Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les temps sauvages de Ian Manook

Ian Manook
  Yeruldelgger
  Les temps sauvages
  La mort nomade

Ian Manook est le nom de plume de Patrick Manoukian, journaliste et écrivain français, né en 1949.

Les temps sauvages - Ian Manook

J'en veux encore!
Note :

   Lorsque le corps d'un cavalier sur son cheval est retrouvé en pleine steppe mongole recouvert d'une femelle yack éventrée, le tout complètement gelé par les températures particulièrement glaciales de l'hiver, c'est Oyun, la policière coéquipière de Yeruldelgger qui se charge de faire les constatations. Lui est appelé à un autre endroit tout aussi froid parce que le corps d'un homme a été vu coincé dans la montagne. Yeruldelgger s'apprête à organiser l'équipe qui viendra chercher le corps, lorsqu'il est interpellé par la police des polices. On le soupçonne du meurtre de Colette, une prostituée qu'il connaît. Ramené sans ménagement à Oulan Bator, il décide d'enquêter sur ce meurtre, laissant son équipe se débrouiller des corps retrouvés gelés dans la steppe. Il ne sait pas encore que cette histoire le mènera loin, très loin et qu'il devra faire appel à ses instincts les plus bas pour tenter de la résoudre.
   
   Pour le premier tome, sobrement intitulé "Yeruldelgger", j'avais écrit en gros caractères un message du genre : "Lâchez vos livres et prenez immédiatement la direction de la Mongolie!" Pour le second tome, je vais tenter plus original : "Lâchez vos livres et prenez immédiatement la direction de la Mongolie!". Deuxième tome tout aussi bon que le premier, très différent et finalement assez ressemblant. Je m'explique. Ressemblant, parce qu'on est dans les mêmes lieux : Oulan Bator la Mongolie moderne, terriblement polluée, ville dans laquelle respirer est synonyme de s'empoisonner et les grands espaces blancs pour cause d'hiver dans lesquels vivent les nomades selon les rites des anciens mais avec des moyens modernes (portables, téléviseurs, Internet, ...). Ressemblant également parce que les personnages reviennent : Yeruldelgger bien sûr avec son sale caractère, son côté blasé, désespéré ; Solongo la médecin légiste, sa compagne : Oyun sa coéquipière qui se remet doucement de la violente agression du tome précédent (un an auparavant) ; Batulga le jeune garçon des rues ; Saraa la fille de Yeruldelgger.
   
   Différent parce que pendant une très longue parenthèse, Yeruldelgger laisse la place d'abord à Oyun, puis à Zarzavadjian, un flic français qui enquête du côté du Havre sur des trafics divers et se retrouve mêlé à l'intrigue mongole. Zarza, c'est un peu le Yeruldelgger français, il ne s'embarrasse pas trop des procédures, se joue des autres flics et suit son intuition. Pendant ce long moment, les paysages changent et les coutumes itou. Lorsque Ian Manook fait évoluer les flics mongols, il décrit leurs lieux de vie, les paysages, les us, les spécialités culinaires très différentes des nôtres (mouton, thé salé, thé au beurre rance, lait de dzum -femelle yack-, lait de jument). La Mongolie est un pays qui m'attire... sauf pour sa cuisine qui m'effraie un peu. Lorsqu'il fait bouger Zarza avec un journaliste normand, on a le droit aux spécialités du coin avec beaucoup de crème, de beurre, de pommes, enfin que des bonnes choses... je me dis que je devrais visiter la Mongolie avec des spécialités normandes...
   
   Très bien vues ces plongées "totales" dans les pays que Ian Manook nous fait visiter. On peut aussi rajouter le contexte géo-politique, historique qui donne du corps à un roman noir déjà bien charpenté. Fort bien documenté et maîtrisé ce livre est instructif et divertissant.
   
   Ce que j'aime aussi, ce sont ses personnages, bien décrits, forts et faibles, humains quoi. Ils font des bêtises qu'ils paient comptant en général, se mettent dans des situations périlleuses desquelles il se sortent péniblement, souvent aidés par des collègues, des hasards ou des loups (très belles pages sur ces animaux, un côté chamane, un peu irrationnel, qui m'a bluffé et emballé). Et puis cette violence omniprésente, c'est un vrai coup dans la figure. Le premier tome l'était déjà, celui-ci encore plus il me semble. Yeruldelgger est colère. Un polar qui déménage, qui semble partir un peu dans tous les sens et qui revient toujours à l'intrigue principale et à ses personnages. Pour contrer cette violence, quelques passages drôles, comme cette parodie mongole des Tontons flingueurs dont je vous livre un très court extrait : "Je vais te montrer qui c'est, Rebroff! Aux quatre coins de la toundra qu'on va te retrouver, congelé par petits bouts, façon glace pilée. Moi quand on cherche le brassage, je cogne plus : je slap shot, je drop le puck, je pète la rondelle!" (p.294) Bien d'autres passages sont écrits plus légèrement mettant en scène par exemple un gangster intellectuellement limité qui veut faire de la psychologie, on en oublie presque qu'il est en train de tuer un homme.
   
   Je ne sais pas si Yeruldelgger reviendra pour une troisième aventure ou s'il s'arrêtera sur cette seconde épopée. S'il ne tenait qu'à mon désir de lecteur, il reviendrait bien sûr avec une enÔrme envie et un plaisir tout aussi gros. S'il raccrochait là, je serais déçu. Franchement. Avec tous mes compliments, s'il ne revient pas...

critique par Yv




* * *