Lecture / Ecriture
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Villa Triste de Patrick Modiano

Patrick Modiano
  Chien de printemps
  Rue des boutiques obscures
  Accident nocturne
  Un pedigree
  Livret de famille
  Dans le café de la jeunesse perdue
  La petite bijou
  Dora Bruder
  L'Horizon
  Quartier perdu
  L'Herbe des Nuits
  Vestiaire de l’enfance
  Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
  Du plus loin de l'oubli
  Remise de peine
  De si braves garçons
  La place de l'étoile
  Des inconnues
  Villa Triste
  Souvenirs dormants
  Encre sympathique

Patrick Modiano est un écrivain français né en 1945, Grand prix du roman de l'Académie française en 1972, Prix Goncourt en 1978. Prix Nobel 2014 pour «l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation».

Villa Triste - Patrick Modiano

Starlette maladroite ou Mannequin volant...
Note :

   Prix des libraires 1975
   
   Cela se passe pendant la guerre d'Algérie. Le narrateur est un jeune homme de 18 ans. Il s'est installé dans une petite pension de famille vieillotte, située dans un village des bords d'un lac franco-suisse. UN village , UN lac, c'est qu'aucun nom n'est cité et que l'on n'a qu'à imaginer celui qu'on veut. Comme souvent, la minutie des itinéraires de Modiano, s'oppose ainsi à l'imprécision des lieux exacts où l'on s’arrête.
   
   Notre narrateur raconte ses souvenirs qui sont ceux d'un déraciné depuis son enfance, toujours entre deux hôtels, mais généralement de bonne tenue, pas de gourbi. Mais ici, il ne fait qu'évoquer brièvement son enfance et son père, c'est sur une période remontant à 12 ou 13 ans, qu'il s'étend.
   
    Il était donc arrivé près de ce lac, poursuivi par la crainte, on ne sait de quoi, ce n'est pas précisé. On est pendant la guerre d'Algérie, il a 18 ans, peut-être est-il déserteur ou réfractaire. On ne sait. Il use de faux noms et donne les souvenirs d'anciennes connaissances pour les siens.
   "Et comme ma vérité à moi l'eût déçue, je lui racontais les aventures de mes proches."

   
   C'est ainsi qu'il en vint à rencontrer la starlette locale et son ami-confident d’enfance, homosexuel de bonne famille et plutôt coriace. La starlette va lui plaire, il lui plaira aussi. Chacun racontera à l'autre beaucoup de mensonges, et ils seront heureux, très, un certain temps. Que demander de plus?
   
   Modiano nous raconte cela avec un infini talent, les concours d'élégance (jolie femme, belle voiture et chien de race) n'existent plus je pense, mais on les voit encore dans les vieux films et là, on les voit de près avec l’âpre trafic d'influence locale qui les sous-tend, bien sûr, toujours. Il montre comment les éléments louches s'introduisent aisément dans ces milieux trop riches où l'on s'ennuie trop aussi. Je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé.
   
   La starlette est trop paresseuse pour profiter de son moment de gloire pour assurer sa position et notre héros n'a rien à assurer du tout. Cet amour idéal entre nos deux tourtereaux ne perd rien à être factice et l'auteur nous convainc de la vérité des mensonges. Quand ils sont beaux, et qu'il y a du tragique à l'arrière plan.
   
   Le livre est plein de références cinématographiques qui réjouiront les amateurs.
    ↓

critique par Sibylline




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Comparons !
Note :

   Dans Villa Triste, d'un héros (Victor Chmara -nom d'emprunt-, en quête d'envie littéraire et d'horizon lointain, qui claque l'argent d'on ne sait où, à Annecy où il séjourne jusqu'à plus d'envie), on passe à deux (Yvonne Jacquet, actrice débutante, envoûtante jeune femme, au cœur sentimental chancelant mais qui souhaite toutefois assurer ses arrières) puis à trois (René Meinthe, entremetteur, plus porté sur la gent masculine, et qui aime se lancer des défis).
   Dans Villa Triste, il y a de l'argent qui coule à flot et d'origine obscure sinon douteuse, un concours hallucinant de descente de voiture, des mécènes et des frivoles, une ambiance du Sud, beaucoup de légèreté et finalement peu de construction d'avenir : tout est possible mais rien n'est fait !
   
   Dans Un pedigree, il y a une forme de gravité : l'image paternelle est explorée. Dans Un pedigree, Patrick Modiano se met à nu, met à nu son père, raconte son enfance, le couple libre de ses parents, sa difficile relation avec son père, l'infinie et inconsolable tristesse de l'absence du frère (Rudy, parti trop tôt), la solitude d'un jeune garçon qui a manqué de repères parentaux, de foyer chaleureux (certainement aimant, à leur façon ; distant, ça c'est sûr). Ce qui surprend dans Un pedigree, c'est la figure de l'enfant qui s'est construit au milieu d'adultes plus ou moins proches de ses parents, dans des institutions, et la confiance aveugle (pour ne pas dire irresponsable de ces derniers à laisser leur progéniture à de vagues connaissances, parce que cela arrangeait leurs affaires -de cinéma, de théâtre pour la mère, de commerce pour le père-).
   
   Contrairement à Villa Triste (histoire plutôt réduite en nombre de personnages), Un pedigree recense tout l'entourage de l'époque : chaque protagoniste porte un prénom, parfois un nom, parfois une initiale. La seule qui n'hérite pas d'identité propre est la fameuse seconde femme du père, celle qui l'a éloigné de son fils Patrick. Cette Italienne a le droit d'être uniquement comparée à une comédienne connue de l'époque (Mylène Demongeot) et d'être résumée ainsi : la fausse Mylène Demongeot (avec tout ce que l'adjectif fausse sous-entend : fausse, qui n'est pas vraie - fausse, qui n'est pas honnête. Et reconnaissant l'esthétisme modianesque dans le choix des mots, on peut sans conteste considérer que les deux sens sont employés simultanément ici).
   
   Dans les deux écrits, on retrouve la précision des faits, des détails si chers à Patrick Modiano, le juste mot, le bon mot à la virgule près. Le texte est travaillé, les ambiances sont installées, tout est propre et logique. Dans Un pedigree, Patrick Modiano se livre sans tabou, avec mesure, exprime ses sentiments de "petit", son recul de "grand". Dans Villa Triste, on est dans un roman complètement ancré avec les thématiques favorites de l'écrivain nobelisé : des personnages au passé trouble ou sans passé, au futur incertain, à l'identité peu confirmée dont on explore un instantané de vie.
   
   Comme d'habitude, on quitte les deux œuvres avec contentement parce qu'avec Modiano, on ne risque rien, à part de belles phrases, une réelle sincérité et l'envie de continuer le chemin (enfin, c'est vrai pour ce qui me concerne). Même si je reconnais que ces deux œuvres sont moins punchies, moins frappantes que Rue des boutiques obscures et Dora Bruder qui pour moi restent des moments de littérature exceptionnels, chacune d'elles laisse une trace : témoignage d'une profonde tristesse pour Un pedigree (ou comment se construire dans l'absence et dans l'attente ?), image volubile et arty pour Villa Triste.

critique par Philisine Cave




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