Lecture / Ecriture
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Une belle canaille de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Une belle canaille - W. Wilkie Collins

Entre de bonnes mains
Note :

   Ami lecteur, je pars pour quelques jours visiter les librairies du fin fond de la Creuse mais je vous laisse entre de bonnes mains, celles d'Une belle canaille de W. Wilkie Collins.
   
   Rassurez-vous, cette belle canaille est un hôte délicieux : charmant, amusant, enjoué, il est certes un peu paresseux mais il est d'un commerce tout à fait agréable. Cependant, ne comptez par sur lui pour faire le ménage dans les lieux.
   
   Et puis, pour les longues et chaudes soirées, il a tout un stock d'histoires palpitantes qui vous réjouiront pendant des heures. Il faut dire que sa vie a été assez agitée pour qu'il puisse vous charmer par ses récits pendant un mois durant.
   
   Fils d'une famille aristocratique mais désargentée, Franck Softly, fumiste comme pas deux, se lance contraint et forcé par son cher paternel dans les études de médecine. Mais rapidement fatigué de devoir faire des ronds de jambes à des mémés grabataires et des mondanités dans des salons à l'atmosphère plombée pour se faire une clientèle, il décide de se lancer dans la caricature de ce petit monde. Ayant quelques dons pour le dessin et l'esprit tourné vers la dérision, Franck connaît un certain succès dans cette activité et est publié dans la presse.
   
   Malheureusement pour lui, ses modèles finissent pas se reconnaître et je vous laisse découvrir comment on passe de l’hôpital à la prison à travers pas mal d’aventures…
   
    Vous ne devriez pas vous ennuyer auprès de cette belle canaille et dès mon retour, je vous proposerai une sélection de lectures de vacances testée et approuvée.
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critique par Cécile




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Ecrit en 56, oui, mais 1856!
Note :

   Un roman marqué par les traits d'humour et le ton ironique du narrateur. On y découvre les mémoires de Frank Softly, la belle canaille prête à faire notre bonheur avec le récit très divertissant de ses frasques diverses et variées. Si je m'attendais à un personnage sombre, j'ai plutôt rencontré un fils de bonne famille trop enclin à gaspiller l'argent et à s'amuser pour suivre les traces de son père médecin. Un jeune homme au final prêt à tout pour gagner son pain quotidien (où devrais-je dire, ses loisirs quotidiens), à commencer par se lancer dans la caricature et profiter du salon de sa grand-mère pour croquer les invités et son aïeule à leur insu.
   
   Son parcours mouvementé lui vaut un petit séjour en prison jusqu'à ce que, après quelques menus tracas, Frank soit contraint d'aider un faux-monnayeur sous la menace.
   
   Curieusement, malgré mon enthousiasme premier, ce court roman ne m'a pas particulièrement marquée et je m'arrache un peu les cheveux pour me souvenir de certains passages. Ceci dit, c'est une lecture que j'ai particulièrement appréciée. J'ai aimé le ton irrespectueux du narrateur, son comportement provocateur au sein d'une société victorienne où il était de bon ton d'afficher une morale en apparence irréprochable. Ce roman qui fait écho à "Barry Lyndon" et un joli pied de nez aux contemporains de Wilkie Collins, avec cet anti-héros qui s'amuse de ses frasques, tourne en dérision les conventions respectées par son honorable famille et finit riche et heureux en amour, en récompense de son parcours de coquin. Je regrette en revanche la chute à mon avis un peu rapide et, pour être honnête, j'ai davantage goûté la première partie, plus savoureuse et impertinente à mes yeux.
   
   Toujours est-il que c'est en quelque sorte ce livre qui a vraiment créé un déclic chez moi et m'a donné envie de lire, que dis-je, de dévorer les romans de Wilkie. Un roman très léger, écrit en grande partie à Paris, pendant une joyeuse période de débauche en compagnie de Charles Dickens (d'après l'éditeur). Si vous aimez l'humour anglais, le ton railleur de ce narrateur loufoque risque bien de faire votre bonheur!
    ↓

critique par Lou




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Avant de devenir respectable
Note :

   Les jours se suivent et ne se ressemblent pas! Hier c’était un roman désespérant que je présentais, "L’oiseau Bariolé". Aujourd’hui, je passe à un genre plus léger et qui m’a bien amusée!
   
   Le roman "Une belle canaille" est paru en 1879 alors qu’il a été écrit en 1856 dans une période très heureuse de la vie de Wilkie Collins invité alors à Paris par son ami, Charles Dickens. Le ton de ce roman étonnant et même détonant dans la prude Albion de la reine Victoria explique ce retard!
   Ce récit gai, insolent, et même iconoclaste, est le reflet de cette insouciance ressentie par Wilkie Collins alors qu’il passait avec Dickens joyeusement ses heures de loisir en compagnie de maints autres amis qui tous avaient à voir avec l’art et la littérature. Tellement désinvolte, d’ailleurs que Collins est très conscient de ce que les pisse-vinaigre (j’espère que vous ne vous reconnaissez pas dans ce termes!)vont en penser!
   
   Francis Softly est un rejeton de bonne famille, petit-fils de lady, et fils de médecin et il a reçu, noblesse oblige, une éducation soignée même si la fortune de son père laisse à désirer. Cependant, s’il écrit pour nous ses confessions, ce n’est pas, surtout pas, dans un but moralisateur mais parce qu’il a eu une vie “hors du commun”. Car toutes les turpitudes qu’il nous expose joyeusement, non seulement, il ne s’en repent pas mais encore il s’en vante! Auteur de caricatures qui sont publiées sous un pseudonyme, ne voilà-t-il pas qu’il se laisse aller à caricaturer sa grand mère elle-même et à la représenter en vieille chouette. Et lorsque son père lui enjoint de renoncer à cette activité lucrative, il quitte la maison pour vivre de son art et connaître toutes sortes d’aventures: tour à tour emprisonné pour dettes, faussaire… il multiplie les exactions avec une bonne humeur et une drôlerie irrésistible. Et puis, il est amoureux, d’un amour vrai, sincère, et pour les beaux yeux d’Alicia, que ne ferait-il pas? Voilà qui nous le fait juger fort sympathique, ce mauvais garçon! D’ailleurs, le méchant, (car il y a toujours un méchant chez W Collins) ce n’est pas lui! Vous le découvrirez en lisant le livre.
   
   La lecture de ce roman est donc réjouissante d’autant plus que l’humour s’exerce aux dépens d’une société bien pensante, hypocrite et près de ses sous et ceci avec une audace certaine. Jugez plutôt:
   "A force de tendre ses filets avec beaucoup de dextérité et de patience sous la houlette de ses père et mère ma séduisante sœur Annabella avait réussi à capturer un bon parti en la personne d’un quinquagénaire fané, pingre, au teint bistré, ayant fait fortune aux Antilles.(…) Ce poisson-là avait été très difficile à ferrer et même après qu’Annabella l’eut pris à l’hameçon, mon père et ma mère eurent toutes les peines du monde à le sortir hors de l’eau..."
   
   Et voilà pour le mariage, une des institutions les plus sacrées de l’époque victorienne!
   Il en est de même pour la Famille considérée comme la valeur la plus noble! Or, notre canaille n’a l’air d’éprouver pour ses parents et sa sœur que de l’indifférence et réciproquement! Le seul qui témoigne un réel intérêt pour sa santé est son beau-frère mais l’on apprend bien vite que c’est parce qu’un héritage est en jeu.
   Quant à la leçon de morale que Franck reçoit et respectera toute sa vie -la seule peut-être- elle lui est donnée en prison et à coups de poing par Gentleman Jones, son codétenu:
   "Il m’a apporté le seul enseignement utile que j’aie jamais reçu; et pour le cas où ceci tomberait sous ses yeux, je le remercie ici d’avoir entrepris et achevé mon éducation en deux soirées et sans qu’il m’en coûtât un sou, à moi ou à ma famille."
   
   Enfin, Francis Softly finira par devenir respectable mais ce n’est que lorsqu’il sera devenu riche; peu importe alors qu’il soit bagnard et transporté en Australie.
   Et Wilkie Collins de conclure avec ce trait d’esprit féroce :
   "Non, non, mes bons amis! Je ne suis plus intéressant; tout comme vous je suis devenu respectable."
    ↓

critique par Claudialucia




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Comment réussir dans la vie
Note :

   Les plus perspicaces d’entre vous auront aisément compris, à l’abord de mon pseudonyme, que W.W. Collins constituait pour mon humble personne de lecteur la référence absolue.
   
   Ce qu’il y a de bien dans les auteurs prolifiques, c’est qu’on découvre encore et toujours des textes non publiés ou non traduits comme c’est le cas pour nombre de romans du romancier anglais (sans mentir, je pense que la bonne moitié de sa foisonnante production est encore en langue originale).
   "Une Belle Canaille" a été publié il y a plus de dix ans en France mais, déjà lors de sa sortie, ce court récit ne connut une publication sous la forme de roman que vingt ans après avoir été proposé sous la forme de feuilleton dans la revue dirigée par Charles Dickens. Il faut savoir qu’au milieu du XIXème siècle, on n’éditait que des pavés en plusieurs volumes et Collins ne voulait ajouter d’autres textes à cette petite merveille.
   
   La vie (et l’œuvre) de Collins est indissociable de l’ombre du grand Dickens. Tour à tour, compagnon, ghostwriter, relecteur du maitre, Collins a eu du mal à s’échapper de l’influence manifeste de Charles. On se demande même comment il trouvait le temps d’écrire ses propres romans dans un emploi du temps surbooké.
   
   Si Dickens mettait en scène les bas-fonds de l’âme humaine dans les ruelles londoniennes sous le regard innocent (pour combien de temps encore?) d’enfants voués à une vie de misère ou simplement misérable, son alter-ego aimait fustiger la noirceur d’âme des biens pensants de la haute société Victorienne. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore ce champion du suspens (Doyle reconnait en lui une référence), je les invite à ouvrir les bijoux que sont "Pierre de Lune", "la Dame en Blanc", "Sans Nom", "Mari et Femme" ou encore "Passion et Repentir".
   
    Dissimulation. Kidnapping. Faux-semblants. Meurtres. Usurpation. Vrais escrocs et véritables héros… ou héroïnes car, dans l’œuvre de Collins, la femme, toujours bafouée de ses droits (en a-t-elle seulement dans cette société régie par les hommes?), fait souvent preuve d’une volonté de fer. Pour les autres, rompus aux ambiances sombres des romans-fleuves, je les engage à ouvrir ce court roman qui se lit comme on déguste une friandise.
   
   Dès le premier chapitre, j’ai tout de suite pensé au Pickwick Club de Dickens, véritable olni (objet littéraire non identifié) dans l’œuvre du compagnon de Collins. Je reconnais avoir été pris de fou-rires incontrôlables et démesurés dans cette délirante épopée de "gangsters" qui ressemblaient davantage aux Pieds Nickelés plutôt qu’à une véritable bande organisée. Mais revenons à notre sujet.
   
   En réalité, Frank Softly n’est pas un mauvais bougre comme le titre pourrait le faire penser. Il est né dans une excellente famille et conserve, au fil de ses aventures, une morale irréprochable. Ce sont les évènements qui vont décider pour lui. Victime des circonstances ou pas à sa place, Frank va gravir les échelons du crime sans toutefois atteindre le dernier barreau, celui du meurtre. Car le propos reste toujours aussi léger que l’air pur des montagnes. On imagine aisément Collins se défouler en écrivant ce divertissement. Et le lecteur jubile. Passant de caricaturiste bon enfant à la copie frauduleuse de Rembrandts qui lui rapporte juste 5% du montant total de la vente, puis, poussé par une curiosité dictée par l’amour, jusqu’à mettre le pied dans un gang de faux-monnayeurs, Frank finira au bagne. Mais, là encore, pas de pathos. Un véritable pied-de-nez à la bonne société en une peine que nombre d’entre nous aimerions purger. Et l’on se rend compte que, derrière cette fantaisie non dénuée d’humour, se cache une vraie morale. Pas celle attendue du renégat repenti, mais bien de toute une société où, pour réussir, il faut savoir prendre des libertés avec la loi. Troublante morale mais si juste. Rien de sordide là-dedans car, après tout, les agissements du héros ne font de mal à personne, ou si peu. On aimerait que la société ne regorge que de ces délinquants inoffensifs, des canailles plaisantes en somme.

critique par Walter Hartright




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