Lecture / Ecriture
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Les boites en carton de Tom Lanoye

Tom Lanoye
  Troisièmes noces
  Les boites en carton
  Tombé du ciel

Tom Lanoye est un écrivain belge néerlandophone né en 1958.

Les boites en carton - Tom Lanoye

Dans les cartons de Tom
Note :

   Les éditions de la Différence ont à leur actif, de 2011 à ce jour, cinq traductions en français de Tom Lanoye, auteur néerlandophone primé en Belgique flamande et aux Pays-Bas. "Les boîtes en carton" est un titre qui a fait scandale en 1992 en Flandre, à cause de la caricature qu'il fait de prêtres enseignants et par la narration sans ambages de l'éveil sexuel chez un adolescent amoureux d'un camarade.
   
   Les talents du conteur Lanoye sont indiscutables : sans exagérer le trait, il brosse les figures de personnages inoubliables, parmi lesquels celle qui pourrait bien être à l'origine de toute littérature, la babillarde Pit Germaine (Pit diminutif de Petemoei, marraine) : de tout ce qu'elle voit et entend, elle fait un mythe, et de tous ces mythes réunis une fresque inégalée. Ou, comme le formule souvent mon père : même quand elle dort, elle continue à raconter. Ou encore le professeur de néerlandais, surnommé Mussolini, rédacteur de chants et textes pour le pèlerinage de l'Yser, qui n'enseignait que ce qu'il jugeait nécessaire et dont la réputation de poète était telle que les inspecteurs préféraient ne pas assister à ses cours, pour éviter de le blâmer pour non-respect du programme : il incarnait le désir de transcrire le monde en mots pour que le monde se dépasse lui-même. Si vous ne deviez lire que cinq ou six pages de ce livre, choisissez celles (pp 121-126) où se racontent les pèlerins de ce rassemblement de l'Yser, où il est question de braves petits Flahutes et du Westhoek aplati sous les obus de mortiers.
   
    Lorsque, troublé, il ouvre ses cartons emplis de photos souvenirs, de mots simples et sans tabou, de mélancolies et de muscles lisses, le narrateur prend le risque d'émouvoir, et si, désarmant de candeur, il dépeint sans rougir quelques scènes de dortoir pour garçons, on se dit que voilà un écrivain sincère et naturel que nous laissons à regrets lorsque ses souvenances ont livré leur part de blues. Au terme, le voilà qui nous remercie pour notre patience, notre disponibilité, pour notre existence nécessaire dans l'ombre de sa création.
    Chapeau! monsieur l'auteur du nord, digne successeur d'Hugo Claus, et si votre région, parfois, n'a plus l'air de faire complètement partie de notre pays (la Belgique), on le regrette sûrement en vous lisant.
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critique par Christw




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Tout le monde la même... ou pas
Note :

   Tom Lanoye, fils de boucher en Flandres, également élève d'une école catholique de sa ville est envoyé avec d'autres enfants en voyage scolaire lorsqu'il a dix ans, au début des années 1970. Ce sont les Mutualités Chrétiennes qui organisent ce voyage, une sorte de publicité pour que les Flamands s'inscrivent chez elles et non point aux Mutualités Socialistes concurrentes et athées. Afin de ne pas faire de différence entre les garçons, chacun reçoit la même boîte en carton, sa valise. Durant ce voyage Tom fera la connaissance de Z., un garçon qui deviendra plus tard l'objet de son désir. Ce livre est le passage de l'enfance à l'adolescence, la découverte du désir et de la sexualité, de l'homosexualité pour Tom.
   
   J'ai déjà lu et beaucoup aimé un livre de Tom Lanoye dans le même temps que je le découvrais avec "Troisièmes noces". Ce livre sur le passage de l'enfance à l'adolescence est comme l'autre, Tom Lanoye ne se censure pas, il aborde tous les points : l'amour, la masturbation, l'éveil au désir, l'homosexualité, la religion, ... Certains comme l'église en tant qu'institution ne sont pas épargnés, ni les gens de la classe moyenne qui veulent flirter avec ceux de la classe supérieure, ce qui était vrai à l'époque l'est encore aujourd'hui dans certaines villes, comme par exemple celle dans laquelle je vis où tous les notables et ceux qui veulent faire partie du sérail inscrivent leurs enfants dans les écoles privées à grand renfort de sommes considérables versées (une manière de déculpabiliser sûrement) et de contre-vérités rabâchées -"ils sont mieux encadrés", "ils font moins de bêtises", "ils étudient mieux", "on ne les laisse pas faire n'importe quoi", j'en passe et des encore plus gratinées tout autant que pures inepties ; je pourrais être très virulent sur le sujet, je préfère laisser la place à Tom Lanoye- : "Même si elle possède parfois moins de poids financier que les ouvriers qu'elle hait, la classe moyenne se damnerait pour pouvoir accéder à la bourgeoisie et si elle n'atteint pas ce but dans sa vie, c'est à sa progéniture de franchir le pas dans une vie future. La traite tirée sur cette vie future est l'éducation qu'elle achète dès maintenant pour ses descendants." (p.57),
   

   Mais ce qui est tout le long du livre le sujet le plus important, c'est bien sûr la découverte de l'amour et du désir. Z. est attirant sans le savoir et même sans le vouloir, et Tom découvre sans s'inquiéter et sans questionnement particulier son amour pour les garçons, pour un garçon. C'est ce qui m'a surpris un peu cette absence de questionnement : dans les années 70, l'homosexualité n'était pas autant exposée que de nos jours, mais peut-être l'auteur a-t-il voulu juste parler de sa puberté, de ses attirances comme il aurait pu le faire s'il avait été hétéro, ce qui est à bien y réfléchir une bonne chose, c'est lorsque l'on ne se posera plus la question des différences qu'enfin on s'acceptera tous.
   
   Toujours bien écrit, simplement, directement, ce bouquin est sérieux mais recèle quelques touches d'humour, comme lorsque Tom se décrit comme le stéréotype du Premier de la classe. C'est un bouquin qui tout en étant direct est sensible et délicat, tendre et un brin nostalgique. Tom Lanoye nous prend nous lecteur en témoin de son enfance et nous demande même en final, de "participer" à son livre en remplissant nous aussi notre boîte en carton, celle des souvenirs que l'on garde précieusement en nous.
    ↓

critique par Yv




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Souvenirs d'enfance
Note :

    Dire qu'il s'agit de souvenirs d'enfance, de la découverte de sa sexualité et de l'amour chez un ado, serait un peu réducteur, même si ce n'est pas faux. Un gamin chouchouté par mère, grand mère, tante, grande sœur, qui se souvient d'anecdotes heureuses ou plus tragiques (Wiske à l'hôpital), racontées avec humour et tendresse.
   
    Le gros morceau, ce sont les études en école et lycée privé, avec hilarants et superbes portraits de professeurs, surtout celui ayant su le pousser (sans le savoir) à écrire. Les pages sur Mussolini (pseudo du prof) sont absolument extraordinaires!
   
    Et puis, après un apprentissage du sexe solitaire (longues pages sauvées par l'autodérision!), il réalise ses sentiments pour Z., un camarade de classe, aventure qui culminera dans un drôle voyage scolaire en Grèce.
   
    Ajoutons un peu d'histoire flamande dont j'ignorais tout (un vrai régal).
   
   « Roman », est-il écrit sur la couverture. Pourtant tout sonne si vrai que je préfère y voir une autobiographie, même romancée. Je suis ravie d'avoir découvert cet auteur dans cette histoire classique, oui, mais transfigurée par l'humour gentiment (ou pas) ironique, l'autodérision et une construction assumée sans faille.

critique par Keisha




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