Lecture / Ecriture
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Le désert de l’amour de François Mauriac

François Mauriac
  Le désert de l’amour
  Le mystère Frontenac
  Genitrix
  Le Sagouin
  Thérèse Desqueyroux

François Mauriac est un écrivain français né en 1885 à Bordeaux et décédé en 1970 à Paris.
Il fut élu à l'Académie française en 1933 et reçut le prix Nobel de littérature en 1952.

Le désert de l’amour - François Mauriac

Désirs tus, amours défuntes…
Note :

   Raymond Courrèges, jeune bordelais, retrouve la femme qu’il a jadis aimée, dans une boîte de jazz parisienne, accompagnée de mari qui fut un temps son « protecteur ».
   
    ... le visage de certaines femmes jusque dans la maturité demeure baigné d’enfance ; c’est peut-être leur enfance éternelle qui fixe notre amour et le délivre du temps. (19)
   
    Raymond se remémore alors son adolescence, structure romanesque empruntée à Proust de l’indice qui provoque le souvenir. Il se souvient que cette femme, Maria Cross, croisée par hasard dans le tramway qu’il prenait alors, était aussi l’objet des attentions de son père, médecin majeur de la scène bordelaise.
   
    Nous avons tous été pétris et repétris par ceux qui nous ont aimés et pour peu qu’ils aient été tenaces, nous sommes leur ouvrage, - ouvrage que d’ailleurs ils ne reconnaissent pas, et qui n’est jamais celui qu’ils avaient rêvé. (75)
   
    Dès lors le père et le fils se croisent dans leur passion.
   
    On ne pense jamais que ce sont le passions des pères qui le plus souvent les séparent de leurs fils. (139)
    Le nom de « Cross » emprunté à l’anglais signifie à la fois « la croix » qu’elle porte (son fils mort), le verbe « croiser », « traverser » (une vie) et enfin l’adjectif « en colère », colère qu’elle montre par jeu à Raymond lorsque, celui-ci dans sa maladresse - attendrissante selon elle- veut la faire céder à son désir mais qui laisse le jeune homme dépité, le marque à jamais puis participe d’un certain cynisme.
   
    Ah ! l’importunité de ces êtres, à qui notre cœur ne s’intéresse pas, et qui nous ont choisis, et que nous n’avons pas choisis. (99)
   
    C’est le jeu continuel d’un amour inavoué, non consommé qui est intéressant ici. Tout réside dans le non-dit de certaines scènes mais que Mauriac fait partager au lecteur à la fois juge et parti, et c’est son grand talent de dévoiler une apparente mauvaise foi qui n’est que jeu ou dépit amoureux.
    Sur un thème on ne peut plus classique, Mauriac réussit en ce sens qu’il analyse en clinicien digne de ce docteur Courrèges, chercheur, et dont la mort d’un chien pendant ses recherches, allégorise sa propre déchéance physique issue elle-même d’une renaissance sentimentale. Rien n’est vraiment dit, c’est à peine suggéré mais on comprend tout clairement. Et chacun se retrouve confronté à son propre « désert ». Maria, prisonnière d’une certaine respectabilité, Raymond en proie à ses désirs jamais assouvis et toujours recommencés, le docteur, son père, face à la mort et aux souvenirs douloureux.
   
    Le docteur était de ces imaginatifs qui ne lisent jamais de romans parce qu’aucune fiction ne vaut pour eux celles qu’ils inventent et où ils tiennent le rôle essentiel. (88)
   
   Autres citations marquantes :
    Mais à quoi bon cet effort vers la perfection lorsque c’est notre destin de ne rien tenter qui ne soit louche en dépit de notre bon vouloir ? (177)
   
   Ce n’est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable : la mort est le sel de notre amour ; c’est la vie qui tue l’amour. (200)

   
   C’est quand même autre chose que Florian Zeller !

critique par Mouton Noir




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