Lecture / Ecriture
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Mille six cents ventres de Luc Lang

Luc Lang
  Mille six cents ventres
  Au commencement du septième jour

Mille six cents ventres - Luc Lang

Tromperie sur la marchandise
Note :

   Prix Goncourt des Lycéens 1998
   
   Nous voici entraînés dans un bien étrange monde : celui des intestins et des anus malmenés des 1600 locataires de la prison de Strangeways et sur lesquels, façon de parler, le chef-cuisinier Henry Blain a la haute main!
   
   A l’occasion d’une révolte violente des prisonniers qui, peu à peu va s’étendre à tout le royaume sous la poigne haïe de Miss Thatcher, la vérité sur les conditions sanitaires, d’hygiène, de fraîcheur et de qualité de la nourriture servie aux détenus va finir par percer. Elle est répugnante et odieuse.
   
   Au fur et à mesure que le coin du voile se lève, nous découvrons qu'Henry Blain, anonyme et médiocre cuistot de seconde zone échoué à la pénitentiaire à deux pas de la retraite, est un personnage beaucoup plus complexe et torturé qu’en apparence. C’est l’une des grandes forces de ce roman que de dissimuler derrière ce quidam commun un personnage absolument hors du commun et serial killer jamais inquiété!
   
   Obsédé par les femmes, sexuellement compulsif, ne supportant pas la mise en cause, sous l’emprise de frustrations de reconnaissance permanentes, amateur éclairé de Shakespeare dont il connaît les pièces par cœur et dont il possède presque toutes les éditions, Blain est avant tout un personnage apparemment sympathique mais réellement pervers et cruel.
   
   Son jardin qu’il entretient amoureusement contient de bien lourds secrets!
   
   Cuisiner est pour Blain le moyen d’exprimer une autorité qu’on lui dénie. Celle de tourmenter les intestins soumis à des répétitions flatulentes et diarrhéiques vengeresses. Celle de chef d’orchestre d’une musique pestilentielle des pets contrôlant bientôt toutes les canalisations anatomiques et physiques de la prison.
   
   Luc Lang signe un ouvrage remarquable et gargantuesque sans jamais tomber dans la vulgarité. Ce roman est méchamment féroce et imaginatif et donne à réfléchir sur la tromperie liée aux apparences.
   
   Un roman extraordinaire et fascinant dont il est difficile de s’extraire!
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critique par Cetalir




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Simple visite en prison
Note :

   Strangeways, la prison de Manchester, est aux mains des mutins. Henry Blain, le chef cuisinier de la centrale, raconte les événements qu'il vit depuis sa maison voisine.
   
   Les lycéens ont eu bon goût en couronnant ce roman pour leur Goncourt 98. Luc Lang a su trouver un sujet original qu'il traite dans une langue intéressante, n'hésitant pas à multiplier les longues périodes, expression des diatribes de Blain. Celui-ci est un drôle de personnage. Son apparence de fonctionnaire sans histoire cache une personnalité extrêmement complexe et perverse. C'est lui qui est le narrateur, peu à peu amené à lever le voile sur un passé plutôt trouble. C'est dans sa cuisine qu'il tient les rênes du pouvoir, dans sa prison comme sur les bateaux où il exerçait précédemment; c'est lui le véritable maître de Strangeways, qui règne sur ses mille six cents ventres :
   "Ce que je sais, moi, chef cuisinier de Strangeways, c'est qu'à l'échelle de ma petite ville de damnés le pouvoir que j'ai sur leurs boyaux me donne tout pouvoir sur l'air ambiant, l'état des tissus et des chairs, la disposition des esprits et des caractères, et enfin sur le fonctionnement de la plomberie, que ce soit celle des ventres ou celle des bâtiments."
   
   Deux perles.
   "Nous nous sommes remis sur le métier plusieurs fois dans la soirée, entrecoupant nos étreintes de longues poses parfois hébétées, gênées ou au contraire bavardes." et "Tous deux me congratulent, Jack me sert dans ses bras d'aventurier..."

critique par P.Didion




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