Lecture / Ecriture
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L'arrogance des vauriens de Elizabeth Smart

Elizabeth Smart
  L'arrogance des vauriens

L'arrogance des vauriens - Elizabeth Smart

Pour ne pas désespérer
Note :

   "ô pouvoir s'élancer dans le chaos"
   

   Dans le Londres d'après-guerre, une jeune femme tente tout à la fois de survivre à cette période de restrictions et de destructions et d'éviter de se laisser consumer par une passion enfuie. Il lui faut se consacrer à un double objectif: assurer sa survie matérielle et celle de ses enfants (nous apprendrons à la toute fin du texte qu'ils sont quatre) et surtout "Je ne dois pas dévier de mon objet, qui consiste à anéantir l’amour, pour qu'ainsi je puisse en tolérer la douleur; ou plutôt à cesser d'éprouver tout sentiment pour qu’ainsi je puisse porter la douleur, et que l'amour, peut être, renaisse sous une forme nouvelle".
   
   Que le lecteur ignore ce qui s'est déroulé sous le pont rouge de Brooklyn, leitmotiv de cette tentative éperdue de désamour, peu importe, à chacun de projeter sa propre histoire, son propre ressenti. Ce qui est essentiel, c'est cette volonté farouche de lutter contre le désespoir, les injonctions que la narratrice s'adresse à elle même, les rencontres, les dialogues parfois triviaux qui remettent les faits en perspective : "Mademoiselle Smart, vous n'êtes pas seule à avoir eu quatre enfants."
   Les occurrences de l'amour s'effacent peu à peu mais le fardeau demeure et avec lui une question : "L'amour peut-il exister sans nécessité? "
   
   La présentation de ces textes en prose poétique où alternent la vie quotidienne, le patron harceleur, les pintes dans les pubs et la puissance de cette langue parfois hallucinée, elliptique et puissante pour tenter d'abolir l'amour est nécessaire pour éclairer les lecteurs français qui ignorent totalement qui est Elizabeth Smart. Elle entretint une relation passionnée avec un poète, George Baker, qui lui fit quatre enfants mais ne divorça jamais de son épouse. "L'arrogance des vauriens", paru pour la première fois en 1977, est en quelque sorte la suite d'un premier texte qui rendit célèbre Elizabeth Smart à sa parution en 1945 "à la hauteur de Grand Central, Station, je me suis assise et j'ai pleuré".
   
   Un grand coup de cœur et une œuvre à découvrir d'urgence!
   
   124 pages qui font chavirer le cœur mais ne sont jamais désespérantes.

critique par Cathulu




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