Lecture / Ecriture
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Zazou de Jean Mazarin

Jean Mazarin
  Zazou

Zazou - Jean Mazarin

♫Je suis swing, je suis swing, zazou, zazou, zazou...♫
Note :

   Etre Zazou, c'est une mode vestimentaire et musicale mais aussi un état d'esprit auxquels Paul Descamps s'est volontiers plié. Il est considéré comme le chef de la petite bande qui se réunit quasiment tous les jours au Pam Pam, un lieu branché près des Champs Elysées. En ce jour de printemps 1942, le disque de Johnny Hess, "Ils sont zazous", tourne en boucle, grâce au barman qui remonte inlassablement la manivelle du gramophone. Mais Paul réserve une surprise à ses amis, notamment Gisèle et Luc. Il sort d'une pochette la toute dernière galette du Fou chantant, Charles Trenet qui interprète "La poule zazou".*
   
   Pendant ce temps, non loin, au quartier général de la SS, le Gruppenführer Von der Bach Willembourg arrive au terme d'une petite virée dans la capitale après avoir atterri à l'aéroport du Bourget. Deux hommes attendent le véhicule et tirent, tuant le passager, et ils balancent deux grenades au-delà de la grille d'entrée. Puis ils s'enfuient, déposant au passage leurs armes dans la besace d'une jeune femme qui enfourche son vélo, échappant ainsi aux poursuivants. Elle se réfugie au Pam Pam attisant la curiosité par sa vêture qui contraste avec celle des habitués du lieu. Mais les Allemands contrôlent le quartier des Champs, et plus particulièrement les cafés.
   
   Paul sent que la nouvelle venue n'est pas à son aise et elle avoue qu'elle n'a pas de papiers et pratique le marché noir. Afin de la soustraire aux Boches, il l'entraîne par une porte qui donne sur une cour, Luc remettant le verrou derrière eux, et il l'emmène chez lui à quelques dizaines de mètres. Alors qu'il va pour entrer, une femme en sort, maquillée, habillée d'un manteau de fourrure en panthère et d'un chapeau à voilette. Il s'agit de la grand-mère de Paul, une ancienne meneuse de revue du Moulin Rouge et qui vit toujours dans son monde. Son père n'est pas là, heureusement car il n'est pas de bonne compagnie. Il s'agit du commissaire Descamps, dirigeant une des Brigades Spéciales, sous la houlette de René Bousquet, et il traque impitoyablement Juifs et Communistes.
   
   Anna Tronska promet à Paul de lui fournir des bas de soie, des bas résille pour sa grand-mère, ils vont se revoir, et la nature se chargeant de régler certains problèmes dont celui de l'amour, ils vont tomber amoureux l'un de l'autre.
   
   Dans le même temps le commissaire Descamps, un personnage pour le moins antisémite, raciste, anticommuniste, adepte des idées vichystes, ne peut que constater la mort d'un de ses hommes, l'inspecteur Bekkham au faciès de Levantin. Cette apparence a donné l'idée à Descamps de l'installer dans une boutique de tissus afin de surveiller les agissements des Juifs et Communistes du quartier de la Nation. Il devait rendre compte mais son statut de boutiquier a été éventé et il git sur le trottoir. Il faut remonter la piste des meurtriers, des terroristes. Seulement Descamps n'est pas au bout de ses ennuis, car la Mondaine s'intéresse à un autre de ses hommes soupçonné de voler de riches veuves et il est en butte également avec un de ses collègues des Brigades Spéciales, Jean Hénoque.
   
   Peu à peu Paul va s'intégrer dans la petite bande d'Anna. Il va l'aider à distribuer des tracts, des journaux ronéotypés dénonçant l'Occupant, s'impliquer à aider Edouard, Adam, les deux responsables de la mort du Gruppenführer Von der Bach Willembourg, et même participer à des attentats.
   
   L'âge de l'insouciance est terminé, commence celui où la tension, la prise de responsabilités et de risques est en totale contradiction avec les idées de son père.
   
    Avec ce roman noir Jean Mazarin retrouve sa verve de conteur, celle qui nous avait enchanté dans les années 1980 avec les aventures de Lucien Poirel ou de Max Bichon, mais surtout dans "Collabo-song", Grand Prix de Littérature Policière 1982. Il reprend l'un de ses thèmes favori, la manipulation politique en temps de guerre, avec Résistants qu'alors on appelle Terroristes, et partisans du régime Nazi l'antisémitisme prévalant et ayant obtenu un exutoire avec la bénédiction des Allemands. Enfin on pouvait cracher sa haine en toute impunité.
   
   Cette histoire s'inspire de faits réels, bien entendu transposés, et de personnages ayant réellement existé, l'un des plus connus, outre Bousquet et Hénoque, le collègue de Descamps, étant Mésange. Peut-être cet alias ne dira plus rien de nos jours, mais il est aussi connu sous son véritable patronyme d'Henri Krasucki. D'autres personnages évoluent dans ce roman, interprétant de petits rôles, ce que l'on appelle de la figuration intelligente, qui prononcent quelques phrases ou simplement quelques mots, ou tout simplement ne sont que des silhouettes sur lesquels la caméra-stylo de Jean Mazarin s'attarde à peine. Pour l'heure personne ne les connait mais ils sont appelés à un avenir brillant. Ils ont pour noms Boris Vian, Raymond Queneau, Simone Signoret, Jean Carmet, François Chaumette...
   
   Par dessus ce roman noir plane l'insouciance d'une jeunesse qui prône le swing pour seul maîtresse, un défi à l'occupant, comme d'autres le firent, Marcel Carné par exemple qui tourne "Les Visiteurs du Soir", film fantastique certes mais à clés, de même que "Le Corbeau" de Georges Clouzot qui engendra bien des polémiques.
   
   Je ne voudrais pas l'affirmer mais il me semble que ce roman devait sortir en 2010 ou 2011 aux éditions Nuits Blanches, aujourd'hui défuntes, sous le titre "Mutins Légitimes". Un roman auquel tenait particulièrement Jean Mazarin à cause justement des thèmes développés et qui vont plus loin qu'un roman de littérature policière ou un roman noir ordinaire. C'est toute une époque qui défile sous nos yeux par la magie de l'écriture de Jean Mazarin.
   
   
   * Tous titres que l'on peut facilement trouver et écouter sur le Net

critique par Oncle Paul




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