Lecture / Ecriture
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L'élégance du hérisson de Muriel Barbery

Muriel Barbery
  L'élégance du hérisson
  Une gourmandise

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

Derrière les apparences
Note :

   Comme elle le dit elle-même, Renée, 54 ans, est en tout point l'archétype de la concierge : elle est vieille, laide, petite, grassouillette et cultive à souhaits des abords revêches. Elle exerce ses fonctions, depuis près de vingt-sept ans, dans cet immeuble bourgeois de la rue de Grenelle à Paris où elle entretient à loisir l'image disgracieuse que se fait généralement l'opinion qui pense que« les concierges regardent interminablement la télé pendant que leurs gros chats sommeillent et que le vestibule de l'immeuble doit sentir le pot-au-feu, la soupe aux choux ou le cassoulet des familles. » Effectivement, Renée a un gros chat qu'elle appelle Léon (en hommage à Tolstoï), allume invariablement sa télé sur TF1 en poussant le son (mais ne la regarde jamais) et revient chaque jour de son marché avec les fanes de légumes dépassant ostensiblement de son cabas.
   
   En réalité, à force de duplicité, Renée dissimule à merveille une insoupçonnable érudition. Férue de philosophie et de littérature, elle se passionne aussi pour le cinéma japonais dans un univers tout intérieur qu'elle camoufle derrière une rusticité d'apparat. Ayant grandi dans un milieu rural peu ouvert à toute forme de culture autre que celle de la terre et pourvue d'un physique peu flatteur, elle s'est construite alors bien à l'abri des autres et de leurs incompréhensions. Ainsi a t-elle vécu jusque-là « cinquante-quatre ans de clandestinité et de triomphes muets dans l'intérieur capitonné d'un esprit esseulé » feignant d'être niaise et rustre pour mieux se préserver.
   
   Parallèlement, dans cet immeuble aisé, les locataires (député, ancien ministre…) sont quant à eux assez proches de leur propre caricature. Enfermés pour certains dans les rouages du snobisme, ils peuvent être indifférents, voire parfois méprisants envers le « petit personnel ». Pourtant, il y a parmi eux la petite Paloma (12 ans) qui déverse à l'encontre de l'univers qui l'entoure de bien acerbes diatribes. Elle est en pleine rébellion contre son milieu qu'elle juge désespérément superficiel, désolant et en a même quelques idées suicidaires. Aussi, par cette forme de précocité qui est sienne, elle a bien su percevoir la double personnalité de Renée. « Mme Michel, elle a l'élégance du hérisson : à l'extérieur elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. »
   
   Le livre se construit alors au gré de ces deux voix, alternant les réflexions perspicaces de Renée et celles de Paloma, beaucoup plus cyniques encore, qu'elle consigne dans son journal.
   Ainsi va la vie au 7 rue de Grenelle avec ses petites anecdotes du quotidien et les monologues de ces deux solitudes vont bon train. Les jours se succèdent avec leur lot de banalités exaspérantes jusqu'à l'arrivée d'un nouveau locataire japonais qui va bouleverser bien des habitudes. À lui seul, en toute simplicité, il incarne « un bienfaiteur céleste, un baume miraculeux contre les certitudes du destin. »
   
   De toute évidence, l'auteure aime la belle écriture et ce dernier livre le prouve joliment. Le style est dense, consistant et pourtant la lecture coule allégrement. Le lecteur ne peut que se régaler. Il y aurait juste quelques chapitres d'envolées philosophiques qui m'ont semblé un peu poussés, à la limite de la caricature, tant ils m'ont paru sibyllins et pas toujours très utiles si ce n'est de prouver l'érudition du narrateur. Pour ma part, je n'émettais aucun doute à ce niveau, mais bon… Il s'agit en tout cas d'un livre fort agréable, une histoire pleine de belles réparties sur des milieux sociaux qui s'entrechoquent sans pour autant sombrer dans les sarcasmes virulents. Une « gentille » satire sociale.
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critique par Véro




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Philosophie, félins et mirabelles
Note :

   D’abord un coup de cœur pour le titre, puis pour la quatrième de couverture : « Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle… » Et enfin, le coup de cœur pour le contenu. 356 pages de bonheur, de fous rire, d’attendrissement et de gargouillements d’estomacs. Mon royaume pour les pâtisseries de Manuela !
   
   La satire vise juste, et toujours avec finesse et drôlerie. Quelques scènes resteront d’anthologie, notamment celle qui réunit des toilettes, une moquette jaune et le requiem de Mozart. Intriguant, n’est-ce pas ? Et on y apprend ! La philosophie, l’art et le cinéma, la gastronomie, et bien d’autres choses. Les pages fourmillent de références culturelles, jusqu’à en être à certains moments touffues. Mais quel plaisir ! Muriel Barbéry transmet ses passions et donne l’envie de partir à la découverte de ce dont ses personnages parlent.
   
    Quant aux personnages.... Renée la concierge féroce qui observe et commente depuis sa loge les faits et gestes de son petit univers en émaillant ses propos de considérations sur la phénoménologie et les mirabelles. Paloma la surdouée, décidée à s’immoler le jour de son anniversaire et qui, en attendant, n’en finit pas de s’affliger de la famille et du monde qui l’entoure sans oublier son humour. Monsieur Ozu, le riche japonais qui va lier tout ce petit monde et amener un brin de sérénité. Jusqu’aux personnages secondaires qui sont savoureux.
   
   J’ai éprouvé un plaisir infini à me plonger et me replonger dans ces pages, à en retrouver des petits bouts. C’est un livre qui fait du bien, qui illumine le quotidien, aussi parce qu’il redit sans morale aucune que derrière les apparences, peuvent se cacher bien des choses.
   
   Que dire de plus ? Voilà un roman qui réapprend le bonheur de lire et de vivre.
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critique par Chiffonnette




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Une grande claque aux idées reçues
Note :

   Après tout ce qui a été dit sur ce roman, je ne sais quoi ajouter. Que dire, si ce n'est que ce livre a fait l'unanimité parmi les lecteurs qui ne cessent, à juste titre, de l'encenser; si ce n'est que le roman de Muriel Barbery est un petit chef-d'oeuvre qui se déguste entre rires et larmes, un hymne à la culture et à la tolérance, une fable érudite, cocasse et pleine de tendresse, un conte de fées moderne, subtil et sensible.
   
   Bref, je pourrais continuer longtemps comme cela à jouer de superlatifs pour dire à quel point ce livre m'a emballé, touché et ému.
   
   Ce roman qui, à première vue, pourrait passer pour une goutte d'eau dans l'océan des sorties littéraires, renferme, à l'instar de Renée, le personnage principal, une richesse insoupçonnée, un petit bijou d'écriture qui, sans prétention aucune, nous donne ici une formidable leçon de vie.
   
   Conte moderne ou roman philosophique, c'est selon, et chacun y verra ce qu'il voudra.
   «L'élégance du hérisson» nous fait pénétrer dans l'intimité de deux personnages qui partagent la même adresse mais qu’à priori, tout sépare.
   Tout d'abord, il y a Renée, concierge d'un immeuble cossu situé Rue de Grenelle, la cinquantaine et dotée d'un physique peu avenant. Sous des dehors disgracieux, cette femme vit en fait une double vie : pour les habitants, elle n'est qu'une sorte de souillon destinée à astiquer les rampes d'escalier et à sortir les poubelles. Mais en fait, une fois la porte de sa loge refermée, Renée s'avère être une brillante intellectuelle. Dotée d'une impressionnante culture générale, les domaines de la philosophie, de la littérature, de la peinture et de la musique sont sa bouffée d'oxygène, son jardin secret, sa bulle qu'elle préserve contre vents et marées et surtout contre le regard des autres.
   
   Ensuite, il y a Paloma, douze ans, qui vit dans les étages supérieurs et dont le père est un ancien ministre. Paloma porte sur son entourage un regard empreint de lucidité et d'ironie. D'une intelligence peu commune, elle a décidé que, face à l'inanité du monde des adultes et afin de ne pas devenir comme eux, elle se suicidera le jour de ses treize ans. En attendant la date fatidique, elle rédige ses pensées et ses considérations sur le monde qui l'entoure.
   
   Ces deux personnages que l'âge, l'éducation et la classe sociale séparent, finiront un jour par se rencontrer grâce au caractère génialement intuitif d'un nouveau venu dans l'immeuble, Mr. Ozu.
   
   Mais je n'en dirai pas plus concernant le déroulement de cette histoire au cas où ces lignes tomberaient sous les yeux d'une personne qui n'a pas encore tenu dans ses mains cet admirable roman.
   
   «L'élégance du hérisson» fait partie de ces romans qui à peine refermés, donnent envie de les rouvrir à la première page afin de s'y replonger pour saisir un détail qui nous aurait échappé, une phrase dont on aurait pas tout à fait apprécié la tournure et le sens.
   
   Ecrit de main de maître et faisant preuve d'une parfaite maîtrise de la langue française, le roman de Muriel Barbery est, en plus d'une version moderne et philosophique du conte de Cendrillon, une satire brillante et acérée des classes supérieures et de leur rapport à la culture. Tordant le cou à nombre d'idées reçues, Muriel barbery nous démontre que, ne leur déplaise, la culture n'est ni l'apanage, ni le privilège des nantis, et que l'étroitesse d'esprit ne se trouve pas forcément là où ils penseraient qu'elle est, c'est à dire au sein des classes laborieuses. Ce constat fait de ce roman une oeuvre jubilatoire, un jeu de massacre où l'on se gausse de ces bourgeois suffisants et prétentieux, ainsi que de leurs enfants qui, en dehors de leurs études universitaires, se conduisent dans la vie comme de parfaits crétins, formatés comme leurs parents à manier le mépris et la condescendance envers ceux qu'ils considèrent comme leurs inférieurs. Non, décidément, la culture n'est pas proportionnelle à l'importance du compte en banque.
   
   Mais «L'élégance du hérisson» c'est aussi et surtout, un hommage à l'art et aux artistes, peintres, musiciens et auteurs qui, de par leur travail, contribuent à rendre la vie plus belle et à rendre plus supportables l'adversité et les injures de l'existence. C'est également l'occasion de souligner et d'apprécier ces moments de magie et d'harmonie qui parsèment chaque jour de nos existences : l'éclosion d'une fleur de camélia, le plaisir d'une tasse de thé, le ronronnement d'un chat que l'on caresse...
   
   Poétique et sensuel, drôle et tragique, émouvant et jubilatoire, c'est tout cela «L'élégance du hérisson » ... et plus encore. Un roman magique qui, pour moi, restera un grand souvenir de lecture.
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critique par Le Bibliomane




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Un beau roman
Note :

   Voilà un beau roman. D'abord très très bien écrit. Il ne se passe pas grand chose en apparence et ce n'est pas la grande aventure des voyages interstellaires... Quoique ! On rentre dans la vie intime de deux personnes qui habitent le même immeuble. Il y a Paloma, douze ans qui habite au 7 rue de Grenelle, et puis Renée, cinquante-quatre ans qui est concierge au même 7 rue de Grenelle. Et dans les têtes, ça bouge et c'est la grande aventure de la pensée humaine.
   
    Et puis chacun a sa vie avec ses secrets, ses turpitudes, et ses cloisonnements. Parfois, des portes s'ouvrent pour donner de l'air aux vies et les faire rentrer en communion. Et puis comme toutes les vies elles se refermer un jour pendant que d'autres continuent à respirer. C'est un peu le cas de Paloma et de Renée qui un beau jour vont sortir quelque peu de leur torpeur, grâce à un Mr Japonais qui va s'installer dans l'immeuble.
   
   Oui ce bouquin, c'est un peu le rythme d'une respiration, le rythme de la vie.
   
   A la lecture de ce livre on se dit aussi qu'il faut toujours garder l'espoir de la rencontre. Je ne parle pas d'ange-gardien ou d'alter-égo ou d'un quelconque messie, mais la rencontre d'un être vivant même ordinaire avec qui on découvre que l'existence a finalement beaucoup plus d'amplitude qu'on ne pensait.
   
   Dommage toutefois que l'auteure ait choisi cette fin.
   
   «Mme Michel a l'élégance du hérisson : à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes.»
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critique par Lurbeltz




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Plat de choix pour connaisseurs
Note :

    Que dire qui n’ait déjà été dit sur ce roman que se disputent admirateurs et détracteurs ?
   Je me rangerais plutôt du côté des premiers, même si, effectivement, les personnages semblent surfaits, voire caricaturaux…
   
   Une concierge discrète et ayant des références en littérature russe ou en cinéma japonais ; une pré- adolescente précoce, un richissime japonais qui s’intéresse à ces deux personnages… Oui, ça semble facile, sinon complètement irréel !
   
   Oui, mais parallèlement, il y a la passion sous jacente pour le Japon, passion savamment exprimée avec des études de caractère au plus juste. Il y a aussi les expressions savoureuses de Paloma, qui regarde la société dans laquelle elle évolue avec sa loupe de gamine précoce, qui ne laisse pas passer grand chose (pour côtoyer un phénomène du même genre, j’ai trouvé que les pensées de la demoiselle étaient des plus authentiques !)
   
   D’aucuns ont reproché à l’auteure un style recherché, des références littéraires…, eh bien, moi, c’est justement là où j’ai pris le plus de plaisir : lire un ouvrage bien écrit ne nuit sûrement pas à l’intrigue !
   
   Au final, je dirais que ce roman est aussi critique que divertissant et drôle. Le pouvoir et les apparences y sont passés à la moulinette, il faut dépouiller le hérisson pour accéder à l’élégance dissimulée sous les piquants… Bien avant la lecture de ce roman, lors de mon passage parmi les «gens du voyage», j’avais déjà eu l’opportunité de le constater.
   
   “Ainsi, comment se passe la vie ? Nous nous efforçons bravement, jour après jour, de tenir notre rôle dans cette comédie fantôme. En primates que nous sommes, l'essentiel de notre activité consiste à maintenir et entretenir notre territoire de telle sorte qu'il nous protège et nous flatte, à grimper ou ne pas descendre dans l'échelle hiérarchique de la tribu et à forniquer de toutes les manières que nous pouvons - fut-ce en fantasme - tant pour le plaisir que pour la descendance promise. Aussi usons-nous une part non négligeable de notre énergie à intimider ou séduire, ces deux stratégies assurant à elles seule la quête territoriale, hiérarchique et sexuelle qui anime notre conatus. Mais rien de cela ne vient de notre conscience. Nous parlons d'amour, de bien et de mal, de philosophie et de civilisation et nous accrochons à ces icônes respectables comme la tique assoiffée à son gros chien tout chaud.”
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critique par Jaqlin




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Incroyable! Il y a des pauvres qui lisent!
Note :

   Venant de finir ce livre me voilà face à un dilemme. D’abord il serait malvenu de bouder le plaisir qu’on a eu à le lire, de jouer à l’intello «loin du peuple» vu le succès de librairie de l’ouvrage mais aussi, en refermant ce roman, d’où vient cette impression mitigée qu’on est loin du chef d’œuvre ? D’où vient aussi ce sentiment – chaque fois que je lis quelque chose de notre époque, sortant de Dickens, de Shakespeare ou de Proust (désolé !) – d’inachevé, de littérature légère, d’air du temps, de fétu de paille, bref de faiblesse, de ce manque de profondeur et de force qu’on éprouve à la lecture d’un «vrai» roman.
   
   Soyons juste d’abord et commençons par la partie positive. L’idée est excellente de faire une concierge érudite qui se cache des bourgeois censés l’être -du moins auxquels on pardonne moins de ne pas l’être- et une gamine surdouée et trop lucide pour supporter une vie où elle se sent exclue, où tous les autres sont stupides, qui passe sa vie à se cacher elle aussi et qui programme son suicide. On sait dès le départ qu’elles vont se rencontrer. Comment? Mais par l’intermédiaire de Monsieur Ozu, le nouveau locataire japonais bien sûr! On a appris auparavant que la gamine, Paloma, apprend le japonais au collège huppé qu’elle fréquente et que la concierge est une inconditionnelle d’Anna Karénine au point d’appeler son chat Léon (comme Tolstoï.)
   
   Voilà le hic à mon avis, c’est Monsieur Ozu, veuf retraité et richissime qui a des atomes crochus en cinéma et littérature avec Renée la concierge. En restant positif on dira que Renée cache un secret et qu’elle est très pessimiste sur les relations entre gens qui ne sont pas de la même caste sociale. Mais ce Monsieur Ozu ! ah ! la sagesse japonaise ! tout y passe, les gadgets électroniques, le restaurant à sushis, les chiottes qui jouent Mozart… Facétieux M. Ozu! Puis arrivent à grand renfort de lyrisme grand teint des considérations philosophiques à deux balles du genre: «C’est peut-être ça, la vie…» avec des «jamais» des «toujours» et des «moments d’éternité» Que c’est gnangnan!
   
   Et puis bien sûr il y a les bourgeois, forcément qui ne comprennent rien entre les vieux fachos et les socialistes gauche-caviar, il y a juste cette étudiante vétérinaire qui soigne…l es chats bien sûr, eux aussi symboles de la sagesse qui passe «en confidents muets…». On ne nous épargne guère! Heureusement qu’il y a un peu d’humour et même quelques passages de poésie assez bien sentis dans ce monde romanesque politiquement correct voire tendance, car j’ai failli lâcher le livre après le fameux test de la page 100, énoncé par un membre de ce site. Test très judicieux.
   
   Ah oui, j’allais oublier, Paloma trouve sa prof de français bête. En plus la pauvre femme est grosse. Cela fait beaucoup! Quel «chagrin d’école» encore!
   
   D’où me vient encore cette impression d’avoir perdu mon temps?
    ↓

critique par Mouton Noir




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Protections piquantes
Note :

   Renée est concierge, mais lettrée. Paloma est jeune, mais lettrée. Deux vies, dans le même immeuble réservé aux riches, où tous les propriétaires bourgeois se doivent d’être des cultivés. Parce que dans un certain milieu, il est inimaginable de ne pas lire. Dans cette bulle se situe notre intrigue régulièrement abreuvée de réflexions.
   Concierge cherchant à cacher sa culture pour paraître aux regards et aux oreilles des habitants de son immeuble comme la quintessence de la concierge moche et bourrue, Renée se révèle être une femme cultivée à l’œil acéré, ne s’empêchant pas des jugements lucides et cinglants sur la faune de bonne famille de l’immeuble dont elle a la charge.
   «S’il y a bien une chose que les pauvres détestent, ce sont les autres pauvres. » P148

   
   Jeune fille fragile de bonne famille, papa est un ancien ministre, Paloma n’a rien à envier aux jugements sarcastiques de sa concierge. Par ses pensées profondes et ses journaux du mouvement du monde, elle jette sur le papier ses remarques de jeune fille trop précocement lucide pour ne pas observer la comédie humaine d’un œil désespéré. Ceci la poussant à prévoir son suicide pour le jour de ses treize ans.
   Successivement et au commencement, les deux voix se répondent pour dépeindre un monde peu charmant. Un monde de faux semblant et d’égoïsme.
   Puis vient M. Ozu, nouveau propriétaire japonais, exotique apparition, semblable en rien à ses copropriétaires. Et le ton change…
   Le plaisir de la belle écriture est évident.
   « Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j’assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s’inscrivant malgré moi sur la feuille, m’apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte. » P 151

   
    L’érudition est certaine, parfois poussée. Comme s’il fallait, à l’image de Renée, la prouver aux lecteurs. C’est souvent très plaisant mais parfois les personnages m’ont semblé un brin caricaturaux. Comme si le manque de curiosité des autres dénoncé par les femmes-juges du livre pouvait leur revenir en pleine figure tel un boomerang de clichés. Au final une lecture très intéressante, enrichissante. Je retiens par exemple les considérations sur l’Art. «Car l’Art, c’est l’émotion sans le désir» P 255. Mais une démonstration sur le thème des apparences moins convaincante qu’il n’y parait. A moins qu’à mon tour j’ai mal jugé.
    ↓

critique par OB1




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Piquant
Note :

    Je ne croyais guère à ce livre et ne l'ai lu que parce qu'une amie l'avait prêté à une amie qui me l'a prêté pour le rendre à la première. Bref je l'ai lu par hasard. Peu fervent de littérature française d'aujourd'hui je n'étais pas attiré par le thème de la complicité entre une concierge d'un immeuble de luxe et une gamine délurée mais pas du tout titi.
   
   Ce roman est absolument délicieux car il arrive à manipuler de bons vieux clichés, si difficiles à éviter, et à les transformer en délicates arabesques brodées à merveille. Beaucoup de références dans ce film, un peu de name dropping. Bâtie comme le journal alterné de Paloma et de Mme Michel l'histoire de ces deux personnages d'exception est pleine de verve et de poésie. Mme Michel cache sa haute culture et ses films japonais derrière des manières de "concierge" et sa rencontre avec un nouveau résident du nom d'Ozu va pour un temps lui faire voir la vie autrement avec ce recul oriental qui fait tant défaut à nos âmes d'Européens.
   
    Ce livre est une fable qui pointe avec finesse les travers et les tics de chacun et si l'opposition entre les nantis et les modestes demeure un peu systématique le caractère très littéraire de la concierge nous conquiert haut la main et hauts les cœurs. La petite Paloma, attachante elle aussi, me semble souffrir un peu plus d'une dramaturgie artificielle. Le roman est, je crois, en train d'être adapté au cinéma. Très mauvaise idée, la richesse de l'héroïne ne pouvant que se trouver sabordée par le raccourci inévitable du film. L'élégance du hérisson mérite bien son titre. Sous les pics... le charme.

critique par Eeguab




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