Lecture / Ecriture
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Les Evénements de Jean Rolin

Jean Rolin
  L'explosion de la durite
  La ligne de front
  Terminal frigo
  Ormuz
  Les Evénements

Jean Rolin est un écrivain et journaliste français né en 1949. Il est le frère d'Olivier Rolin.

Les Evénements - Jean Rolin

A travers la France en guerre
Note :

   Pour avoir lu avec beaucoup d'intérêt “Terminal Frigo” et plus récemment “Ormuz”, la parution du nouveau roman de Jean Rolin me faisait augurer d'un plaisir de lecture certain. Le choc des premières pages m'invitait d'ailleurs à mettre ce récit en parallèle avec certains passages de “Soumission” acheté le même jour... Dans les deux cas, suite à des événements regrettables, un narrateur réussissait à s'enfuir de Paris pour se rendre assez loin en province ; dans les deux cas des heurts mettant en cause des extrémistes se produisaient. Mais le parallèle s'arrête là.
   
   Le narrateur — qui ne s'exprime pas dans chaque chapitre — restera anonyme. On connaît de lui sa Toyota fatiguée, sa liaison avec Victoria, et une relation imprécise avec le chef nationaliste Brennecke à qui Victoria a servi de secrétaire voire de maîtresse. De Paris à Marseille l'itinéraire du narrateur devient route buissonnière pour éviter des zones de combat et contourner des barrages : donc pas d'autoroute, mais d'anciennes nationales déclassées en départementales dont l'auteur se complait à indiquer la numérotation, les changements de direction et les ronds-points, à croire que le GPS — ou telle autre “appli” de smartphone — est devenu un indispensable outil romanesque.
   La France de cette année 201x est bien mal en point... Tandis qu'un reste de gouvernement est replié dans l'île de Noirmoutier, l'armée a dû intervenir çà et là ; des ONG tentent de distribuer des secours. Les maquis tiennent la campagne ; des milices s'affrontent. Bien des villes ont été désertées mais Clermont-Ferrand tient le coup. Les nationalistes de Brennecke contrôlent le Berry. Les salafistes campent dans les Cévennes. Les anarchistes se disputent l'agglomération marseillaise avec la filiale locale d'Al-Qaïda. Les Casques bleus occupent des points stratégiques et tentent d'imposer localement un cessez-le-feu. Vaille que vaille, le narrateur poursuit son chemin aventureux tout en cherchant à éviter de tomber sous la coupe de ces “organisations” ; à ce seul mot on se souvient qu'en 1996, Jean Rolin reçut le prix Médicis pour son roman “L'Organisation”, histoire d'une méchante structure vaguement trotskyste — dont il n'y a pas trace ici, pas plus que de PS ou d'UMP. Quant au PCF, il ne reste de son âge d'or que des noms de rues et une place dédiée à Gagarine et ornée d'un arbre moribond.
   
   Ici et là, un monument aux morts ou un vieux cliché témoigne d'une autre guerre. Faisant étape au bord de la Loire, le voyageur découvre une salle d'hôtel "décorée de photographies anciennes représentant le pont dans l'état où l'a laissé la débâcle de 1940 : c'est-à-dire pétardé par l'armée, dans sa retraite, et cassé en deux, les segments disjoints de son tablier suspendu dans un équilibre précaire au-dessus des eaux". Autres temps, autres mœurs. "Le plus curieux, de mon point de vue de néophyte, c'était que les djihadistes saluent d'un “Allah Akbar!” non seulement chaque coup qu'ils portaient, mais aussi, et même avec un surcroît d'enthousiasme, chaque coup qu'ils recevaient".
   
   Cette traversée de la France, qui au contraire du roman de Houellebecq n'amène pas le narrateur à se convertir à l'islam mais à l'émigration, vaut peut-être plus pour ses phrases travaillées et ses descriptions — d'espaces périurbains saccagés, de paysages printaniers ou enneigés — que pour son intrigue somme toute assez limitée.
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critique par Mapero




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Et ? ...
Note :

   Houellebecq avait imaginé la France aux mains d’un pouvoir islamiste modéré mais où la conversion religieuse avait force d’obligation pour espérer exister dans une administration de moins en moins civile. Jean Rolin invente ce qui pourrait être une suite ou un autre scenario catastrophe dans notre pays en proie à de très fortes secousses. Nous voici transportés dans un pays en guerre civile, déchiré entre les milices d’extrême-gauche et d’extrême-droite et en prise avec un parti islamiste aux allures guerrières.
   
   Pour tenter de faire régner un semblant de paix et de conserver des zones de relative sécurité, des casques bleus ont été dépêchés du Ghana et de la Finlande. C’est ce pays où les exécutions sommaires sont devenues courantes et dans lequel les zones de non-droit sont foison que va tenter de traverser un homme qui est aussi le narrateur.
   
   Chargé de remettre un colis à un ami devenu chef d’une milice armée qui tient toute une région, le voici sillonnant des routes défoncées au volant d’une guimbarde qui n’en peut plus avec juste assez de carburant pour se rendre à Clermont-Ferrand. Alors que les fusillades se répètent, que les attaques se succèdent et que les barrages doivent être franchis les uns après les autres en usant de tous les procédés possibles pour y parvenir, le narrateur nous conte ce qu’il observe.
   
   Une narration sans parti-pris, neutre, presque aseptique et qui se concentre beaucoup plus sur les bruits et les couleurs d’une nature qui change au gré des saisons que sur les évènements qui modifient sans cesse la carte des pouvoirs et des factions. Une narration où la description des lieux traversés avec force référence à des rues désertées, des zones commerciales dévastées, des immeubles éventrés tourne à une obsession au début amusante mais qui finit par lasser.
   
   Or, c’est bien là la limite de ce roman. Bien écrit, il fait sourire et même rire face à l’absurdité des situations rencontrées et au contraste parfaitement établi entre l’agitation des hommes pour des causes qui restent totalement inconnues et le côté immuable de la nature. Puis, du fait de la distanciation voulue et d’une répétition qui tourne à l’overdose, on finit par se laisser d’autant que le roman s’achève sur ce qui ne ressemble en rien en une fin.

critique par Cetalir




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