Lecture / Ecriture
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Tout s'est bien passé de Emmanuèle Bernheim

Emmanuèle Bernheim
  Stallone
  Vendredi soir
  Sa femme
  Tout s'est bien passé

Emmanuèle Bernheim est une écrivaine née en 1955.
Elle a obtenu en 1993 le Prix Médicis pour son roman intitulé «Sa femme».
Elle écrit également des scénari.
Elle est décédée le 10 mai 2017.

Tout s'est bien passé - Emmanuèle Bernheim

Témoignage
Note :

   "Je veux que tu m'aides à en finir".
   
   Une phrase et tout est dit de ce récit. Un père qui s'adresse à sa fille. Le séisme que va représenter cette demande pour l'entourage et principalement la narratrice, Emmanuèle et sa sœur.
   
   Un sujet plus que délicat dans un pays qui refuse toujours de regarder ce problème-là en face. Et un problème qui nous concerne tous.
   
   Mais ce livre n'est pas un plaidoyer, ni dans un sens, ni dans l'autre, c'est simplement une histoire personnelle, relatée avec pudeur et sans fard. Il faut dire que la personnalité du père, André Bernheim, n'est pas banale. Grand collectionneur, il a toujours mené sa vie à sa guise, égoïstement, sans se soucier le moins du monde de son entourage. Marié, deux filles, il n'empêche que ses conquêtes sont surtout masculines. Séducteur, manipulateur, fantasque, il l'est aussi avec ses filles, mais également cassant, dévalorisateur et pourtant il a dû être aimant ce père, puisque les deux sœurs fondent de tendresse pour lui.
   
   Emmanuèle cherche d'abord à gagner du temps devant la demande de son père ; vient le moment où elle ne peut plus se dérober et commence alors un parcours semé d'embûches. Il faut trouver une solution à l'étranger, en Suisse, en se couvrant suffisamment pour ne pas être poursuivie pénalement en France. L'auteure a parfaitement rendu les hauts et les bas de ce genre de situation, les revirements du père, ses provocations, ses maladresses qui mettent les deux sœurs sur le gril, entre exaspération et fou-rire.
   
   L'auteure ne cache pas ses états d'âme, ses craquages, son ras-le-bol, j'ai aimé que jamais elle ne juge, elle respecte la décision de son père, même si elle voudrait parfois le voir changer d'avis et tout envoyer promener. Les évocations du passé laissent entrevoir les difficultés qu'elle a connues avec ce père qui n'hésitait pas à se moquer de son apparence "tu es énorme" et la faisait sauter d'un train en marche.
   
   Des phrases courtes, un rythme soutenu, c'est un livre que j'ai dévoré en peu de temps, oui c'est possible sur un sujet pareil, parce que tout m'a touchée. Le dilemme posé aux filles par le père, la relation tendre et soudée des deux sœurs, les difficultés liées au fonctionnement de la médecine, les réactions des uns et des autres. L'attitude du père également, qui ne manque pas de courage. 88 ans, une belle vie derrière lui, il ne veut pas connaître la déchéance physique inéluctable qui l'attend et une existence qui n'en sera plus une pour lui.
   
   Je garde un beau souvenir d'une rencontre-lecture avec Emmanuèle Bernheim, dans le cadre de Terres de Paroles. Elle a développé certains points du livre avec la même simplicité et la même sincérité.
   
   
   Grand Prix des Lectrices ELLE 2014, catégorie document.

critique par Aifelle




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