Lecture / Ecriture
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Enlèvement avec rançon de Yves Ravey

Yves Ravey
  La table des singes
  Monparnasse reçoit
  Le drap
  Dieu est un steward de bonne composition
  Pris au piège
  L’épave
  Bambi bar
  Cutter
  Enlèvement avec rançon
  Un notaire peu ordinaire
  La fille de mon meilleur ami
  Sans état d’âme
  Trois jours chez ma tante

AUTEUR Des MOIS DE FEVRIER ET MARS 2015

Yves Ravey est un écrivain français, né à Besançon en 1953.
Il enseigne (ou enseignait?) en collège à Besançon...


et l'éditeur ne fournissant pas plus de détails sur sa carrière, j'ai dû choisir entre m'arrêter là et inventer. Je ne nierai pas avoir hésité, longuement, mais finalement, sur les instances inquiètes de mon entourage, j'ai décidé de m'en tenir à ces deux lignes de biographie. Je peux cependant ajouter qu'il se murmure que beaucoup de ses romans, et en particulier son premier, «La table des singes», ont une inspiration autobiographique... Je dis ça, je dis rien.

Enlèvement avec rançon - Yves Ravey

Projet plus ou moins commun
Note :

   Deux frères, Max et Jerry se préparent à enlever la fille du patron de l’entreprise d’emboutissage où travaille Max.
   
   Jerry revient d’Afghanistan où il a passé nombre d’années et compte repartir avec la moitié de l’argent de la rançon, l’autre moitié étant pour Max.
   
   Max lui fait passer la frontière suisse à ski. Bien que l’enlèvement ait été prévu minutieusement, il semble que les deux frères ne soient pas tellement unis pour cette commune action. Le pistolet de Jerry fait tiquer Max, il se rend compte qu’il ignore ce que faisait son frère dans ce pays lointain et problématique ; ni ce qu’il fera, une fois repassée la frontière… et ses questions sont éludées.
   
   Jerry semble être le meneur de cette action ; tandis que Max en est à son coup d'essai. Comptable dans l'entreprise depuis belle lurette, citoyen apparemment sans histoire, il devrait obéir à son frère...
   
   Mais, Samantha la victime, maintenue prisonnière dans la maison familiale, cesse bien vite son rôle de simple otage, pour attiser un antagonisme entre les deux frères. Max et Jerry cultivent l’un pour l’autre des sentiments complexes qui ne vont pas manquer d’influer sur le cours des événements.
   
   Entre la relation de l’enlèvement proprement dit, et le double jeu joué par chaque personnage, le lecteur cherche à s’y retrouver.
   
   Ce sont de petits faits relatés avec minutie, des bribes de dialogue entre les protagonistes, qui s’ajoutant les uns aux autres, nourrissent une forte intrigue et font monter la tension, alors même que l'histoire reste contée en mode mineur. Certaines scènes peuvent paraître drôles, notamment les discussions oiseuses des frères sur la meilleure façon de cuisiner les hamburgers... Les noms propres des principaux protagonistes ont aussi leur importance pour l’appréciation de la situation par le lecteur.
   
   Courte et bien mené, cette parodie de roman policier, est nettement plus jouissive que l'histoire du "notaire peu ordinaire".
    ↓

critique par Jehanne




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Frères ennemis
Note :

   Cela m'arrive trop rarement pour ne pas le souligner : un livre entamé en soirée et achevé tôt le lendemain matin (il a bien fallu, entre-temps, dormir...): faut-il donc qu'il m'aie tenu... Cent vingt-cinq pages : un thriller pas très moral, rebondissant adroitement sous la plume expérimentée d'un auteur habitué des éditions de Minuit.
   
   Max, comptable dans une entreprise d'emboutissage, retrouve sur un quai son frère Jeremy qui débarque d'Afghanistan où il fait partie d'une mouvance terroriste. Dès le premier paragraphe : "tout de suite, sans que j'oublie rien de ce qui nous liait, notre enfance, mon père et ma mère, nos rapports se sont tendus". Ombre qui pèsera jusqu'au dénouement. Après vingt ans de séparation, persiste un mélange d'amour et de ressentiment entre les deux hommes. Aucune explication sur les raisons, quelques phrases jetées de-ci de-là évoquent un malaise familial. Ces retrouvailles ont un but vénal: l'enlèvement de la fille du patron de Max, un coup préparé très professionnellement en vue d'une rançon. C'est sans compter sur la trahison mutuelle des deux mauvais garçons. De surprise en surprise, on finit par se demander, dans une escalade qui confine au burlesque, lequel réussira à duper l'autre. Max, agissant posément, avec une détermination tranquille, paraît évoluer à la manière d'un héros de western spaghetti.
   
   L'efficacité tient aux phrases brèves, aucun dialogue intérieur, tout dans l'action, les gestes, minutieux, et quelques paroles sommaires. Les détails les plus minces alimentent la tension : depuis la dentelle grillée de l'œuf qu'on décolle du téflon de la poêle jusqu'au contact du Desert Eagle (1) sous le chandail du partenaire. On imagine ce récit transposé au cinéma grâce au très bon canevas. Je ne suis pas sûr que l'on saurait rendre ce qui, selon moi, fait la force de ce polar : le ton et le climat. Il n'y pas de caméra pour rendre cela qu'on ne peut goûter qu'à la lecture. Et le climat d'un livre n'est-il pas indissociable des pages qu'on tourne allègrement en se projetant l'intrigue dans son décor intérieur?
   
   Yves Ravey avait publié en 1989 "La table des singes" chez Gallimard qui n'a pas souhaité poursuivre la collaboration. Jérôme Lindon a repris le flambeau: depuis "Bureau des illettrés" en 1992, treize romans chez Minuit, une belle constance. Il est aussi reconnu comme auteur dramaturge. Le style de Ravey fait inévitablement penser à celui de Patrick Manchette: la psychologie des personnages se devine uniquement derrière leurs faits et gestes, énoncés avec économie de moyens. La trame centrale cache l'objet réel du roman, à savoir les rapports sociaux ambigus entre les êtres, au sein de la famille notamment.
   
   Rapide, tendu, violent et imprévisible, voilà les traits du livre de Ravey, un roman "dépouillé jusqu'à l'os" pour reprendre l'expression de Jean-Baptiste Harang (Le magazine Littéraire, 2010). Pierre Assouline dit de lui qu'il est de la filiation Simenon: le maître ne désavouerait pas le souci de détail, la pesanteur des choses et l'empathie pour les personnages, traits simenoniens qui caractérisent, pour nous aujourd'hui, ce qu'on nommera sans hésiter du Ravey.
    ↓

critique par Christw




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Max et Jerry
Note :

   Dans son tour d'horizon des crimes et délits susceptibles de fonder de petits romans à suspense, l'auteur a imaginé un enlèvement crapuleux sur lequel viennent se greffer une rivalité entre deux frères et l'esquisse d'une histoire d'amour. Le tout forme une petite mécanique minutieusement élaborée, intégrant de savoureuses invraisemblances qui stimulent le plaisir du lecteur.
   
   Jerry rentre d'années sulfureuses en Afghanistan. Son frère Max, venu l'accueillir dans une gare suisse, travaille comme comptable dans une PME française proche de la frontière. Max raconte que dès leurs retrouvailles "il a demandé si j'étais toujours prêt à enlever la fille de mon patron, qui ne répondait pas à mes avances, et j'ai fait oui de la tête". Les deux frères passent à ski la frontière en évitant les douanes, rejoignent le chalet qu'habite Max, et c'est parti pour le kidnapping...
   
   Parmi les piquantes invraisemblances du récit qui sont autant de contraintes que le romancier se donne comme un défi à relever, lesquelles citer pour attirer le chaland? Que Pourcelot, le patron, averti du rapt de sa fille n'avertit pas la police. Que Max, le comptable, va lui-même chercher à la banque l'argent pour la rançon! Que contre la promesse d'une invitation dominicale sa secrétaire lui massicote des rames de papier blanc à la taille des billets et achète pour lui des sacs de sport dont on devine l'usage! Que Samantha découvre que Max est son ravisseur. Que Samantha n'a pas envie de revenir chez son père qui en a pourtant fait un cadre de l'entreprise. Que Jerry et Samantha ont peut-être... Que la mère des deux frangins, souffrant d'Alzheimer, est pensionnaire d'une maison de retraite médicalisée dont l'ambulance jouera un rôle essentiel.
   
   Bref, l'embrouillamini concocté par Yves Ravey donne un joyeux moment de lecture.
    ↓

critique par Mapero




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Rapt chez les branquignols
Note :

   Curieux mélange de Charles Exbrayat et de Jean Marie Laclavetine. Exbrayat pour le côté décalé, le côté « je – ne – me – prends – pas – au – sérieux » et Laclavetine pour l’ambiance douce – amère, le côté « replié sur soi » de l’atmosphère.
   
   Très court ouvrage, 140 – petites – pages, une narration qui ne se perd pas en chemin et qui va droit à « l’os ». Nous sommes en France (Jura ?), à la frontière suisse en zone montagneuse. Max est un homme jeune encore, comptable depuis 22 ans dans l’entreprise de Salomon Pourcelot. Max a un frère, aîné, Jerry, parti depuis quelque temps déjà en Afghanistan (actuel tout ça même si écrit en 2010), qui revient en franchissant clandestinement la frontière en ski pour un mauvais coup, mijoté (à l’initiative de qui précisément ? Il semblerait que ce soit à celle de Jerry…) avec Max et qui consiste à enlever Samantha, la fille de Salomon Pourcelot, afin de demander une rançon.
   
   Jerry se dit « professionnel » de la chose. On comprend – et il le dira à la fin - qu’il est impliqué dans des préparations d’attentats terroristes, et que c’est bien la raison pour laquelle il est en Afghanistan. Tout ceci n’est qu'effleuré par Yves Ravey qui va, comme dit plus haut, droit au but et ne se perd pas en digressions. Ce qui ne l’empêche pas de semer des indices de ci, de là.
   
   Max, lui, n’est pas coutumier de ce genre d’action. On ne saura pas au final ce qui le motive à porter assistance à son frère, encore que… si en fait !
   
   Nos deux branquignols mettent donc à exécution un plan assez simple mais c’est bien connu, il y a toujours un (des) grain de sable qui vient gripper la plus huilée des machines. C’est là qu’Yves Ravey m’évoque davantage Charles Exbrayat. Il y a du cocasse mêlé à la tragique bêtise de nos deux gaillards.
   
   Yves Ravey, l’air de rien, instille pas mal de doutes qui ne seront pas franchement levés à la fin de l’ouvrage, même si la fin est claire. Et pas franchement morale.
   
   Reste cette atmosphère confinée, un peu étouffante et poussiéreuse. C’est ce que j’ai ressenti.

critique par Tistou




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