Lecture / Ecriture
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Tous les jours sont des nuits de Peter Stamm

Peter Stamm
  Un jour comme celui-ci
  Comme un cuivre qui résonne
  Agnès
  Paysages aléatoires
  Tous les jours sont des nuits
  Sept ans
  Au-delà du lac
  L'un l’autre

Peter Stamm est un écrivain suisse né en 1963.

Tous les jours sont des nuits - Peter Stamm

Comme la vie...
Note :

   Titre original : Nacht ist der Tag, 2013!
   
   Nous sommes à Zürich
   
   Gillian présentatrice d’une émission de TV "littéraire", a un accident de voiture avec son mari Matthias (ivre) ; lui meurt et elle se retrouve défigurée et blessée à la hanche. Pendant sa longue convalescence, elle change, rêve de s’établir à la montagne, et aussi de retrouver Hubert, pour qui elle a posé nue et habillée pendant quelques temps ; elle n’aimait plus son mari, et il le savait, d’où la querelle, et l’ivresse qui mena à l’accident.
   
   Le récit commence avec le réveil de Gillian à l’hôpital. Ses sensations très bien rendues. Son évolution aussi…
   
   La seconde partie est vue du point de vue de Hubert le peintre : son itinéraire artistique sujet à de nombreux changements aussi, ses problèmes conjugaux, ses retrouvailles avec Gillian à la montagne (elle a un peu aidé le destin) et la relation satisfaisante un temps mais non durable avec ce second compagnon.
   
   L’intrigue n’est point absente du roman, mais elle est secondaire : l’auteur a surtout voulu montrer comment vivent et évoluent au moins deux personnages, et rendre l’atmosphère, les sentiments, les conflits, les joies et les peines qui leur échoient.
   
   Il n’y a pas de vraie fin (ni de vrai commencement) nous sommes dans la vie… bien que dans la fiction.
   
   On s’ennuie à peine, et on apprécie beaucoup. Un auteur que je lis pour la première fois, que je relirai, une nouvelle voix singulière.
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critique par Jehanne




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Roman de la reconstruction
Note :

   Où?
   Le récit est situé en Suisse dans des endroits qui ne sont pas nommés, mais où on peut reconnaître Zurich et un centre de vacances en Engadine.
   
   Quand?
   L’action se déroule de nos jours
   
   Ce que j’en pense
   Un bruit, une odeur, une lumière parviennent au cerveau d’une personne qui ne comprend pas vraiment ce qui se passe. C’est que Gillian est un sur lit d’hôpital et qu’elle se réveille suite à un choc traumatique. Avec elle, on commence à retisser le fil des événements. Qui est-elle ? qui sont les personnes qui l’entourent ? Comment l’accident est-il arrivé ? L’auteur a trouvé par ce biais un moyen très original de mettre la narratrice à égalité avec son lecteur : c’est ensemble qu’il vont cheminer et découvrir, détail par détail, comment les choses ont – mal – tourné. Elle revoit sa rencontre avec Matthias et le délitement de leur relation qui va conduire à l’enchaînement dramatique. Elle retrace son parcours avec en parallèle son parcours de présentatrice à la télévision et sa carrière qui s’ouvrait sur de belles perspectives. Puis elle évoque sa rencontre avec Hubert, un peintre qui la fascine et l’intrigue.
   
   Mais c’est à ce moment là que le roman commence vraiment. Car Peter Stamm nous propose le roman de la reconstruction.
   Celui d’une femme qui doit réapprendre à s’approprier son image et ses idées. S’est-elle engagée dans sa relation avec Hubert par amour ou par curiosité ? Sa vie est-elle n’est-elle pas trop convenue ? A ces questions, Gillian trouvera des réponses durant une période de réadaptation qui n’aura jamais aussi bien portée son nom.
   C’est par fines touches, à l’image d’un pointilliste, que l’auteur re-construit le portrait de Gillian. Un portrait qui nous suit bien longtemps après avoir refermé le livre.
   
   Extrait
   "Quand Gillian se réveilla, son père était à son chevet, à côté du médecin. Ils parlaient tous les deux à voix basse. Gillian ne chercha pas à écouter. Elle ferma les yeux et perçut à nouveau le trou dans son visage, par lequel elle avait vu à l’intérieur d’elle-même. Elle essaya de lever les mains pour se cacher, se protéger.
   La couverture pesait sur sa poitrine. Elle pouvait à peine remuer les doigts. Soudain elle eut aussi du mal à respirer. Elle ouvrit les yeux. Les deux hommes étaient toujours là. Ils se taisaient maintenant et posaient leur regard sur elle, l’enfonçaient en elle. Gillian ne réussit pas à contenir ces regards, à leur répondre ou à les détourner. Elle ferma les yeux et partit en courant pour se cacher au plus profond d’elle-même. Jeu insensé, ronde, comptine faite de couplets sans fin. Puis elle entendit son prénom, le médecin lui avait adressé la parole. Quand elle leva les yeux vers lui, son regard rencontra celui de son père. Son père se détourna.
   Comment allez-vous ?
   Elle ne dit rien. Il ne fallait pas qu’elle se trahisse. Elle s’était cachée ; si elle ne bougeait pas, ils ne pouvaient pas la trouver. Elle pouvait rester des heures dans sa cachette, dans l’armoire à vêtements ou derrière le canapé, dans le grenier, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que personne ne la cherchait." (p. 15)

critique par Le Collectionneur de livres




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