Lecture / Ecriture
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Six fourmis blanches de Sandrine Collette

Sandrine Collette
  Des nœuds d'acier
  Un vent de cendres
  Six fourmis blanches
  Il reste la poussière

Sandrine Collette est une femme auteure française née en 1970.

Six fourmis blanches - Sandrine Collette

Sacrificateur, beau métier
Note :

   Mathias est un sacrificateur. Il jette du haut d'une montagne des chèvres pour éloigner les mauvais sorts. C'est son travail, il est payé pour cela. Lorsque le vieux Carche lui propose de prendre son petit-fils en formation car il sent qu'il a le don, Mathias ne peut refuser, à son grand dam.
   
   Le jour où Lou et Elias gagnent un trekking intense dans les montagnes albanaises, tout à la joie d'un ouiquende offert, ils ne se doutent pas qu'ils y vivront les heures les plus douloureuses de leur vie. Leur cordée partie à six plus un guide perd d'abord l'un des membres, puis les catastrophes s'enchaînent.
   
   Le titre est je n'en doute pas -mais peut-être me trompé-je?- une référence ou un hommage aux "Dix petits nègres" d'Agatha Christie, tant sa construction y ressemble en certains points, mais pas tous, et je ne vous dirai pas lesquels pour ne pas vous en dire trop. Vous garderez ainsi toute l'intensité du suspense de cet excellent roman noir ou thriller, j'avoue que je sais pas bien faire la différence. Le principal étant qu'une fois ouvert, vous risquez de ne plus pouvoir lâcher le bouquin!
   
   Ça commence assez fort avec le rituel du sacrifice effectué par Mathias et l'on est tout de suite plongé dans une atmosphère totalement paradoxale de réalité et de légendes qui persévèrera jusqu'au bout, jusqu'à l'ultime ligne. Mathias, c'est le sorcier, le côté irréel et magique du roman. Lou c'est le côté très prosaïque, les pieds bien sur terre. Le contraste fonctionne bien puisque Sandrine Collette a fait de ces deux personnages les deux narrateurs qui se répondent en quelque sorte par chapitre alterné. Quand se rejoindront-ils, puisque le genre veut qu'ils se rejoignent, c'est une autre partie du suspense que je ne dévoilerai évidemment pas?
   
   Du côté de Lou et Elias, le début est plus lent, ils se mettent en route, font connaissance des autres participants (Marc, Étienne, Arielle et Lucas) et du guide Vigan mais lentement et sûrement la situation de stress et d'angoisse s'installe, inexorable, elle ne baissera plus.
   
   Bien écrit, sans fioriture mais avec de belles tournures, le choix des bons mots et leur place dans la phrase, ça se joue à rien parfois, juste une inversion, qui change la beauté du texte, un détail qui me plaît : "Peut-être la lucidité retrouvée avec un peu de repos, qui me rappelle que ma victoire est éphémère, et amer l'avenir." (p.189) ; bien que les deux narrateurs racontent leur histoire sur ces quelques jours, le langage n'est pas trop oral, Sandrine Collette bâtit son texte solidement sans céder à la facilité que l'on trouve parfois dans ce genre de littérature.
   
   Et puis outre le suspense, un excellent bon point pour l'auteure qui décrit à merveille les somptueux paysages, la neige qui les recouvre, le froid qui s'infiltre et un second pour ses personnages. On les voit évoluer au long des épreuves qu'ils traversent, ils alternent les bons sentiments avec l'instinct de survie, l'altruisme avec l'égoïsme ; les événements les changent et le lecteur les voit changer à quasiment toutes les pages. Du très bon travail et de la très bonne lecture pour se faire un peu peur (même si l'image de Jean-Claude Duss, des Bronzés, seul la nuit en pleine montagne et chantant "Quand te reverrai-je pays merveilleux?" m'est plusieurs fois venue à l'esprit, sans doute pour me détendre un peu)
   
   Excellent thriller qui risque bien de vous dégouter des trekkings intenses, moi perso ce sont deux mots dont je n'use que pour ce billet, très loin de mes us et coutumes habituels.
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critique par Yv




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Pourtant... que la montagne est belle
Note :

   Mathias est sacrificateur de chèvres dans une contrée montagneuse en Albanie. Les paysans sont très superstitieux, et pour chaque événement (naissance mariage baptême…) font appel à lui pour choisir dans le troupeau de la famille concernée une chèvre LA chèvre qui doit être sacrifiée. Mathias doit ressentir une certitude quant à l’animal choisi.
   
   On dit qu’il a un don (il le tient de son grand-père) ; c’est un homme solitaire, qui n’aime pas beaucoup son métier et ne croit qu’à moitié à sa mission. Il déteste jeter ces pauvres bêtes de la montagne… mais quoiqu’il en pense il doit continuer : le vieux Carche, tyran local a la mainmise sur toute la contrée ; et voilà qu’il donne à Mathias, un de ses petits fils comme apprenti sacrificateur ; le garçon est un sacré voyou et Mathias est de plus en plus mal à l’aise...
   
   Lou est une jeune femme de 25 ans ; elle et Elias son compagnon se préparent à une randonnée en haute montagne ; le groupe compte sept personnes en tout : les autres trekkeurs sont plus âgés ; aucun d’entre eux n’a l’expérience d’une telle randonnée. Lou se sent un peu stressée mais elle a confiance dans Vigan, leur guide, qu’elle trouve solide, avisé, bel homme en plus…
   
   Cependant à la fin de la première journée le temps change très vite : une tempête s’abat sur la groupe : selon Vigan, il faut gérer la situation ; on va se diriger vers un refuge : hélas arrivés là de cette providentielle cabane il ne reste que deux pans de mur calcinés !
   
   Des bruits étranges se font entendre : est-ce le vent ? n’y a-t-il pas un autre danger ? Des loups ?...
   
   Lou et Mathias sont narrateurs de l’histoire, en alternance : on s’attend à ce qu’ils se rencontrent, on se demande comment. Le suspense est bien entretenu ; on participe aux déboires des personnages. Petit bémol, les sensations et pensées de Lou, ont tendance à se répéter un peu trop pendant cette fuite éperdue pour sa survie. Pourtant l’ensemble est réussi. Pour ceux qui n’aiment pas le "gore", ce récit l’est nettement moins que le précédent (Un vent de cendres), mais il est presque aussi bon.

critique par Jehanne




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