Lecture / Ecriture
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Le Détroit du Loup de Olivier Truc

Olivier Truc
  Le dernier lapon
  Le Détroit du Loup
  L'imposteur

Olivier Truc est un écrivain et journaliste français né en 1964. Journaliste,il vit à Stockholm depuis 1994 où, après avoir travaillé à Libération, il est le correspondant du Monde et du Point. Spécialiste des pays baltes et nordiques, il est aussi documentariste pour la télévision.

Le Détroit du Loup - Olivier Truc

Les polars du nord ne sont pas tous excellents
Note :

   Nord de la Norvège, exploitation pétrolière et gazière en mer de Barents.
   
    Le jeune Nils Sormi travaille comme plongeur pour le compte de l’entreprise Norgoil. C’est un métier dangereux et peu plaisant aux yeux du lecteur (il ne s’agit pas de contempler les fonds marins ni de les photographier, encore moins de chercher des fossiles ou des épaves…) mais il en est très fier et il est considéré à l’égal d’une star… pas chercher à comprendre, les mœurs sont très différents d’ici.
   
   Dans le coin, il y a une activité rurale intense toujours en conflit avec l’industrielle. C’est celle des éleveurs de rennes. Ils ont besoin des pâturages.
   
   Justement nous sommes en avril, et les bêtes vont commencer leur transhumance ; pour gagner le plateau à présent libéré de neige, le troupeau du jeune Erik (autrefois ami de classe de Nils) doit traverser le fameux détroit du Loup. Mais pendant cette délicate traversée, un individu perché sur un rocher, que les éleveurs tiennent pour sacré, et où ils déposent des offrandes, un individu disais-je, fait des signes qui effraient les rennes et les affolent : le troupeau tourne en rond, bien des bêtes risquent de se noyer. Erik se précipite dans le détroit avec sa barque… et c’est lui qui se noie…
   
   Cet accident n’est que le début d’une suite de morts suspectes d’anciens plongeurs, d’hommes d’affaires liés à l’industrie pétrolière. Nina et Klemet ont de quoi enquêter.
   
   Un peu plus ennuyeux que le Dernier Lapon… le personnage de Nina s’affirme comme principal au détriment de Klemet, réduit à jouer les utilités. Ensemble correct.
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critique par Jehanne




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Un duo auquel on s'attache
Note :

   "Même après plusieurs mois de service au sein de la police des rennes, Nina vivait difficilement ces nuits presque blanches du Grand Nord. Au fil de ces missions où ces longues patrouilles de plusieurs jours s'enchaînaient et les obligeaient à cohabiter dans la promiscuité, les deux policiers avaient établi une sorte de modus opérandi. Les regards de Klemet s'attardaient parfois sur elle et elle pensait à autre chose. La tente-garçonnière de son collègue avait attiré plus d'une conquête. Mais depuis l'épisode de la gifle, il se tenait à distance respectable et elle s'amusait à en jouer".
   

   Après ma lecture enthousiaste du "Dernier lapon", je ne pouvais que continuer cette série et le festival "Les Boréales" a été l'occasion de passer à l'acte et de retrouver la police des rennes pour une nouvelle enquête.
   
   Cette fois-ci, c'est Nina qui prend le devant de la scène. Nous en apprendrons un peu plus sur elle et sur ses parents ; sa redoutable mère et son père, ancien pêcheur, reconverti en plongeur quand la Norvège découvre du pétrole en mer du Nord.
   
   Mais n'allons pas trop vite. L'histoire commence par la noyade apparemment accidentelle d'Erik Steggo, éleveur de rennes sami, au moment de la transhumance. Puis, c'est le maire de la petite ville d'Hammerfest qui est découvert mort, au pied d'un rocher sacré. Ce n'est pas n'importe quelle ville, elle est située au bord de la mer de Barents, gisement énorme de pétrole. Largement de quoi attiser les passions autour de profits monumentaux.
   
   Que pèsent le peuple sami et ses traditions ancestrales d'éleveur de rennes, face aux multinationales avides de bénéfices rapides ? Nina et Klemet, bien que les homicides ne soient pas de leur ressort, vont se retrouver mêlés à l'enquête.
   
   La première partie du roman prend le temps d'installer les personnages qui sont assez nombreux. C'est une lecture où il ne faut pas se disperser, sous peine d'avoir du mal à se repérer, mais rien d'insurmontable. Les évènements s'emballent dans la deuxième partie et j'avais hâte de voir se dénouer tous les fils de l'enquête.
   
   Comme dans le précédent opus, la description du grand nord est passionnante, et l'histoire de l'exploitation du pétrole aussi. La belle image des pays du Nord en prend un sérieux coup, ici la Norvège et son utilisation scandaleuse des plongeurs, à une époque où rien n'était encore réglementé. La protection du peuple sami mise en avant par les autorités est d'un cynisme et d'une hypocrisie sans nom.
   
   Mais l'histoire collective ne prend pas le pas sur l'histoire individuelle. Ce qui fait le sel du roman, c'est la relation entre Klemet et Nina et leur trajectoire qui n'est simple ni pour l'un, ni pour l'autre. Ils apprennent à se connaître et à s'entraider. Nina a beaucoup de mal à s'habituer aux jours sans fin, elle est constamment en manque de sommeil. De plus, les retrouvailles avec un père brisé et méconnaissable la bouleversent.
   
   Je sens que je ne vais pas quitter trop longtemps Nina et Klemet et me procurer la nouvelle enquête du duo "La montagne rouge" qui vient de sortir.
    ↓

critique par Aifelle




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Après Le dernier lapon
Note :

   "Le printemps est synonyme de transhumance pour les éleveurs du Grand Nord. Chaque année moins nombreux, hommes et rennes traversent le détroit du Loup dans l'indifférence des puissants prospecteurs pétroliers. Mais la mort d'un jeune éleveur et celle du maire d'Hammerfest vont attiser la colère des uns et l'appétit des autres. Face à cette flambée de violence, la police des rennes mène l'enquête.
   Journaliste, Olivier Truc vit à Stockholm où il est le correspondant du Monde. Dans Le Détroit du Loup, les lecteurs retrouveront Klemet et Nina, de la police des rennes, rencontrés dans Le Dernier Lapon (disponible en Points)." (quatrième de couverture)

   
   Après "Le dernier lapon" dont l’action se déroule en hiver, "Le détroit du loup" d’Olivier Truc est vraiment le livre à lire quand on part en Laponie norvégienne, au nord du cercle polaire. Le récit a lieu de fin avril, début de la transhumance des rennes, au 12 Mai à Hammerfest, sur l’île de la Baleine, lieu de pâturage estival des rennes. Ce qui correspond en partie aux dates de mon voyage, avec ces jours qui ne cessent de s’étirer, cette absence d’obscurité qui entraîne chez Nina, la policière, norvégienne du sud-ouest, (et les françaises du sud-est), des insomnies récurrentes. Car c’est bien ce que j’apprécie le plus dans ce roman, la découverte d’un pays tel que je l’ai brièvement approché, de ces paysages démesurément étendus, du vidda enneigé à perte de vue, avec ses bouleaux étiolés, et du peuple sami qui s’accroche à ses coutumes, l’élevage des rennes, le nomadisme et la transhumance sur des terres qui leur appartiennent depuis l’origine. Un peuple peu à peu dépossédé de ces territoires et spolié par les multinationales pétrolières qui exploitent la mer de Barents au mépris de toute humanité et de tout respect de la nature.
   
   Nous pénétrons dans le monde des éleveurs et j’aime que l’analyse d’Olivier Truc ne soit pas simpliste et manichéiste mais montre la complexité des problèmes engendrés par divers conflits : Entre les éleveurs eux-mêmes, les "aristocrates" fiers d’avoir des milliers de têtes et ceux qui sont forcés d’abandonner l’élevage et ainsi déclassés et méprisés; entre les Samis et la population de Hammerfest gênée par les rennes qui circulent en ville; entre les puissances d’argent qui broient tout sur leur passage approuvées par le gouvernement volontiers complice et les Sami qui doivent céder des pâturages et voir les lieux sacrés disparaître.
   
   Un autre milieu dont j’ignorais tout est aussi très minutieusement analysé, c’est celui des plongeurs de grandes profondeurs. L’auteur nous apprend que dans les années 70-80 a eu lieu la grande et terrible épopée des plongeurs, dans la Mer du Nord, qui n’étaient protégés par aucune règle et dont la mort et les maladies n’étaient pas de la responsabilité des compagnies pétrolières. Il montre aussi comment, à l’heure actuelle, ces personnes sont mieux encadrées, avec des règles de sécurité plus strictes, mais abandonnées par les multinationales en cas d’accident invalidant.
   
   Quant à Nina et Klemet, les deux héros du récit, policiers des rennes en sapmi, nous voyons leur situation évoluer et découvrons le secret de Nina qui ne nous avait pas été révélé dans le premier volume.
   
   Le livre est donc très intéressant et les thèmes traités bien analysés. Je lui reprocherai pourtant des lenteurs et des redites en particulier dans les rapports entre les deux policiers, une tendance au délayage qui empêche une adhésion totale. Il me semble que le roman serait plus efficace si l’action était plus resserrée, plus rigoureuse.

critique par Claudialucia




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