Lecture / Ecriture
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La fille de mon meilleur ami de Yves Ravey

Yves Ravey
  La table des singes
  Monparnasse reçoit
  Le drap
  Dieu est un steward de bonne composition
  Pris au piège
  L’épave
  Bambi bar
  Cutter
  Enlèvement avec rançon
  Un notaire peu ordinaire
  La fille de mon meilleur ami
  Sans état d’âme
  Trois jours chez ma tante

AUTEUR Des MOIS DE FEVRIER ET MARS 2015

Yves Ravey est un écrivain français, né à Besançon en 1953.
Il enseigne (ou enseignait?) en collège à Besançon...


et l'éditeur ne fournissant pas plus de détails sur sa carrière, j'ai dû choisir entre m'arrêter là et inventer. Je ne nierai pas avoir hésité, longuement, mais finalement, sur les instances inquiètes de mon entourage, j'ai décidé de m'en tenir à ces deux lignes de biographie. Je peux cependant ajouter qu'il se murmure que beaucoup de ses romans, et en particulier son premier, «La table des singes», ont une inspiration autobiographique... Je dis ça, je dis rien.

La fille de mon meilleur ami - Yves Ravey

Les bonnes intentions en cachent parfois de mauvaises
Note :

   C’est l’histoire de William, en apparence un brave type, qui suite à la mort de son meilleur ami, accepte d’aider sa fille Mathilde. Elle n’a qu’un seul souhait, revoir son fils de cinq ans dont elle a perdu la garde aux mains de son ex-mari. À partir de cette prémisse, l’auteur fait déraper les choses. Le bon William n’est pas si gentil que l’on le croyait et tente de profiter de la situation pour se remplir les poches…
   
   Le style du roman m’a rappelé Modiano avec ces personnages mystérieux sortis de nulle part, agissant en réaction à des événements inattendus. Si cela ajoute au suspense, il en résulte aussi une histoire un peu brouillon et difficile à rendre crédible. Il m’a semblé que l’ensemble avait été fabriqué à partir du dénouement surprenant. Puis tout a été construit à l’envers afin de soutenir cette idée.
   
   Heureusement, l’écriture de Ravey est toujours agréable à lire. Une prose limpide, succincte, qui va à l’essentiel et alimente le rythme fringant de l’histoire. Un roman qui n’en n’est pas un, plutôt un nouvelle du genre ‘noir’ que l’on aurait pu lire dans un magazine des années 50s. Les ficelles sont grosses, mais peut-être cela est voulu et n’empêche certainement pas d’y trouver son plaisir à la lecture.
    ↓

critique par Benjamin Aaro




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« Nouveau roman » mâtiné de thriller provincial
Note :

   Ce petit roman est vraiment une très bonne surprise. Un régal, absolument! Surprenant et minimaliste par son style. Drôle et énigmatique par l'histoire et ses personnages simples mais venus de nulle part ailleurs. Sans doute la façon de les présenter de quelques attributs seulement. De les faire vivre et parler dans la narration. Il faut certes s'y habituer et ça fait ça :
   
   " Elle m'a demandé si je regrettais la promesse faite à son père. Elle me connaissait si bien! Et elle le savait : Je m'en voulais d'avoir accepté. J'ai répondu : C'est pas le moment, Mathilde, de me casser les pieds avec tes questions! Elle s'est penchée vers moi. J'ai frissonné : Tu sais que je ne regrette jamais rien, Mathilde."
   

    Un roman du genre "nouveau roman" mâtiné de thriller provincial, un peu du roman noir, un peu de farce et d'inattendu. J'ai adoré...! Ayant goûté au style d'Yves Ravey avec "Un notaire peu ordinaire"qui était un coup d'essai pour moi, cette fois-ci, c'est un coup de maître!
   
    L'histoire se déroule entre Montceau-les Mines et Savigny-sur-Orge. Mais d'abord, on est à Montauban: William Bonnet assiste son meilleur ami Louis sur son lit de mort. Celui-ci lui demande de retrouver sa fille Mathilde qu'il a perdue de vue, il sait juste qu'elle a fréquenté l'asile psychiatrique. Alors, pour son vieil ami d'Afrique, William Bonnet promet. "Et c'est bien par elle que tout a commencé."
   
    A priori William Bonnet est une bonne âme, il rend service.
   
    Une bonne situation aussi: Directeur financier des cycles Vernerey, Montceau-les-Mines, c'est ce qui est écrit sur sa carte de visite. Enfin, une de ses cartes de visite.
   
    Bonne moralité également: l'ayant promis à son père mourant, William retrouve Mathilde la déjantée et accepte également sa demande faite depuis l'hôpital (...qu'on suppose psychiatrique) : retourner à Savigny-sur-Orge pour voir son fils qui vit avec son père et une femme prénommée Sheila. Cela bien sûr, vu l'énergumène Mathilde, sans autorisation du juge.
   
    Voilà. Au début on en est là. Mais cette entrée en matière n'est qu'un prétexte. Car William n'a pas que des qualités et est un bien curieux directeur commercial. Une suite d'événements inattendus vont le détourner de sa promesse...
   
    Je recommande vivement ce livre, il faut juste se laisser mener par Yves Ravey qui tisse l'intrigue dans un style d'une délicieuse fraîcheur!
    ↓

critique par Laugo2




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Une tranche de vie
Note :

   Oui, une tranche de vie. "La fille de mon meilleur ami" c’est un peu une tranche de la vie de William, l’ami de la vie militaire de Louis, et de Mathilde, la fille de Louis.
   
   Louis vient de mourir à l’hôpital militaire et il a révélé à William l’existence de sa fille Mathilde. Il lui demande de veiller sur elle.
   "Je suis arrivé un soir d’orage, après plusieurs heures de route, à l’hôpital militaire de Montauban, la lettre de Louis dans la poche. Il voulait me voir, me parler, m’avait-il écrit de sa plume fatiguée. Louis était mon meilleur ami. Nous nous étions connus en Afrique, dix ans auparavant, et nous ne nous étions jamais perdus de vue.
   Il avait encore trois jours à vivre, et je l’ai veillé du matin au soir. C’est alors qu’il m’a révélé l’existence de sa fille, Mathilde, dont il avait perdu la trace. Il savait seulement qu’elle avait passé plusieurs années en asile psychiatrique, dans le sud de la France, et que, pour cette raison, le juge lui avait retiré son enfant au moment du divorce."

   
   Asile psychiatrique, enfant retiré : les mots clef du roman... D’abord qui a déjà lu Yves Ravey sait que les personnages de ses romans sont passablement torturés, "borderline", et que généralement... ce n’est pas la Happy End in fine.
   
   Yves Ravey prend donc le pan de vie de William, au moment où Mathilde lui demande assistance pour une entreprise particulièrement casse-gueule - retrouver et rendre visite à son fils, placé - et nous lâche dans le décor une fois la situation sérieusement partie en vrille et... démerdez-vous avec la suite et fin de l’histoire...
   
   Une tranche de vie, vous dis-je. Toujours dans le style et les us d’Yves Ravey. C’est-à-dire des romans d’une brièveté remarquable, des personnages "borderline", des situations qui ne peuvent que mal finir (et de fait...!) et une description disséquée des rouages infernaux qui broient l’individu un peu faible voué à être broyé. "La fille de mon meilleur ami" n’échappe pas à la règle...
    ↓

critique par Tistou




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Imbroglio
Note :

   Attention, ce commentaire révèle l'histoire.
   

   Un escroc peut-il tenir la promesse faite à contre-cœur à un ami mourant? Mais oui! pourvu que cela lui rapporte!
   
   Yves Ravey se glisse dans la peau de ce William Bonnet pour nous faire vivre l’intrigue par ses yeux. L’originalité du roman ne tient pas à la situation narrative mais aux caractères des deux principaux personnages. Il aurait pu susciter empathie, rejet ou même sourire, mais il n’en est rien : l’auteur choisit l’écriture minimaliste, et accumule les détails dans de courtes phrases. S’il s’attache ainsi à l’insignifiant, c’est que pour William, dépourvu de toute échelle de valeurs, tout est également banal, le mal comme le bien. Seuls comptent l’argent… et les filles.
   
   Blessé sur une piste africaine, l’ami Louis agonise à l’hôpital militaire de Montauban. William est forcé de lui promettre de s’occuper de sa fille Mathilde qu’il a perdue de vue. Il sait seulement qu’elle exige de revoir son fils de cinq ans, Roméo, malgré l’interdiction du juge qui a placé l’enfant, après divorce des parents, chez Sheila Simonin. Le duo est savoureux! William, ancien directeur financier des cycles Vernerey, vient d’être renvoyé pour "faute grave et escroquerie". Mathilde, ancienne danseuse de boîte de nuit, sort de clinique psychiatrique : accro aux pharmacies, alcoolique et kleptomane. Entre crises de délire et vols de lingerie, elle attend tout de William auquel elle file mille euros pour frais de recherche!
   
   Entré en contact avec Sheila, il oublie un soir son portefeuille chez elle ; pas de souci! il retourne par effraction dans l’appartement et là, crac! elle est nue avec Leduc, le patron de l’usine Rhône-Poulenc où travaille son mari, Anthony! Hop!, William saisit l’appareil photo de Roméo et prend trois clichés des amants. Facile alors de faire chanter Sheila pour qu’elle accepte que Mathilde voie son fils et pour que William puisse subtiliser le cartable où Anthony conserve la caisse de solidarité des ouvriers en grève. La moitié de la somme qu’il doit à son employeur!
   
   Mais ce serait sans compter avec un gendarme qui a remarqué l’étrange couple le premier soir sur le parking du motel, et sans M. Bardot, homme de main de Leduc qui file William depuis le début... C’est fou ce qu’il s’intéresse aux détails, ce William, au jean délavé de Sheila : manière de la draguer qui culmine avec le milk-shake très érogène à dix heures du mat'... On a compris, mais le récit reste si lisse, et sans relief, que le livre à peine refermé a déjà sombré dans l’oubli...
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critique par Kate




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Jeu de piste
Note :

   Étonnant. Comment classer ce court récit (150 pages) sans trahir l’histoire ? Simple roman, roman noir ou polar ?
   
   Yves Ravey est pour moi une découverte. Écriture précise, enchaînant les situations sans pour autant suivre une logique de progression autre que la sienne.
   
   Appelé auprès de Louis qui se meurt, mentor, père spirituel, William lui promet de s’occuper de sa fille Mathilde. Fille dont il ne s’est guère occupé mais qui a séjourné en hôpital psychiatrique, a eu un enfant et sans doute bien d’autres mystères. Ainsi s’enchaînent les situations, orientant sans cesse l’histoire vers un nouvel horizon.
   
   William n’est pas blanc de blanc. Ancien légionnaire ? Mercenaire en Afrique ? Comptable du milieu ? Avec un coté marabout d’ficelle, l’auteur m’a baladé pendant cette lecture fort agréable. Un jeu de piste dont se doute qu’il n’y aura pas de vainqueur, mais où l’on se laisse enfermer en se disant qu’à telle ou telle bifurcation on imaginait partir vers telle réponse. Quand à Mathilde, oiseau blessé, petite fille fragile, femme fatale, danger public, sa présence porte en elle les ennuis qu’elle distille. Personnage sortie d’un film des années 50 pour son côté soumis ou bien des 70 pour sa folie, elle est vénéneuse dès qu’elle prononce un mot ou apparaît.
   
   Bref, une écriture ciselée comme ils disent dans la presse spécialisée, qui maintient en haleine jusqu’au bout.

critique par Le Mérydien




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