Lecture / Ecriture
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Châteaux de la colère de Alessandro Baricco

Alessandro Baricco
  Soie
  Sans sang
  Novecento: pianiste
  Homère, Iliade
  Cette histoire-là
  Emmaüs
  Mr Gwyn
  City
  Châteaux de la colère
  La Jeune Epouse
  Smith & Wesson
  Trois fois dès l’aube

Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien né en 1958 à Turin.

Châteaux de la colère - Alessandro Baricco

Un livre merveilleux
Note :

   Finaliste du prix Campiello 1991, Prix Médicis étranger 1995.
   
   Titre original : Castelli di rabbia
   
   "Lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie toute entière, sur la première page d'un livre? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs, c'est celle-là - un livre qui commence."
   
   Tout le monde à lu Soie ou "Novecinto", mais beaucoup moins nombreux sont ceux qui ont lu ce très attachant "Châteaux de la colère " qui fut son premier roman, et on a bien tort. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce conte déjà plein des constantes d'Alessandro Baricco. En titrant "Un livre merveilleux", j'évoque autant l'univers poétique dans lequel on évolue que le caractère pas forcément strictement réaliste de ce qui nous y est montré.
   
   Le livre commence avec le retour dans ses foyers de l'extraordinaire M. Reihl qui fait vivre tout le village avec sa verrerie et qui est sujet à des départs brusques pour une durée indéterminée et à des retours non moins soudains. Son épouse s’accommode fort bien de ces lubies qui ne nuisent pas à leur amour. Elle est elle-même une femme libre, même si elle n'éprouve pas pour le moment le besoin de quitter Quinnipak.
   
   Tous les habitants de ce village ou presque, ont quelque chose d’original, et si le versant "Travail" de leur vie tourne surtout autour le la verrerie, le versant loisirs et surtout loisirs artistiques, tourne autour de la musique et de leur remarquable chef d'orchestre-compositeur-maitre à chanter : Pekish. Ce musicien de génie, crée une musique qui n'existe nulle part ailleurs et s'intéresse surtout aux sons qui se trouvent entre deux notes existantes. Vous avez bien compris, ces sons que l'on n'a pas encore trouvés, identifiés, maitrisés, codés. Il joue d'instruments étranges qu'il a inventés (comme l'humanophone) et en joue d'une façon elle aussi tout à fait novatrice (comme des fanfares). Il s'y livre d'autant plus entièrement qu'il est porté par la bonne volonté de tous les habitants qui, originaux eux-mêmes à des titres divers, ne trouvent rien de plus naturel que de l'aider à réaliser ses projets. Alessandro Baricco, grand mélomane, s'est fait extrêmement plaisir avec ces développements. Il a donné libre cours à ses fantasmes de musicien et nous régale de ses inventions originales.
   
   Le village vit hors du monde, mais cette fois, le monde va y pénétrer un peu car M. Riehl a rapporté de sa dernière escapade une machine qui l’avait fasciné et que personne n'a jamais vue ici : une locomotive à vapeur. Entendons-nous, tout cela se passe à une époque où la locomotive à vapeur est une nouveauté partout, mais dans ce village hors du monde et du temps, elle l'est plus encore et se nimbe d'une aura de fantastique et de merveilleux.
   
   La locomotive est livrée. Tout le monde l'admire. Mais il n'y a pas de rails. Pas de voie ferrée. M. Riehl décide de construire une voie ferrée de 200km en ligne droite sans aucun virage. C'est ainsi qu'il voit les choses, et pas autrement. Pourquoi? Qui s'en soucie? Toujours est-il que, renseignements pris, une fois la locomotive à vapeur payée, il ne lui reste que de quoi installer 200 mètres de rails...
   
   On en reste là, mais voilà qu'en ville, un architecte beaucoup plus novateur que pragmatique décide de construire un immeuble de verre et d'acier, sans une seule pierre. La verrerie fournira le matériau de cette construction fabuleuse et connaitra ainsi une nouvelle prospérité qui permettra peut-être à son propriétaire de compléter sa voie ferrée.
   
   Pendant ce temps, Pekish et tout le village, témoins intéressés dont on apercevra les vies et les morts, poursuivent leurs vies libres et originales...
   
   Vous devriez vraiment vous donner la peine de vous procurer un exemplaire de ce beau roman. Je vous assure que ce premier roman d'Alessandro Baricco vaut la peine d’être redécouvert et apprécié. C'était la première de ses très belles histoires, et elle est pleine de poésie et de musique. Alessandro Baricco y joue avec les phrases et les mots pour leur donner toutes les formes de l'histoire, comme un peintre jouerait avec ses couleurs et l'épaisseur de sa matière. Il les malaxe, les mélange, les utilise copieuses ou minces, selon l'usage.
   
   
   Quelques lignes pour la beauté et la mise en appétit :
   
   "Sa vie avançait comme une paire de ciseaux dont son génie créateur et l'émouvante misère de son existence étaient les deux lames affilées, de plus en plus écartées l'une de l'autre."
   
   "La toile d'araignée qu'était son âme pouvait à nouveau servir de piège pour ces étranges mouches que sont les idées."
   
   "Horeau ne s'attendait pas à gagner. Il participait désormais aux concours non tant avec l'ambition de les remporter que pour le plaisir de déconcerter les jurys. Qu'il ait été choisi cette fois, parmi tant d'autres, lui fit se demander un instant s'il n'avait pas présenté une banalité."

critique par Sibylline




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