Lecture / Ecriture
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Temps glaciaires de Fred Vargas

Fred Vargas
  Petit traité de toutes vérités
  Sous les vents de Neptune
  L'homme aux cercles bleus
  Debout les morts
  Un peu plus loin sur la droite
  Coule la Seine
  Pars vite et reviens tard
  Sans feu ni lieu
  Dans les bois éternels
  Un lieu incertain
  V comme: comme: Les quatre fleuves
  L'homme à l'envers
  Salut et liberté
  L'armée furieuse
  La vérité sur Cesare Battisti
  Ceux qui vont mourir te saluent
  Temps glaciaires
  Quand sort la recluse

Fred Vargas est le nom de plume de Frédérique Audoin-Rouzeau, romancière française de romans policiers et archéozoologue, née à Paris en 1957.

Temps glaciaires - Fred Vargas

Mythologie adamsbergienne
Note :

   C'est bien connu, la vox populi a toujours manifesté un aussi grand appétit à encenser qu'à brûler ce qu'elle avait encensé. Nous le constatons encore aujourd'hui en voyant certains chipoter le dernier roman de Fred Vargas, comme en écho à l’enthousiasme qu'avaient soulevé les premiers dans les années 90. Il ne faut donc pas s'en étonner, c'est dans l'ordre normal des choses. Quant à moi, je dois dire que je suis toujours sous le charme. Toujours cette galerie foisonnante de personnages improbables (de plus en plus, même). Si tout le monde était vraiment aussi "spécial", ce serait quand même bien... ne peut-on pas s’empêcher de soupirer. Et cela nous distrait d'une normalité trop balisée, et ça fait du bien.
   
   Bref, une fois encore une histoire bien bien compliquée. Adamsberg y manifeste de plus des dons confirmés pour le dessin (ça avait déjà été le cas? Je ne me souviens plus) et son équipe part un peu dans tous les sens, à son image. Il reproche vertement à un de ses adjoints (je n'en dis pas plus) d'avoir donné des renseignements personnels à un suspect, sans réaliser qu'il en a souvent fait autant lui même.* Il n'explique rien, mais il faut tout comprendre. Il me semble qu'il n'a jamais rien expliqué mais qu'il exigeait moins que l'on devine. D'ailleurs j'ai eu l'impression que cette fois, toute son équipe était moins soudée derrière lui. Mais tout le monde change... et puis, je me trompe peut-être, il y a quand même quatre ans que je ne les avais plus revus!**
   
   Une histoire compliquée donc et à double fond puisqu'elle mêle la période la plus active de Robespierre et de la guillotine à des assemblées révolutionnaires encore étonnamment actifs et des crimes on ne peut plus actuels avec de très sombres mobiles beaucoup moins anciens. Le tout, bien féroce, quelque que soit l'époque.
   
   Adamsberg aime toujours les animaux. Dans l'armée furieuse, il sauvait un pigeon, ici, ce sera un sanglier. Danglard aime toujours le vin blanc (et là, les bouteilles ne seront pas sauvées) mais il n'est plus la seule encyclopédie vivante, alors que le commissaire lui, est ici, parfois un peu trop ignorant.
   
   C'est très bien fait, c'est passionnant et les presque 500 pages se dévorent (si on aime le style Vargas) tout est bien amené, ce qui tient de l'exploit en regard de l'impression de fouillis inextricable qui est volontairement donnée. Je pense que tous les amateurs d'Adamsberg seront satisfaits de cette nouvelle aventure. Par contre, ceux qui ne l'apprécient pas, continueront, car on est bien toujours dans la même veine. C'est écrit comme écrit F. Vargas (Toujours plus de "J'ai été" à la place de "je suis allé", malheureusement), c'est à dire, suffisamment bien pour un bon polar. A noter en particulier le talent dans la peinture des seconds rôles, comme notre Marie-France qui apportera le premier indice. Le style n'a pas changé, une belle constance aussi de ce côté-là.
   
   
   * Ici, ne serait-ce qu'un peu avant en détaillant les particularités narcoleptiques d'un adjoint
   ** "L'armée furieuse" 2011, "Temps glaciaires" 2015
   
   
   
   Série Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg
   
    L'Homme aux cercles bleus (1991) - Prix du festival de Saint-Nazaire 1992.
    L'Homme à l'envers (1999) - Grand prix du roman noir de Cognac 2000, Prix mystère de la critique 2000.
    Pars vite et reviens tard (2001) - Prix des libraires 2002, Prix des lectrices ELLE 2002, Deutscher Krimipreis.
    Sous les vents de Neptune (2004)
    Dans les bois éternels (2006)
    Un lieu incertain (2008)
    L'Armée furieuse (2011)
    Temps glaciaires (2015)

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critique par Sibylline




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Les temps changent (glaciaires ou non)
Note :

   C’est moi ou les temps changent ? À l’image de nos jours moroses, le ton de ces « Temps glaciaires » m’a semblé désenchanté. L’harmonie d’un microcosme s’est fissurée, les hommes sont maintenant désabusés. Pourtant l’intrigue du nouvel opus de Fred Vargas fonctionne, les engrenages entraînent finement les personnages et leurs intrigues vers l’inexorable, mais une petite lassitude s’est infiltrée dans la brigade du 13ème. Incontestablement, nous les retrouvons tous, les pro Adamsberg et les réticents, que l’on reconnaît depuis toujours à leurs qualités et à leurs travers. Surtout les travers. Autant vous le dire tout de suite, je pense notamment à la relation du vieux couple Adamsberg - Danglard, aux remarques concernant la personnalité de Retancourt. Il m’a semblé, et je reconnais que ça me peine un peu, quelque chose vieillit moins bien chez notre Pelleteur de nuages, il ne pêche plus dans ses rêves comme autrefois.
   
   À part ces quelques réticences, il s’agit d’un bon polar, bien dans la veine Vargas, avec ce qu’il faut de détours par l’histoire dans l’Histoire, épicée d’effluve fantasmatique, pour piquer notre curiosité et nous mener de fausses pistes en suspects innocents jusqu’au rebondissement final absolument imprévisible.
   
    Une lettre qu’une vieille dame s’efforce de poster jusqu’au bout de ses forces, une vague de suicides étranges, un jeune homme au mental fragile, environné de personnages inquiétants, une signature de crimes en forme de guillotine, la Normandie profonde comme l’aime Adamsberg, un voyage épique aux confins du Septentrion, bref, tous les éléments sont réunis ici pour nous embarquer avec plaisir dans une série d’intrigues qui s’emmêle de façon inextricable. On se laisse mener jusqu’aux tréfonds de nos peurs, là où souffle l’âpre Afturganga qui menace de nous engloutir…
   « Adamsberg prit conscience que, sous ce ciel toujours aussi bleu, l’air avait changé de consistance, apportant une odeur d’humidité. Il tourna la tête pour apercevoir, montant sur la plate-forme, une nappe blanche aussi menaçante qu’une coulée de lave, qui effaçait déjà les contours des baraquements.
   — La brume, Veyrenc ! Cours !
   Ils avaient à présent atteint la lisière des galets, tandis que l’ancien espace du fumoir à harengs, où gisaient leurs sacs à dos, était déjà à moitié pris. Dans sa course, Veyrenc se tordit la cheville entre les galets instables et chuta. Retancourt le releva et, passant son bras sous son épaule, reprit le trot en halant le lieutenant.
   — Non commissaire ! Pas besoin d’aide, je me charge de lui ! Foncez au bateau, lancez le moteur, nom d’un chien !
   Plus trace, déjà, du fumoir aux harengs, ni de la lisière des galets. Non, la brume ne se déplaçait pas comme un cheval au galop, elle leur fonçait dessus comme un train, comme un monstre, comme un afturganga. » (Page 382)

   Au début, j’ai pensé que le changement d’éditeur (de Viviane Hamy où elle est restée longtemps fidèle, Fred Vargas est passée chez Flammarion) était pour quelque chose dans l’évolution de l’esprit maison, puis je me suis dit qu’après tout, il en va des univers fictifs comme de la vraie vie : le temps use et corrompt, il érode les êtres et les rochers, il efface les enthousiasmes et nivelle les souvenirs. C’est peut-être moi, c’est peut-être l’époque, c’est sûrement la preuve que l’écriture de Fred Vargas est vivante. J’espère donc qu’elle ne va pas aller se déprendre de ses personnages, car elle reste une bâtisseuse d’histoires hors pair, une conteuse d’intrigues habilement nouées dans une atmosphère prenante, que l’on écouterait encore longtemps…
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critique par Gouttesdo




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Adamsberg égal à lui-même
Note :

   Au programme aventures dans le grand nord sur une petite île islandaise à la recherche d’indices concernant un drame survenu dix ans plus tôt, le décès de deux touristes sur un groupe de 12 perdus dans une tempête. Et encore, représentations costumées des principaux événements de la révolution française pour autant qu’elles eurent Robespierre pour acteur principal. Et aussi variations sur l’enfance maltraitée.
   
   Les touristes témoins du drame islandais participent aux représentations costumées de la Révolution comme acteurs ou comme spectateurs ; et ils commencent à trépasser l’un après l’autre : Alice Gauthier noyée dans son bain, Henri Masfauré suicidé d’un coup de pistolet, j’en passe et des meilleures.
   
   Adamsberg va interroger les proches de Masfauré, dont l’un Victor était présent sur l’île, et l’autre Amédée a reçu une lettre d’Alice Gauthier avant qu’elle meure ; puis le président de l’association des amis de Robespierre qui organise les représentations théâtrales. Quel est le lien entre les deux ?
   
   Il faudra bien qu’Adamsberg aille en Islande sur cette île perdue, bien que son équipe presque au complet s’y oppose ! Car ça le démange (ou plutôt ça le gratte comme dirait son voisin Lucio…) un Adamsberg de plus en plus hermétique (même son ami Danglard et sa protectrice Retancourt ne déchiffrent plus ses propos ésotériques) qui a rendez-vous avec l’Afturganga, mystérieux esprit islandais qui rôde sur l’île.
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critique par Jehanne




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Envoûtement Adamsberg
Note :

   Paris. Un étrange suicide et Adamsberg est invité par le commissaire de l'arrondissement à donner son avis sur la victime, et surtout un étrange signe trouvé à son côté. Bientôt, un second suicide, toujours avec le même signe. Le doute n'est plus permis et les enquêtes sont confiées à Adamsberg. Les deux victimes auraient fait partie d'une expédition en Islande voilà une dizaine d'années, et durant le voyage, il apprend que les expéditionnaires sont restés isolés sur une minuscule île mystérieuse où règne l'afturganga, un être surnaturel qui n'attire pas la sympathie mais plutôt la mort. Deux touristes y sont restés. Pensant que les autres survivants sont peut-être en danger, poursuivis par le criminel qui a sévi dans l'île, Adamsberg fait publier un appel à témoin et reçoit en échange une lettre d'un autre âge : le président d'une société d'histoire vouée à la révolution et à Robespierre lui annonce que les victimes faisaient partie de leur "club".
   
   "-Hâte-toi, "citoyen", lui dit Veyrenc en posant sa main sur son épaule, la séance débute dans dix minutes.
   C'est à sa lèvre en biais qu'Adamsberg avait reconnu le lieutenant, avec un léger choc. Oui, il était facile à un meurtrier de se couler dans cette enceinte où les hommes étaient méconnaissables et les noms inconnus, et d'y observer chacun selon son bon plaisir.
   Un Danglard un brin virevoltant dans sa soie violette remettait son portable dans les mains d'un surveillant.
   -Dommage, dit-il, assez enjoué, que ces habits ne soient plus de mise. Je perds beaucoup de moi-même avec l'indigent vêtement contemporain. Comment avons-nous pu arriver à une imagination aussi pauvre ?
   -En scène, Danglard dit Adamsberg en le poussant vers les grandes portes en bois, oubliant un instant dans cet étrange théâtre qu'il n'était venu ici que pour fouailler le cœur glissant des algues. (p.181)

   
   Impatiente de lire ce dernier opus des aventures du commissaire-poète (d'ailleurs dans ce livre, il n'en est pas question), j'ai abandonné séance tenante une lecture à peine commencée pour dévorer ce livre. Car je l'ai dévoré facilement, intriguée. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu Vargas, le dernier étant "Dans les bois éternels" et le recueil de nouvelles "Coule la Seine" et j'ai eu plaisir à retrouver un Adamsberg moins improbable malgré son aspect illuminé par des intuitions (un côté qui, je l'avoue, me laisse dubitative). Mais le résultat est là : un réel plaisir (envoûtement) à la lecture, une écriture travaillée qui ne laisse aucune aspérité (pas de "redite") mais qui offre de belles surprises, qui nous fait voyager, dans le temps et sur la planète. Un bon polar qui m'a donné envie d'aller en Islande ! mais pas celle de revivre la Révolution ! Une terrible, terrible époque. Fallait-il réellement passer par autant d'atrocités pour une pseudo liberté ? ce livre en tout cas nous y fait réfléchir.
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critique par Wictoriane




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Attention à Retancourt, si'ou plait!
Note :

   Surtout, tournez sept fois votre pensée dans votre tête avant d’ouvrir ce livre. Parce qu’entre les flottements d’Adamsberg et les complications de cette pelote inextricable, vous risquez de vous enfoncer comme une vis. D’autant que l’afturganga ne convoque jamais en vain. Si vous ne savez pas ce qu’est un afturganga, consultez donc votre Tölva, c’est simple.
   "Je reviens". Ces deux mots mille fois dits, comme si Adamsberg réassurait sans cesse son entourage, redoutant lui même de ne jamais revenir. On prend un chemin de forêt, on regarde les arbres, et puis qui sait ?

   4 ans que j’attendais son retour, quand même…
   
   L’univers de mon commissaire préféré s’écoule au même rythme que la Seine, plutôt paisiblement malgré les écueils, malgré la boue et la saleté. Et parfois, de drôles de personnages surgissent dans sa vie, laissant des traces vivaces. Victor, Amédée et Marc sont des êtres singuliers, dont Adamsberg doit s’accommoder, tout comme il doit s’arranger avec les diverses personnalités de son équipe, Lucio et ses chats, son fils Zerk, des fans de Robespierre, et des Islandais superstitieux.
   
   Et dans tout ce méli-mélo improbable, au léger parfum de merveilleux (vous êtes dans quel camp au fait ? Les positivistes ou les croyants ?), on se surprend à méditer sur la puissance des mots (et l’érudition de Fred Vargas qui doit certainement piocher dans la tête de Danglard…).
   
   Cela fait un bien fou de retrouver de vieux amis (j’ai tout de même un très léger regret : certains semblent immuables, surtout Retancourt et Veyrenc, qui auraient mérité un peu plus d’attention), de retrouver la prose poétique et délirante de l’auteur, son sens du dialogue, ses bestioles indispensables (Marc le sanglier a les honneurs de la couverture), les brumes impénétrables et une érudition remarquable.
   
   Faudra-t-il encore attendre 4 ans pour une suite ?
   
   – On vous demande, insista Justin, d’aller retrouver là-bas, si la ruelle ou le parking ne sont pas un coupe-gorge, un inconnu qui parle comme un livre dont on ne sait pas s’il dit la vérité, ni s’il est vraiment président de cette association. Tout cela fait très conspirateur, cela sent son intrigue à l’ancienne.
   
   – Je ne serai pas seul Justin, Veyrenc et Danglard viennent avec moi, ils m’aideront à faire le liant, l’enveloppement historique de la conversation.
   – Le fond de sauce en quelque sorte, dit Voisenet.
   – L’histoire n’est pas un fond de sauce, protesta Danglard.
   – Pardon Commandant.
   – Et en protection, continua Adamsberg, car on ne sait jamais en effet, cinq agents avec moi sur les arrières. C’est-à-dire vous seule, Retancourt. Attendez-nous dans le parking et suivez-nous. C’est le point dangereux du parcours.

critique par Folfaerie




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