Lecture / Ecriture
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Homesman de Glendon Swarthout

Glendon Swarthout
  Homesman
  Le Tireur
  Bénis soient les enfants et les bêtes

Glendon Swarthout est un écrivain américain né en 1918 dans le Michigan, et mort en 1992.

Homesman - Glendon Swarthout

Sobre et puissant à la fois
Note :

   L'histoire méconnue de ces femmes parties vivre dans l'Ouest, au delà de la Frontière, à la fin du 19e. Certaines d'entre elles se sont adaptées à cette vie rude et sans concession, d'autres n'ont pas supporté les rigueurs du climat, l'éloignement, la solitude, le désir des hommes, l'abandon, la perte des êtres chers et ont franchi la frontière qui les séparaient de la folie...
   
   Quatre d'entre elles doivent être ramenées à la civilisation et, devant la lâcheté des hommes, c'est une femme qui va s'en charger, Mary Bee. Elle a été institutrice, ne s'en laisse pas conter, est célibataire mais encore jeune et vigoureuse. Seulement, malgré toute sa bonne volonté et son courage, mener un chariot à travers les plaines pendant plusieurs semaines tout en s'occupant de ces femmes totalement dépendantes d'elle est impossible. Elle ne trouvera comme compagnon de route qu'un vaurien peu recommandable: menteur, voleur, roublard... bref, tout ce qu'il faut pour mettre du piment!!
   
   Ce roman m'a littéralement transportée dans ces contrées immenses, incertaines et inhospitalières. L'immensité des espaces n'empêche pas la tension de monter, l'angoisse de vous tenir en haleine, car quoi de pire que de sa battre contre des éléments qui vous dépassent? J'ai beaucoup aimé la fin de ce texte écrit à l'américaine: sobre et puissant à la fois. S'y déploient une émotion et une poésie qui m'ont beaucoup touchée.
   
   Je n'ai pas encore vu le film qu'en a tiré Tommy Lee Jones...
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critique par Petit Sachem




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Femmes pionnières
Note :

   "Homesman" de Glendon Swarthout aux éditions Gallsmeister, que l'on peut traduire par un néologisme - le rapatrieur - , est celui qui va être chargé de rapatrier vers l'est, dans leur famille, quatre femmes qui ont perdu la raison pendant un hiver particulièrement rigoureux dans les Grandes Plaines de l'Ouest des Etats-Unis au Nebraska. Cet homme, Briggs, n'est ni altruiste, ni volontaire! Disons qu'il y est obligé parce que Mary Bee l'a sauvé de la pendaison auquel ses vols l'avaient condamné et qu'il a juré de lui obéir. Mary Bee, une femme courageuse, a accepté de convoyer les malades à la place de leur mari. Mais elle se sent bien seule et peu apte à mener à bien sa tâche, c'est pourquoi elle s'adjoint les services de ce voleur qui ne lui inspire pourtant aucune confiance. La longue marche à travers les grands espaces déserts commence.
   
   Un récit loin des images d'Epinal.
   

   Nous sommes au XIX siècle siècle, la conquête de l'Ouest continue mais cela ne va pas sans dommage surtout pour les femmes qui viennent de l'Est, habituées à une vie moins rude, et qui se retrouvent isolées dans des fermes sans voisinage, coupées du monde pendant des hivers longs, d'une rigueur extrême. En plus des conditions de vie difficiles, de la neige, du froid, de l'inconfort des maisons, de la faim quand les provisions viennent à faire défaut et qu'une épidémie s'abat sur le troupeau, elles ont à subir des grossesses non désirées et à répétition, à accoucher toute seule et sans aide, à assister, impuissantes, à la mort de leurs enfants, et parfois à composer avec la violence physique ou morale que leur inflige leur mari. L'écrivain nous montre un monde dur pour tous mais en particulier pour les femmes, une société où la solidarité et le partage n'existent pas toujours.
   
   C'est la première fois qu'un livre consacré au western décrit avec autant de réalisme le sort de ces femmes de pionniers qui souvent nous a été présenté à travers des images d'Epinal, héroïques et fortes face aux dangers ou bien faibles héroïnes mourant de mort violente. Mais la vie quotidienne, banale, sordide, faite de solitude, de petites souffrances répétées, et de désespoirs insondables, c'est cela que ce roman a le mérite de nous décrire. Et il y réussit très bien.
   
   Des personnages loin des lieux communs
   

    Au départ, les personnages correspondent à des types : la femme de tête, seule, autoritaire, qui mène sa ferme d'une main ferme (Mary Bee), le voleur, hors la loi sans morale et sans éducation (Briggs), le pasteur, le forgeron... Mais bien vite ils échappent aux lieux communs et cessent d'être des stéréotypes. Sans entrer dans les détails pour ne pas révéler la suite, on s'aperçoit que la femme et le brigand sont des êtres plus complexes que ce que l'on pensait, ce qui nous ménage des surprises au cours du récit. Le lecteur ne reste donc pas dans le cadre confortable du western classique. Les personnages évoluent selon leur caractère, leur éducation, les aléas du voyage, les difficultés rencontrées. Ils ne sont pas toujours là où on les attendait mais ils nous paraissent vrais, humains avec leurs forces et leurs faiblesses.
   
   Une nature loin d'être idyllique
   

   "Homesman" est donc un récit d'aventures qui sort des sentiers battus. Les grands espaces couverts de neige, à la végétation rare, au sol gelé, dur comme la roche, qui ne permet pas d'enterrer les corps des morts de l'hiver, sont synonymes de prison. L'immensité, les horizons sans limites, paradoxalement, ne procurent pas une impression de liberté mais d'oppression. Les individus se replient sur eux-mêmes, perdent leur vitalité et l'espoir.
   
   J'ai beaucoup aimé la lecture de ce beau roman. Peut-être le film de Tommy Lee Jones paraît-il parfois un peu confus en ce qui concerne l'histoire des femmes devenues folles par excès de malheur? C'est plus détaillé dans le roman. Mais les acteurs qui interprètent les personnages sont excellents et la mise en images procure un sentiment d'angoisse en refusant tout idéalisme.

critique par Claudialucia




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