Lecture / Ecriture
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Rêves oubliés de Léonor de Récondo

Léonor de Récondo
  Pietra Viva
  Amours
  Rêves oubliés
  Point Cardinal

Léonor de Récondo est une violoniste et écrivaine française née en 1976.

Rêves oubliés - Léonor de Récondo

Fuir l’Espagne franquiste
Note :

   "L'autre matin, il y avait sur la table un petit bol qu'il avait fait pendant la nuit pour ne pas perdre la main. Le bol était beau, mais il y avait en lui quelque chose de triste, presque de tordu. J'ai ravalé mes larmes. Aïta m'a dévisagée longuement avant de me dire que c'était une coupe à nostalgie. Et soudain, nous avons été pris d'un fou rire inexplicable qui a fait voler en éclats nos inquiétudes".
   

   1936. Aïta, sa femme Ama et ses trois fils, sont obligés de quitter l'Espagne en catastrophe au début de la guerre et se réfugient dans un premier temps au pays basque français, puis dans les Landes, dans une ferme isolée. Les parents d'Ama ont fui avec eux ; ils seront rejoints plus tard par les oncles, engagés dans la lutte anti-fasciste.
   
   Le déracinement et l'exil sont vécus différemment par chacun d'eux et le récit alterne entre le point de vue des membres de la famille et le journal intime tenu par Ama. La famille a dû abandonner une vie aisée, une position enviable pour un quotidien nettement plus rude et incertain. Aïta se retrouve ouvrier en usine et y use sa santé. Ama, assume toutes les tâches qui incombent aux femmes et doit faire preuve d'ingéniosité pour nourrir et entretenir la famille.
   
   Malgré tout, le couple reste soudé et solide, ne perdant pas de vue que l'essentiel est de rester tous ensemble. Au début, ils sont persuadés qu'ils rentreront bientôt chez eux, puis c'est la guerre sur le sol français également, l'arrivée des Allemands, il faut s'adapter.
   
   Je fais la connaissance de Leonor de Recondo avec ce court roman fluide et sensible et j'ai aimé cette famille très attachante. Le contexte m'a rappelé "Pas pleurer" de Lydie Salvayre lu récemment, même si les deux livres ne sont pas comparables. J'ai été particulièrement touchée par le journal d'Ama, qui libère dans ces pages intimes toutes les tensions accumulées dans la journée ; elle est accablée par les charges qui pèsent sur elle, encore plus lourdes que celles des hommes, habitués à se faire servir.
   
   Mais c'est l'amour qui domine l'ensemble, l'amour indéfectible d'un couple et à cet égard, les dernières pages sont très belles.
   
   Une jolie découverte qui ne s'arrêtera pas là.
    ↓

critique par Aifelle




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Aïta et Ama
Note :

   Tragique histoire de l’exil des Républicains espagnols en 1936, tragique histoire de l’Espagne...
   
   Aïta parti d’Aranjuez en catastrophe devant les menaces explicites de Franquistes rejoindre sa femme Ama et ses enfants partis pour l’été dans le Pays Basque, patrie de Ama, découvre la maison familiale des parents d’Ama, à Irun, vide. Apparemment abandonnée à la va-vite ; il apprend très rapidement qu’ils ont dû passer la frontière française en catastrophe, les mains vides, pour sauver leur peau. Il les rejoint et les voilà à Irun, hébergés chez Mademoiselle Eglantine, une institutrice française de leur connaissance. Commence le dur apprentissage de l’exil. Un exil où l’on n’a rien, où l’on n’est rien, aussi. Une partie de la famille, les oncles (cousins d’Ama), activistes basques, sont internés au camp de Gurs. Aïta parvient à faire survivre sa famille en se faisant embaucher comme ouvrier dans une usine d’armement. Seule l’unité de la famille leur permet de tenir et à celle-ci de ne pas voler en éclat.
   
   La suite se déroulera au milieu des Landes, au milieu de nulle part, avec une petite ferme à exploiter qui leur permet de surnager, notamment quand la Seconde Guerre Mondiale éclatera et que les Allemands viendront jusque dans leur bout de nulle part. La saga continue...
   
   Autant un roman (court) sur l’exil et la condition d’exilé que sur l’amour et notamment l’amour familial qui permet à des individus de tenir le coup et ne pas sombrer. Cela ressemble diablement à une situation qu’aurait pu connaître, par exemple, la famille de Léonor de Recondo ?
   
   L’écriture est aérienne, plus proche de la poésie que de la narration, et pleine de délicatesse. On vole de 1936 à 1949 sans même y penser, en effleurant les ans, contournant quelques coups durs et tentant de se concentrer sur ce qui importe vraiment, l’amour entre les membres de la famille, la solidarité...

critique par Tistou




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