le 3 mars 1940 aux Etats Unis, dans le New Hampshire. Il a voyagé, exercé de petits métiers et, plus intéressant à mon avis, milité pour les droits civiques des Noirs, à une époque ou cela était loin d'aller de soi, surtout pour un Blanc.
C'est un grand admirateur de Jack Kerouac. Il avait commencé par écrire de la poésie, mais s'est ensuite mis au roman avec beaucoup plus de succès. Plusieurs de ses romans ("Affliction", "De beaux lendemains") ont été adaptés au cinéma.

Il devient professeur d'Université avant d'aller vivre deux ans en Jamaïque.. Il est maintenant un écrivain reconnu et incontesté, membre puis même président du Parlement International des Ecrivains.
Dans ses romans, il met le plus souvent en scène des marginaux ou des "ratés", des losers du système américain. "C'est une préoccupation centrale pour moi, presque une obsession: parler de ceux dont les vies ne sont pas considérées comme suffisamment intéressantes pour qu'on en parle. Amener les autres à prendre conscience que la vie intérieure de ceux qu'on appelle les gens ordinaires est aussi subtile, compliquée, et trouble que celle d'un philosophe, d'un chef d'entreprise ou d'un intellectuel."

Un membre permanent de la famille - Russell Banks

Protagonistes humains... ou non
Note :

   "Un membre permanent de la famille" fait partie des recueils de nouvelles les plus beaux que j'ai lus et même si ce n'est pas un coup de cœur, je reconnais que cette œuvre restera à part dans mon histoire avec ce genre littéraire.
   
   Russell Banks a l'art de décrire ses contemporains de façon lucide, intransigeante, empathique et bienveillante. Sa profonde inventivité réside dans la déviance repérée chez certains de ses personnages ou de la déviation de la trajectoire initiale des autres (à n'importe quel instant de l'intrigue), de surprendre le lecteur, là où il n'attend pas l'initiateur.
   
   C'est déroutant et très frustrant, parce que ces changements de cap ont souvent lieu en fin de seconde partie et constituent la plupart du temps la fameuse chute, si difficile à amorcer dans l'exercice de la nouvelle : on a envie de rester dans l'instantané avec des protagonistes attachants, parfois perturbants, si mystérieux, de humer leur atmosphère, de les retenir encore un peu avant qu'ils ne disparaissent de notre vue, d'anticiper la fameuse bascule (je l'ai souvent ratée dans mes prévisions).
   
   Très souvent, ils nous échappent avant qu'on les comprenne parfaitement et intégralement. Mais ce suspense constitue le trésor précieux de Russell Banks, "son héritage" que représente cette œuvre foisonnante. Chaque héros n'est qu'une ombre qui nous rend visite le temps de quelques pages, puis laisse la place au copain ou à la copine.
   
   L'écriture est splendide (félicitations au traducteur Pierre Furlan), on respire les États-Unis à plein nez, la culture et les contradictions propres à chaque individu. C'était ma première expérience littéraire avec cet auteur et je loue la simplicité de cet artiste dans l'emploi des mots, dans la description des situations, sa réelle et touchante efficacité dans ces douze récits. Russell Banks doit être un humain formidable, de sentir et de décrire à ce point si bien l'âme humaine (animale), à l'approcher sans la juger, à remettre en cause sa façon de concevoir une nouvelle, à continuellement modifier sa prose sans en rajouter des tonnes.
   
   
   Pourquoi **** au lieu de ***** ?
   

   Il m'a manqué la phase émotion dans certaines nouvelles : esthétiquement, les écrits sont parfaits (rythme, écriture, arrêt brutal). J'attendais juste le pincement au cœur, le petit truc qui fait que, moi aussi, je bascule à côté de chaque héros. Cela s'est rarement produit, même si je reconnais que plusieurs de ces rencontres m'ont perturbée les jours qui ont suivi la lecture. Je crois que chaque nouvelle de Russell Banks se savoure, qu'il vaut mieux être gourmet que gourmand pour apprécier le contenu, que celui-ci a besoin de décanter, de diffuser dans le cerveau (comme un thé rend son arôme subtil en infusant une certaine durée, propre à sa nature). Le temps va effectuer son travail de sape, est-ce qu' "Un membre permanent de la famille" y résistera ? Il est possible que la réponse soit positive.
   
   
   Mes préférées : il n'y a rien à jeter, il faut juste les relire à l'infini !
   

   Un Ancien marine découvre que sa retraite ne lui permet pas de vivre décemment. Or ses besoins, sans être excessifs, exigent un certain confort matériel qu'il va s'empresser d'assouvir sous le regard suspicieux de ses trois garnements, gardiens de l'ordre moral.
   
   Une fête de Noël qui procure une émotion forte bien après la lecture, une superbe transition, un adieu pour un nouveau départ : magnifique !
   
   Une Transplantation qui pourrait être la suite de "Réparer les vivants" de Maylis de Kérangal : tout aussi splendide, très forte, une chute admirable (émouvante). J'ai adoré cette nouvelle et je suis heureuse de l'avoir découverte.
   
   Big dog : un jeu de massacre jubilatoire et foncièrement corrosif entre copains après l'attribution d'un prix et d'une prime honorant l'un d'entre eux !
   
   Blue : un achat de voiture mémorable.
   
   Les outer banks : ceux et celles qui ont perdu un chien comprendront toute l'émotion de cette histoire. J'ai été touchée.
   
   Perdu, trouvé : une rencontre qui devient une non-rencontre, l'art de la fuite.
   
   
   Les autres écrits :

   
   Un membre permanent de la famille : où la garde alternée concerne aussi les animaux de la famille.
   
   Oiseaux des neiges : l'amitié féminine plus forte que la mort, écrit très très subtil dans l'interprétation.
   
   Le perroquet invisible : une nouvelle ratée selon moi (c'est plus une tranche de vie)
   
   À la recherche de Véronica : récit confus, une autre nouvelle ratée selon moi (il manque de la nuance et de la clarté)
   
   La porte verte : un barman étonnant et détonant.
   
   Trois récits concernent les chiens : il est possible que l'auteur fasse une fixette dessus. Je trouve cela plutôt positif et innovant.
    ↓

critique par Philisine Cave




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Amérique à travers douleur et espoir
Note :

    Remarquable auteur américain, Russel Banks nous offre ici un recueil de nouvelles tout à fait brillant et émouvant.
   
    Difficile l'exercice de la nouvelle, elle doit nous intriguer dès les premiers mots, nous emporter tout au long de la courte histoire et nous chavirer au final.
   
    Transmettre l'essentiel en très peu de pages, Russel Banks l'a fait avec talent.
   
    En observateur de l'humain, l'auteur met en scène des personnages de la middle class, américains blancs et noirs. Ils ont tous en commun une vie banale qui leur échappe, une solitude chargée de peur, d'impuissance et d'échec.
   
    Ils avancent dans la vie au bord de toutes les ruptures et en marge d'une société qui ne les voit plus.
   
    Ce sont des tranches de vies qui ont basculé à un moment précis. Divorce, séparation, manque d'argent, racisme, les personnages se révèlent tout au long de ces récits à travers douleur et espoir.
   
    Noyés dans des quotidiens souvent insignifiants, ils sont en quête d'humanité et luttent chacun à sa manière pour ne pas sombrer.
   
    Si ces instantanés de vie sont parfois sombres et cruels, Russel Banks arrive à ne pas donner dans le larmoyant en mettant assez de justesse pour que le lecteur se sente en immersion totale.
   
    L'écriture est magnifique, au plus près de ces hommes et femmes qui souffrent ou ont beaucoup trop souffert.
   
    J'ai aimé "Ancien Marine", l'histoire d'un père au prise avec la vie et ses fils, "Fête de Noël" montre la solitude et la blessure d'un homme quitté, "Transplantation" m'a émue dans les dernières lignes.
   
    Je vous laisse découvrir ces nouvelles et trouver dans ces vies blessées qui est le membre permanent de la famille.
   
    Très beau, à lire.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Le moment où ça vacille
Note :

   "Ils ne sont pas inquiets pour Ventana: maintenant qu'on l'a filmée pour la télé, elle a accédé à un autre niveau de réalité et de pouvoir, un niveau plus élevé que le leur."
   

   De la permanence, voilà bien ce qui manque, entre autres, aux personnages des douze nouvelles de ce recueil de Russell Banks.
   
   Saisis à des moments où leur vie vacille de façon ténue ou plus dramatique, l'auteur sait capter, toujours avec bienveillance, mais avec une lucidité extrême, les moindres oscillations de leurs sentiments.
   
   Qu'il dépeigne les non-dits qui se révèlent dans une réunion d'artistes et d'intellos, l'effritement d'une famille entériné par un deuil imprévu, les espoirs d'une femme noire modeste ou les glissements de personnalité d’une femme rencontrée par hasard, il règne toujours dans ces textes une grande tension qui tient le lecteur en haleine, l’entraînant même parfois ( ce fut mon cas, en tout cas) à différer la lecture d'un texte, en l'occurrence, "Blue".
   
   Un style magistral,des récits d'une grande intensité dramatique font de ce recueil une totale réussite!
   
   Et zou, sur l'étagère des indispensables!
   
    239 pages denses.
    ↓

critique par Cathulu




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Recueil de douze nouvelles brèves
Note :

   Me plaît la nouvelle "Blue" et je ne risque pas d’oublier cette femme noire poursuivie par un ignoble pitbull, et qui se réfugie sur une toit de voiture à vendre, et ameute tout le quartier : tout le monde vient voir… le spectacle et nul ne lui porte secours ! Cette nouvelle est bouleversante, parfaite même.
   
   J’ai aussi adoré celle de la veuve qui se découvre joyeuse ( "Oiseaux des neiges") et entraîne son amie venue la consoler dans la danse, très réussie également aussi gaie et ironique que "Blue" est sinistre.
   
   Moins réussies mais valant le déplacement "A la recherche de Veronica" récit d’une femme plongée dans la confusion, et "Fête de noël", mettant en scène Harold invité par son ex-épouse qui a brillamment refait sa vie, alors que lui ne s’en sort pas…
   
   Les autres nouvelles ne m’ont fait ni chaud ni froid. C’est dans l’ensemble une déception : j’avais aimé "l’Ange sur le toit" bien davantage… ici les récits retenus ne sont pas très bien choisis. Le recueil s’avère très inégal…
   
   Et il y a trop de chiens ! Mis à part le pitbull de "Blue", ce sont de bons chiens... j’avoue, je n’aime pas les chiens ; les méchants me font peur et les bons m’énervent car ils sont trop collants.

critique par Jehanne




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