Lecture / Ecriture
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La haine et la honte de Friedrich Reck-Malleczewen

Friedrich Reck-Malleczewen
  La haine et la honte

La haine et la honte - Friedrich Reck-Malleczewen

Journal d'un aristocrate allemand 1936-1944
Note :

   Voici un livre qui sort du commun. Bien sûr, on sait beaucoup de choses sur la Résistance intérieure d’un certain nombre d’Allemands à la tyrannie nazie: le Journal d’Ulrich von Hassel, par exemple, ancien ambassadeur d’Allemagne en Italie, qui se refusa à représenter cette Allemagne-là, et se consacra après sa démission à rassembler des partisans parmi les gens de son milieu, l’aristocratie. Il finit pendu. Egalement, les admirables frère et sœur Scholl, étudiants en médecine à Munich, surpris par un appariteur minable à distribuer de tracts à la fac, après en avoir laissé un peu partout (voir le beau film allemand "Sophie Scholl, les derniers jours"), guillotiné au terme d’un procès bâclé par l’ignoble Freissler.
   
    Là encore, l’auteur est un aristocrate, né en 1884, au sein d’une famille de junkers prussienne. Il a beaucoup voyagé, a séjourné en Russie, aux Etats-Unis. Il fut médecin, puis journaliste, critique d’art, et écrivain. Il assiste depuis sa propriété de Chielmau à la décomposition des mœurs, à l’émergence d’une nouvelle classe, faite de boutiquiers, d’instituteurs, de coiffeurs, qui forment, avec la bourgeoisie affairiste une nouvelle classe dirigeante, qui fait main basse sur les valeurs traditionnelles allemandes. La Prusse, qui est le pays d’origine de l’auteur, quoiqu’il vive en Bavière est décrite comme un enfer "faite de pièces et de morceaux (…) ayant consacré toutes ses forces à son appareil militaire, n’ayant rien d’allemand, limitée par la Vistule, patrie de ces madones à pattes de basset, l’égout collecteur qui recueille tous les désirs troubles…"
   
   La critique, non le mot est faible, la haine, justement, la nausée vis-à-vis de ce régime est argumentée métaphysiquement. C’est le règne de l’Antéchrist, il en porte toutes les marques: une vaste soûlerie collective, qui laissera des traces profondes et définitive, même quand le peuple aura cuvé son délire criminel et carnavalesque, qui va faire des petits (qui a bu boira). L’auteur, né Protestant s’est converti au catholicisme. Et chose étrange, il décrit par certains côtés le monde où nous vivons… Cette lecture est réconfortante. Elle prouve que l’objectivité n’est d’aucun pays. Ce livre, toute personne éclairée et de bonne foi aurait pu l’écrire… A lire, donc.

critique par Somsakt




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