Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer

Jonathan Safran Foer
  Extrêmement fort et incroyablement près
  Faut-il manger les animaux?

Jonathan Safran Foer est un écrivain américain né en 1977. Il est marié à l'écrivaine Nicole Krauss.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Extrêmement fort et incroyablement près - Jonathan Safran Foer

Littérairement étonnant
Note :

   Il n’est pas très facile de parler de ce livre car, sous des apparences d’histoire évidente (le petit garçon traumatisé par la mort de son père lors de l’écroulement des tours le 11 septembre 2001), il cache une réalité beaucoup plus riche et complexe, et je ne sais pas trop comment commencer.
   
   Commençons donc par ce qui est simple. Oskar Schell est un surdoué de neuf ans, peu apprécié de ses camarades de classe et qui n’arrive pas à se remettre du choc que lui a causé la mort de son père, Thomas Schell, lors de l’attentat du 11 septembre, et ce d’autant moins qu’il a entendu les derniers messages laissés par son père sur le répondeur téléphonique familial alors que, réfugié au dernier étage il réalisait peu à peu qu’il ne survivrait pas.
    Il les a entendus, fait disparaître, et n’en a jamais parlé à personne, silence déjà lourd à porter. Mais pire encore, il les a écoutés en direct, sans parvenir à trouver le courage de décrocher pour répondre, culpabilité effrayante.
   
   Avec son père, ils avaient l’habitude de jouer à résoudre des énigmes qu’ils se posaient et la dernière énigme en cours – très compliquée- était en cours et ne sera jamais résolue. Mais c’est en tentant de la poursuivre après le drame qu’Oskar découvre une mystérieuse petite clé qui le lancera dans une grande enquête de plusieurs mois qui l’amènera à rencontrer des individus parfois surprenants.
   
   Dans l’entourage d’Oskar, il y a sa mère, dont, tout comme lui, nous savons peu de choses tant elle semble évidente et dont le personnage s’enrichira étonnamment au cours du livre.
   Il y a aussi sa grand-mère paternelle qui vit seule, son époux les ayant abandonnés son fils et elle, et qui semble un peu «givrée». Elle abrite chez elle un «locataire» avec lequel elle s’entretient longuement mais que personne n’a jamais vu, et ne vit plus que pour son petit-fils auquel elle consacre dévotement toutes ses heures.
   
   L’histoire est racontée par Oskar, mais bientôt s’y mêlent d’autres récits, dont en premier lieu, celui de la grand-mère. Ce roman raconte le drame du petit garçon, mais bientôt il en raconte d’autres aussi tragiques et traumatisants, aussi proches mais plus ignorés. Il éclaire en fait plus ou moins longuement mais toujours avec une étonnante justesse, sur d’assez nombreuses vies alors que l’on fait semblant de ne centrer que sur celle d’Oskar.
   
   Le livre en lui-même est un objet un peu différent de ce que l’on trouve habituellement sous le terme «livre». Je sais que lorsque je l’ai emprunté à la bibliothèque, j’ai failli signaler que quelqu’un avait entouré des mots en rouge. Il comprend également, des poèmes, des lettres, des cartes de visites, des photos, des listes de chiffres, des messages brouillés, des pages blanches etc. Rehaussant ainsi sa réelle richesse.
   
   Ce roman est un Grand Livre à l’organisation complexe et implacable bien qu’étonnamment foisonnante, comme la vie. Un style parfaitement maîtrisé. Des idées et des trouvailles surprenantes. Rien d’attendu et de convenu. Pas mal de portes qui s’ouvrent dans notre esprit. Des questions qu’on ne s’était pas encore posées (Peut-on vivre en permanence dans un lieu public ?) Un plaisir et un intérêt de lecture exceptionnels. Je me suis retrouvée à m’endormir dessus à l’aube alors que je dois me lever tôt le matin et avec cela, toujours la certitude que la qualité y est aussi. Oui, je maintiens, un grand livre. Vous savez ce qui vous reste à faire. Tant pis pour la PAL (Pile A Lire).
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Merveilleux Oskar !
Note :

   Résumé
   "Oskar, 9 ans, a entrepris une mission secrète et urgente qui le fera voyager à travers les cinq principaux quartiers de New York. Son but: découvrir la serrure qu'ouvre une mystérieuse clé qui appartenait à son père, décédé dans les attentats du 11 septembre 2001."

   
   Commentaire
    Je ne savais trop à quoi m'attendre et pour finir j'ai vraiment beaucoup aimé rencontrer Oskar, petit garçon écorché par la vie, qui tente par tous les moyens de rester près de son père disparu trop tôt, "le pire jour". En fait j'ai été touchée non par les pertes des personnages, mais plutôt par le retour de l'espoir, par petites touches.
   
   Le récit oscille entre la voix d'Oskar (naïf à souhait mais étonnamment cultivé et étrange) et celles de deux personnages, qui ont eu aussi vécu "leur pire jour" et qui écrivent, l'un à son fils, l'autre à son petit fils. Si, au début, j'ai été déstabilisée par ces coupures dans le rythme de l'histoire, je m'y suis vite habituée quand j'ai commencé à mieux cerner l'affaire.
   
   La narration au "je" d'Oskar m'a beaucoup plu et sa quête, aussi futile et inutile soit-elle, lui permet de s'accrocher, de chercher ses réponses. J'ai aimé sa voix d'enfant pas trop enfant, qui collectionne les connaissances, les timbres et les secrets qui l'étouffent. Il utilise les mêmes mots, les mêmes expressions à répétition, on reconnaît l'enfant à travers ses mots. Les lettres, ponctuées de pages presque vides, de variations dans les caractères et de drôles de dialogues coupent les passages où Oskar parcourt New York mais nous y retrouvons d'autres personnages qui souffrent tout autant. Et la souffrance, on la sent et la ressent dans leurs mots comme dans leurs silences. J'ai aimé lire leur désespoir, leurs tentatives, parfois un peu vaines, de vivre. J'ai aussi aimé découvrir petit à petit la signification de certains faits rapportés par Oskar. Je me suis réellement attachée à ce petit garçon qui a su s'entourer de murs tellement épais, malgré son aveu public d'être "désespéré".
   
   Je n'ai pas compris la signification de toutes les photos présentes dans le livre mais j'ai adoré le livret de la fin et toutes les serrures, les secrets à percer, les portes à ouvrir. J'ai aussi vraiment apprécié que le livre ne sombre pas dans le pathos. Oui, j'ai versé quelques larmes, mais aux moments de libération. Et l'histoire du 6e quartier... j'ai adoré!
   ↓

critique par Karine




* * *



Extrêmement petit et incroyablement cher, le Pointdeux
Note :

   Un auteur américain que je découvre enfin! Voilà un roman comme je les aime : tendre, souvent drôle, intelligent, poignant et donnant matière à réflexion.
   
   Je me suis prise d'affection pour Oskar, ce gamin ultra-sensible et extrêmement doué qui perd son papa dans les attentats du 11 septembre 2001.
   
   Oskar garde précieusement le téléphone sur lequel le dernier message de son père a été enregistré, il envoie des lettres aux gens qu'il admire, comme Stephen Hawking, et surtout, décide de partir en quête, pour renouer le fil de sa relation avec le père trop tôt disparu.
   
   Ayant trouvé une clé et un mot "Black" dans un vase, camouflé parmi les affaires de son père, le gamin décide de partir à la recherche du dénommé Black et de trouver à quoi sert cette clé. Un curieux périple qui lui fera sillonner New-York et croiser toutes sortes d'individus.
   
   De rencontres en épreuves, Oskar entame sa quête au bout de laquelle il parviendra à apaiser son chagrin, et comprendre un peux mieux ses proches, à commencer par sa mère et sa grand-mère.
   J'ai trouvé intéressant que l'écrivain, en parallèle de l'histoire d'Oskar, raconte celle de ses grands parents : une histoire d'amour compliquée, curieuse, peuplée de fantômes, de non-dits où plane le cauchemar de la guerre.
   
   A travers les yeux de l'enfant, le lecteur prend la mesure du poids de l'absence, du silence. A l'intérieur de son petit univers, composé de rituels, d'obsessions, de certitudes et de peurs, Oskar raconte la fragilité et la grâce d'un monde, la magie des rencontres, la richesse des échanges, même fugitifs.
   
   Jonathan Safran Foer a également eu la bonne idée de parsemer le roman de photographies, de pages blanches, de séries de nombres, toutes choses remarquées, notées ou inventées par Oskar.
   C’est un beau roman sur l’amour, la mort, la puissance des liens familiaux, qui m’a beaucoup touchée. Loin d’être larmoyant, le roman sait autant émouvoir que faire rire.
   
   Je passe maintenant à la partie technique si je puis dire, l'édition dans la collection "Pointdeux". Le format ultra poche m’a séduite : petit et discret, le livre peut se glisser partout (et même être lu au bureau, hum…). La lecture horizontale m’a un peu plus gênée, manque d’habitude et le papier bible m’a franchement déplu. Une horreur ce papier : trop fin, peu maniable.
   Enfin, le prix (12 € environ) me semble trop élevé pour un poche. Je dirai même qu’il est rédhibitoire pour les grands lecteurs. Pour ma part, j'en resterai au bon vieux poche classique.
   
   NB : une adaptation en film est sortie en 2012, elle est signée Stephen Daldry et réunit Sandra Bullock et Tom Hanks.
    ↓

critique par Folfaerie




* * *



Entre le rire et les larmes
Note :

   "Extrêmement fort et incroyablement près" est le deuxième livre que je lis de Jonathan Safran Foer . Avant ce roman, j'avais découvert son essai passionnant : "Doit-on manger des animaux?" qui est une étude accablante et consternante des méfaits de l'élevage industriel en Amérique, de son inhumanité et des risques qu'il fait peser sur la santé mondiale. (voir Ici)
   
   "Extrêmement fort et incroyablement près" est d'une tout autre veine. Jonathan Safran Foer s'inspire des événements du 11 Septembre et raconte l'histoire d'un petit garçon Oskar, extrêmement savant pour son âge, passionnément curieux, d'une grande sensibilité, qui se trouve confronté à la mort violente de son père lors de l'attentat. Comment l'enfant va-t-il réagir face à l'inacceptable? Comment peut-il faire son deuil avec le poids de cette disparition mais aussi les secrets qu'il accumule, incapable de communiquer, d'exprimer ses sentiments. Un jour, pourtant, Oskar trouve une clef en fouillant dans les affaires de son père. Il va alors mener une enquête pour savoir quelle serrure elle ouvre. Peut-être apportera-t-elle une réponse à ses interrogations? C'est surtout un moyen de partir à la recherche de la mémoire de son père à travers New York et d'accepter une mort qu'un cercueil vide n'a pu matérialiser.
   
    Le récit de cette quête que l'enfant consigne dans ses cahiers secrets, est entrecoupée par les écrits de son grand père et de sa grand mère qui tous deux ont dû fuir la barbarie nazie et émigrer aux Etats-Unis, portant eux aussi le deuil de ceux qu'ils aiment.
   
    Le roman de Jonathan Foer est bouleversant car il raconte à travers des générations éloignées dans le temps les terribles conséquences de la haine et de la violence. Le grand père, muré dans le silence, est tellement marqué par l'horreur de la guerre, qu'il a refusé de voir naître son fils parce que "vivre est terrifiant". Dans une longue lettre, il s'adresse au fils qu'il n'a pas connu. En revenant aider à son petit-fils, il lui permettra de ne pas refuser la vie comme il l'a fait lui-même! La personnalité de l'enfant, petit bonhomme submergé par le chagrin, le mélange de maturité et de naïveté touchante dont il fait preuve, le rendent particulièrement attachant. Sa vive imagination qui fait de lui un inventeur loufoque et plein de génie donne au récit un aspect poétique et émouvant qui se manifeste dans les rencontres qu'il va faire au cours de son enquête. Tous les adultes semblent, au contact du petit garçon, perdre leur défense et retrouver l'innocence de l'enfance. On a toujours envie de sourire avec Oskar tant il est vif, curieux, inventif, naturel, mais on reste toujours sur le fil du rasoir de l'émotion. J'ai adoré cette tonalité entre le rire et les larmes, cet humour léger qui n'empêche pas la gravité.
   
    La typographie du roman, sa forme, est, de plus, déroutante : la prose a parfois l'aspect de vers, libres, bizarrement agencés, de lignes entrecoupées, de répétitions, comme si le contrôle échappait au narrateur écrivant, que ce soit l'enfant ou les grands parents. Les ratures, les pages blanches, les fautes de frappe, témoignent de l'émotion du personnage. La présentation est accompagnée de photographies qui prennent un poids considérable au niveau du sens quand on les regarde différemment selon l'imagination du petit garçon. Des pages de graffitis en couleur serrent le cœur car elles témoignent de la mémoire disparue avant de prendre encore une autre signification.... bref! le livre est étonnant de bien des manières!
   
    Un très beau roman et un talent d'écrivain peu ordinaire! Excellent!

critique par Claudialucia




* * *