Lecture / Ecriture
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En nous la vie des morts de Lorette Nobécourt

Lorette Nobécourt
  En nous la vie des morts
  L'usure des jours
  La clôture des merveilles

Lorette Nobécourt est une écrivaine française née en 1968 à Paris.

En nous la vie des morts - Lorette Nobécourt

Introspection
Note :

   A la fois drôle et profond, léger et grave, Lorette Nobécourt nous livre ici un roman attachant, un feu d’artifice d’émotions où les couleurs se mélangent et dont le seul regret est de savoir que ce merveilleux moment de lecture devra se finir…
   
   Nortatem chancelle dans cette vie au futur incertain. Lui qui vient de perdre son meilleur ami, se perd dans un déséquilibre émotionnel, où les vides ne se remplissent que de ses questions quant à la réalité de son existence. Perdu au milieu de cette solitude, il n’a plus ni mère ni père, Fred vient de ce suicider, et Guita vient de partir pour les deux prochains mois direction la France. Seul Léandre, un hamster appartenant à Guita, lui tient compagnie.
   
   Il décide alors de profiter de ces deux mois à venir pour faire le point, le point avec lui-même, de se faire face, de se souvenir, de s’interroger et de se retrouver. Pour cela, il choisit de s’isoler, de se perdre dans une vieille maison qu’il louera dans un coin perdu du Vermont. Il emportera avec lui, Léandre, et un bouquin trouvé chez son amie, En nous la vie des morts, livre métaphorique qui lui ouvrira les yeux et l’esprit quant à la réalité sur certaines de ces interrogations…
   
   A coups d’alcool, de cigarettes, et de rencontres limitées au minimum, il croisera son regard, pour enfin se trouver, savoir ce qu’il est….
   
   Extrait :
   « …J’ai cessé de boire du vin pendant trois jours et je n’ai pas fumé une après-midi entière. L’idée de moi-même s’en est trouvée modifiée, par petites touches, comme dans Oui-Oui et la gomme magique lorsque le petit ours découvre qu’il peut transformer la réalité à sa guise. J’avais toujours adoré le livre, mais je n’en avais jamais compris les raisons profondes. J’ai enfin accédé au sens de Oui-Oui et de cette phrase de Heidegger que Fred m’avait si souvent répétée : «L’habitude est ce qui nous déshabitue de l’essentiel.» La réalité dépendait exclusivement du regard que l’on portait sur elle, et la nouvelle appréhension que j’en avais était aussi réelle que la plus réelle motte de terre sous mes pieds. »

critique par Patch




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Récit en abîme
Note :

   Voici un livre intimiste dans le sens où il entraîne aussi le lecteur dans les limbes de sa propre existence. Aux abords complexes, sa construction a la particularité de sortir des sentiers romanesques par cette mise en abîme du récit. En effet, il s’agit bien d’un livre dans le livre car « En nous la vie des morts » est un ouvrage que le narrateur a emprunté chez une amie, juste avant de s’exiler au cœur de la forêt du Vermont, dans le but de faire le deuil du suicide de son ami de toujours, Fred. Un livre-compagnon qui, au fil des ses huit chapitres, trace la voie symbolique de la quête de salut du personnage principal. Le lecteur est donc invité à le lire avec lui et à se frayer son chemin en sa compagnie.
   
   Il s’agit là d’un parcours méditatif sur son rapport avec le monde et son existence propre. Un cheminement intérieur qui côtoie les idées de mort, de solitude, d’absence, de conflits intimes… jusqu’à l’apaisement.
   
   Mais, qu’on ne s’y trompe pas, ce livre est en définitive un ouvrage tout à fait optimiste où « l’homme qui lit console et sauve l’homme qui vit. ». Un bel hommage rendu à la lecture-thérapie.
    ↓

critique par Véro




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KO ? OK
Note :

   "Peut-être suffit-il de ménager un espace à la magie du monde pour qu'elle se développe aussi drue que les herbes folles au milieu des pavés".
   

   Nortatem est un New-yorkais d'une trentaine d'années dont la vie vacille sous le choc d'un suicide, celui de son vieil ami, Fred. Par ailleurs, il vient de quitter Georgia, sa maîtresse et Guita, sa meilleure amie est partie en Europe pour quelques mois. Perdu, ne sachant plus où il en est, il décide de quitter New-York et loue une maison isolée dans les bois, dans le Vermont. Pour la première fois il va se retrouver seul au milieu de la nature, confronté au silence et à son intériorité.
   
   Il emporte avec lui deux livres confiés par Guita, "le livre 7" et "en nous la vie des morts".
   
   Comment parler de ce roman dont je ressors sonnée? A la fois par la beauté de l'écriture et la puissance du texte qui donne matière à réflexion à chaque page.
   
   Nous allons avancer dans la lecture de "en nous la vie des morts" au même rythme que Nortatem. Chaque chapitre relate, comme un conte, un passage important pour un personnage dont l'âge correspond au chiffre 7. D'histoire en histoire, on retrouve un cerf, un manteau de daim, symboles qui surgissent également dans le quotidien de Nortatem.
   
   Contraint à la solitude, celui-ci va revisiter son passé à la lumière du livre laissé par Guita. Il va se transformer progressivement en passant par plusieurs phases d'exaltation, de désespoir, d'amour, toujours hanté par le geste inexplicable de Fred. Mais il n'est pas constamment seul dans sa maison, il fait des rencontres chargées de sens, une indienne énigmatique, un propriétaire protecteur, une jeune femme, Laura, tous l'aideront à avancer à leur manière.
   
   Le titre est explicite, les morts vivent en nous, ne croyez pas pour autant que ce soit un livre très noir, j'y ai vu au contraire beaucoup de vie et d'espérance. Le roman est nourri de symboles de la kabbale et de nombreuses autres traditions anciennes. J'ai progressé lentement, tournant et retournant certains passages pour essayer d'en saisir toutes les subtilités. Pour autant, il est aussi profondément charnel et sensuel, les corps s'y expriment pleinement.
   
   Un roman qui ne conviendra pas à tout le monde, personnellement je le relirai, je pense que c'est le genre d'écrit qui peut être repris régulièrement, on y voit à chaque fois une interprétation différente.
   
   Une découverte de l'auteur pour moi et un coup au cœur, malgré l'exigence du texte.
   
   "Il comprit alors que la vie était encore plus merveilleuse que tout ce qu'il avait imaginé et il fut terrassé par cet excès de sens. Oui, la vie était ce jeu extraordinaire où nos fictions intimes s'incarnaient tour à tour pour mieux nous faire prendre conscience de l'infini de nos combinaisons et de la richesse des équations innombrables de l'être".

critique par Aifelle




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