Lecture / Ecriture
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Le lièvre de Vatanen de Arto Paasilinna

Arto Paasilinna
  Un homme heureux
  Le lièvre de Vatanen
  Petits suicides entre amis
  La douce empoisonneuse
  La cavale du géomètre
  Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi
  Sang chaud, nerfs d’aciers
  Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen
  Le cantique de l'apocalypse joyeuse
  Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison
  Prisonniers du paradis
  Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés
  P comme: La forêt des renards pendus
  Le dentier du maréchal, Madame Volotinen et autres curiosités

Romancier finlandais né en 1942 en Laponie finlandaise.
Avant d'être journaliste puis écrivain, il fut bûcheron et ouvrier agricole.
Il écrit aussi pour le cinéma, la radio et la télévision.
Il s'intéresse aux arts graphiques et écrit des poèmes.
Il est mort le 15 octobre 2018 à 76 ans.

Le lièvre de Vatanen - Arto Paasilinna

«Changer tout»
Note :

   Cet ouvrage célébrissime publié en 1975 a tout de suite été un grand succès et, les traductions ne se faisant pas attendre, a définitivement établi Arto Paasilinna dans l’heureux cercle des auteurs à succès tant en Finlande que dans un certain nombre d’autres pays dont la France.
   
   Il nous est présenté par son éditeur et certaines critiques comme une fable écologique, ou encore comme un roman d’humour écologique mais là… je n’ai pas été frappée par la justesse de l’étiquette, car s’il y a bien un peu d’humour (surtout la fin), il ne m’a pas semblé que c’était ce qui caractérisait le mieux le livre. C’est sûr que ce n’est ni un drame, ni une histoire triste et que certains repas très huppés ou certain fanatique païen sont bien amusants (ceux qui ont lu comprendront), mais ce n’est tout de même pas à pleurer de rire.
   
   Je mettrais plutôt l’accent sur le côté fable, et philosophique même, car c’en est bien une que l’histoire de ce Vatanen, malheureux en amour, en ville et au boulot, qui cesse un jour de suivre cette voie-là sans bien réaliser lui-même exactement le moment où il rompt la chaîne.
   
   Le trait principal du caractère de notre héros est sans conteste une détermination à toute épreuve et, que son but soit liberté, conservation de son lièvre ou vengeance sur ours, rien ne sait le faire renoncer, l’entraînant à la limite de ses possibilités (qui sont grandes) et par là même dans d’assez étonnantes aventures.
   
   « Le lièvre de Vatanen » est le portrait et l’histoire d’un homme libre et à ce titre, il n’est pas étonnant que le lecteur prenne un grand plaisir à suivre ses luttes et son cheminement, s’identifiant toujours positivement, au moins un peu, à ce personnage devenu un beau jour irréductible et libre, sans que cela passe jamais par les voies de la violence.
   
   Ce roman m’a également permis d’en apprendre beaucoup sur les structures de la société finlandaise et de comparer avec la société française et les différences ne m’ont pas semblées négligeables… A ce niveau là également il y a donc matière à réflexion. Oui, rêver et réfléchir sont les deux verbes qui à mon avis correspondent le mieux à l’action de ce drôle de récit. Sourire, oui. Rire, peut-être aussi ? OK, mais en troisième position.
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critique par Sibylline




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Changement radical
Note :

   Ce livre n’est pas un livre comme les autres, il m’est très difficile de le classer dans une catégorie…les spécialistes appellent ça un roman initiatique mais ce terme relativement pompeux sous-entend non pas une histoire pompeuse elle aussi mais une histoire inédite, originale et hors du commun.
   
   «Le lièvre de Vatanen» nous entraîne dans la vie de Vatanen, journaliste de son état, marié mais qui manque réellement d’épanouissement véritable dans sa vie. Lors d’une sortie pour un autre article quelconque dans le dernier journal pour lequel il travaille, un malencontreux accident les font (lui et son photographe) percuter un lièvre avec leur voiture. Accident sans grande gravité, mais Vatanen ne peut se résoudre à abandonner le lièvre blessé et se met à sa recherche…
   Il finit par le retrouver caché et avec une patte cassée… Son acolyte photographe, las de l’attendre et de l’appeler en vain finit par l’abandonner au milieu de nulle part… quand il aura des remords, le lendemain matin, Vatanen aura disparu sans laisser de trace. Ne vous méprenez pas, ceci n’est pas du tout le départ d’une intrigue policière. Mais à partir de cette nuit, que Vatanen aura passé à la belle étoile avec son lièvre, plus rien ne sera pareil pour lui…il se sera remis en question, ne voudra plus accepter sa vie maritale avec une femme qu’il n’aime pas et qui ne l’aime pas, il se rendra compte de l’absurdité et de l’inutilité de son travail et décidera donc de tout laisser tomber. Il vendra son bateau, seul bien qu’il possède, pour redémarrer une nouvelle vie. Il parcourra ainsi avec son lièvre, toute la Finlande de long en large et de haut en bas, en faisant divers petits boulots qui lui permettent de vivre, en rencontrant des personnages aussi spéciaux les uns que les autres, en vivant des aventures aussi invraisemblables et aussi étonnantes les unes que les autres…Il changera complètement de manière de vivre, dormira souvent à la belle étoile, dans une grange ou dans une église, fera du débardage de bois, pêchera, aidera lors d’un incendie de forêt, rencontrera de hauts dignitaires, et chassera même l’ours…
   
   Un périple hors du commun donc, comme je le disais, qui nous montre que l’on peut quitter une vie toute tracée et vivre de choses simples, de peu de choses en fait…Vatanen ne quittera plus son lièvre, l’emmènera partout et ne voudra jamais s’en séparer, un attachement profond qui ne le quittera pas même dans les moments les plus durs…
   
   Un roman initiatique qui nous fait voyager, rêver, rire…et dont la fin finit par réellement nous faire croire que c’est un conte de fée…
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critique par Mme Patch




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Je m'embrouille dans la zoologie
Note :

    Taptaptaptap... Taptap... Taptaptaptaptap... tap...
   
   En fait, je dois m’être assoupie car le taptaptap ne fait pas du tout partie des bruits nocturnes fréquents dans cet appartement.
   
   Taptaptap...
   
   Non, je suis malheureusement bien réveillée. Et ce bruit n’est vraiment, pas normal... Et cette grande oreille poilue non plus, et cette seconde oreille! Et ce museau moustachu! Gasp, il y a un lapin dans l’encadrement de la porte de ma chambre (il faut que j’arrête la sangria). Lapin qui d’ailleurs ne semble pas particulièrement ravi mais ce n’est qu’après moult tractations et explications, j’ai enfin compris pourquoi. Car (1) mon lapin n’en est pas un – c’est un lièvre – et (2) il semblerait que je l’ai délaissé. L’insomnie conjuguée à la présence d’un animal vivant chez moi – même s’il n’y en a pas non plus de morts, entiers ou en morceaux – me pousse à l’honnêteté si bien que j’avoue rapidement. Oui, pardonne-moi, Ô grand lépidoré, car je n’ai pas encore fait de note sur le Lièvre de Vatanen de Arto Paasilinna.
   
   Et pourtant, ce lièvre m’a fort agréablement tenu compagnie lors d’une des dernières insomnies.
   
   La vie de Vatanen change du tout au tout la nuit où, revenant d’un reportage avec un photographe, il heurte avec sa voiture un tout jeune lièvre. Parti à la recherche de l’animal blessé, Vatanen se sent pris d’une soudaine impulsion: tout quitter. Et il part explorer la Finlande et la Laponie, abandonnant sa femme, son métier, sa vie, mais accompagné par son lièvre. De rencontres en expériences, Vatanen découvre les joies de se laver à l'eau froide, de dégommer les corbeaux goulus et cleptomanes, de défendre son territoire, et son lièvre, contre une femme de diplomate suédois ou contre un ours énervé par le manque de sommeil, de se biturer derrière les fagots et de se lancer dans la cueillette d'herbes fraîches pour faire plaisir à son animal de compagnie. Transformé en une sorte de Candide par l’influence qu’exerce sur lui le lièvre, le parcours de Vatanen souligne, par contraste, la bêtise humaine, les contraintes de la société, la vanité des rapports sociaux hiérarchisés.
   
   Le lièvre de Vatanen est un très beau roman, bien écrit, entraînant, souvent hilarant et toujours enchanteur.
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critique par Cécile




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Un voyage champêtre jusqu’en Laponie
Note :

   Vatanen est un journaliste cynique et malheureux. En compagnie d’un photographe, il parcourt les routes de la Finlande quand sa voiture heurte malencontreusement un lièvre. Il s’élance à pied à sa poursuite, parvient à le rejoindre et le soigne. Très attaché au lièvre qui devient sa mascotte, il traverse en sa compagnie la Finlande du sud jusqu’à la Laponie.
   
   Voici un livre très attachant que nous propose Arto Paasilinna. Il nous décrit le voyage bucolique d’un homme en questionnement, trompé par sa femme, qui décide un jour de rompre avec le quotidien. Il faudra le hasard d’une rencontre incongrue pour que Vatanen se décide à faire le saut et quitter sa vie d’avant.
   
   Le roman nous expose en 24 courts chapitres des scènes champêtres contrastées, sans lien logique apparent, certaines dramatiques, tel cet épisode d’incendie dans une forêt par rapport auquel Vatanen va prêter main-forte, puis abandonner son poste pour une beuverie mémorable. Notre infatigable voyageur se met toujours dans des situations impossibles, comme par exemple lorsqu’il passe la nuit aux côtés d’un mort qu’il prend pour un paisible dormeur. J’ai pris plaisir à suivre les pérégrinations de Vatanen que j’ai pu localiser sur la carte de Finlande présentée au début. Cela permet au lecteur de se familiariser avec le pays. Les scènes sont si diversifiées qu’on ne s’ennuie jamais.
   
   Un bémol cependant pour la traduction: je l’ai trouvée par moment assez maladroite, des termes identiques se répétant à intervalles rapprochés.
   
   Un voyage au plus proche de la nature, avec un lièvre domestiqué pour fétiche qui occasionne de nombreuses situations insolites et souvent drôles, un animal sur lequel l’homme n’hésite pas à projeter ses sentiments afin de s’en rapprocher. Un voyage initiatique qui conduit Vatanen a (re)découvrir son identité au contact d’une nature grandiose mais aussi hostile. Un voyage aux confins de la Finlande qui permet de se réconcilier avec soi-même, à la faveur des rencontres multiples et originales.
    ↓

critique par Seraphita




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Roman culte
Note :

   Vatanen est journaliste à Helsinki, où il mène une vie médiocre et sans intérêt aux côtés d'une femme acariâtre et agaçante. Un soir de juin, alors qu'il revient d'une virée à la campagne avec un ami photographe, leur voiture heurte un lièvre prostré sur la route. Bouleversé, Vatanen descend aussitôt de voiture pour retrouver l'animal blessé. Pris de pitié, il lui fabrique une petite attelle et s'enfonce avec lui dans la forêt, sourd aux appels de son ami resté en voiture. Peu à peu, l'homme et le lièvre s'apprivoisent mutuellement et apprennent à vivre ensemble, alors que Vatanen abandonne sans regret sa vie monotone pour partir à l'aventure à travers la Finlande, deux oreilles de lapin dépassant en permanence de sa poche. Du Sud au Nord, le voilà qui sillonne les routes et les sentiers de son pays, parcourant les forêts, les villages isolés, les lacs inconnus de tous. Au cours de ses pérégrinations, il n'est pas toujours très bien accueilli, et doit faire face à une foule de situations rocambolesques, qu'il affronte avec flegme et optimisme, ce qui n'est pas le cas de son petit protégé, dont le cœur est mis à rude épreuve : il y a tant de gens décidés à lui faire la peau...
   
   Ce roman, devenu culte dans les pays nordiques depuis sa parution, dans les années 1970, est véritablement atypique : rien à voir avec d'autres récits de retour à la nature comme "Into the Wild" ou "Sukkwan Island". Ici, point de fin tragique, tout n'est que légèreté et humour cocasse. Même si certains chapitres font naître une tension palpable (telle la chasse à l'ours censée divertir les touristes américains, ou l'humiliation de Vatanen par de petits voyous riches et arrogants), l'ensemble reste fortement imprégné de douceur et d'optimisme, et la vie du héros semble se reconstruire autour des vraies valeurs : l'amitié, le partage, la quiétude, les plaisirs simples. Le style est épuré, simple, parfois légèrement décalé, et même si la traduction est par moments un peu étrange, l'écriture onirique contribue à la dimension magique de ce roman intemporel. Car c'est bien toute sa force : Vatanen incarne chacun d'entre nous, dans ce rêve fou qu'il a de quitter toute civilisation pour vivre au rythme des saisons et des travaux agricoles, avec son ami aux grandes oreilles qui semble l'avoir adopté au premier regard.
   
   Un chef-d'œuvre de finesse, de subtilité, porté par des personnages attachants et étayé par un dénouement magistral qui nous laisse le sourire aux lèvres. Vivifiant et dépaysant, plein d'humour et de tendresse, "Le Lièvre de Vatanen" a tout pour vous offrir un excellent moment de lecture, comme on en trouve de plus en plus rarement, et vous donner envie de vous plonger au plus vite dans les autres romans de Paasilinna ou, mieux encore, vous évader vers les contrées enchanteresses de Finlande et de Laponie.

critique par Elizabeth Bennet




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