Lecture / Ecriture
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Vernon Subutex - 1 de Virginie Despentes

Virginie Despentes
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  Apocalypse bébé
  Vernon Subutex - 1
  Vernon Subutex - 2
  Vernon Subutex - 3

Virginie Despentes est une écrivaine française née en 1969 à Nancy.

Vernon Subutex - 1 - Virginie Despentes

Génération Despentes
Note :

   Prix Anaïs Nin 2014
   
   "Vernon est resté bloqué au siècle dernier, quand on se donnait encore la peine de prétendre qu'être était plus important qu'avoir"
   
   Qui est Vernon Subutex, le héros du dernier roman de Virginie Despentes?
   Un homme proche de la cinquantaine qui a tenu pendant longtemps une boutique de disques. "Pendant plus de vingt ans, qu'il vente ou qu'il ait la crève, il avait monté le putain de rideau de fer de sa boutique, coûte que coûte, six jours par semaine" et les fans de musique s'y pressaient. A l'époque, il y avait effectivement beaucoup de passage, à tel point qu'il était facile pour lui de draguer, de lier amitié, de voir du monde. Quand la boutique a fermé, en 2006, en raison de l'avènement du numérique qui l'a mis au chômage et sur la paille, tout est devenu plus difficile pour lui, si difficile que ces derniers temps, c'était son vieux pote de toujours, Alex, devenu star du rock, qui payait son loyer. Mais Alex vient de passer l'arme à gauche, victime d'une overdose, et Vernon se retrouve expulsé de son appartement. Que faire alors si ce n'est squatter les logements de ses anciens potes de la grande époque, à savoir celle du sexe, de la came et du rock'n roll. En leur mentant au passage et en leur racontant qu'il n'est là que pour quelques jours, de retour du Canada, qu'il a donc besoin d'un endroit où crécher quelques temps. C'est ainsi qu'il se retrouve dans le superbe appartement de Xavier et sa femme, qui le laissent profiter de leur bien le temps d'un week-end, en échange de la garde de leur chienne. Avant de s'incruster chez une ancienne copine, qui lui ouvre grand son appartement et aussi son lit, et qui l'étouffe vite, si bien qu'à la première occasion il prend la tangente, de façon pas très cool. Ce qu'elle ne lui pardonnera pas... Et le voilà reparti à la recherche de bons plans, avec l'aide de Facebook, moyen privilégié de se remettre en contact avec son ancien réseau ... Et de s'en constituer un nouveau...
   
   Mais Vernon a en sa possession une arme redoutable qu'il n'imagine pas si précieuse, à savoir des cassettes vidéo avec plusieurs heures d'enregistrements inédits d'Alex, que tout le monde aimerait bien récupérer. Et beaucoup sont prêts à payer des ponts d'or pour cela. Et à retrouver coûte que coûte leur propriétaire.
   
   Cette histoire d'un ancien disquaire porté aux nues qui se retrouve dans la précarité est menée tambour battant, avec audace, et portée par une écriture nerveuse et rapide, qui ne vous laisse guère reprendre votre souffle. D'autant que le temps est compté quand vous vous retrouvez catapulté dans la rue, en deux temps trois mouvements, en raison de la perte d'un travail ou d'une rupture sentimentale. Et qu'après avoir vendu tout ce qu'il vous restait comme stock de disques ou de tee-shirts sur e-bay, vous vous retrouvez complètement désargenté et à la rue.
   
   Virginie Despentes nous plonge dans un roman coup de poing, sans concession, qui lui vaut sans doute de remporter le premier prix Anaïs Nin et d'être en lice pour le prix RTL-Lire. C'est l'occasion d'une fresque contemporaine, au cours de laquelle défile toute une galerie de personnages. Car Vernon Subutex rentre dans la vie des gens, et nous avec! Nous offrant de ce fait le portrait d'une frange d'un milieu parisien aussi disparate qu'un trader, une SDF, une ex-star du porno, ou une étudiante voilée pour ne citer que ceux là. Les angles de vue sont multiples et ce roman se construit en fonction des pérégrinations du personnage principal, de ce Vernon Subutex, qui est au passage aussi le pseudonyme de Despentes sur les réseaux sociaux. Vernon a ainsi accès à l'intérieur des gens, au propre comme au figuré, à leur maison, mais aussi à leur vie, ces vies souvent gâchées ou ratées même quand elle paraissent conformes à l'idéal bourgeois, comme c'est le cas de celle de Xavier. Mais on y croise aussi beaucoup de loosers, qui ont une différence et de taille avec le héros, c'est qu'ils ont de l'argent et de ce fait un toit. Mais ce roman est aussi un polar, au cours duquel une course poursuite s'engage à l'insu de Vernon, pour tenter de remettre la main sur lui et par là même ces cassettes vidéo qu'il possède et dont il n'a pas idée de la valeur.
   
   Dyptique ou trilogie, le suspens demeure, toujours est-il que ce livre est le premier volume d'une série, à l'image de ce qu'avait fait Philippe Djian il y a quelques années avec "Doggy Bag". La parution du second tome est annoncée pour mars et sans doute mettra-t-elle l'accent sur ces enregistrements, qui vont bien finir par être récupérés, ce qui pourrait permettre à Vernon Subutex de retrouver la célébrité ou du moins de quoi vivre ailleurs que dans la rue ou des squatts, soient-ils ceux d'amis ou de pseudos connaissances. Mais j'anticipe et la suite sera peut être tout autre.
   
   Voici un roman glauque et féroce, avec certains passages émouvants comme celui qui fait place à la mère de son ancien pote qui l'a connu tout petit, ou la description d'un ami malade. Car quand on approche de la cinquantaine, autour de soi le vide se fait parfois. Et de certaines photos de groupe, ne reste plus que vous! C'est aussi un livre sur le temps qui passe, si vite, sur les idéaux de jeunesse, quand on était encore du bon côté et qu'on n'imaginait pas les difficultés ou mauvaises surprises qui ne manquent pas de surgir dans toute vie, sur la précarité, la fragilité, la violence sociale, un livre de la génération et de la révoltée Despentes. Un livre encensé un peu partout et en le lisant on comprend pourquoi. Ceci dit accrochez vous, elle ne fait pas dans le sentimental, même si cela reste malgré tout un roman avec une part d'humanité bien présente.
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critique par Éléonore W.




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« C'est le troisième millénaire, tout est permis! »
Note :

   Je ne reviens pas sur tout ce qu'a très bien dit Eléonore ci-dessus, j'aurais dit pareil. Je salue particulièrement dans ce roman le tableau de notre monde moderne. Certes, elle ne nous montre qu'une certaine société, tout ne se passe pas partout comme dans le monde des rockers, des hardeuses et de leurs fans, mais tout se passe partout avec ces outils-là, et le choix de ce microcosme excessif par ses pulsions exacerbées au lieu d'être tenues en laisse, permet un rendu bien plus spectaculaire de vérités universelles, ailleurs dissimulées. Ici, on sort la coke comme ailleurs on sort le whisky, qu'est-ce que ça change, fondamentalement?
   
   Virginie Despentes sait donner vie à son monde, à ses personnages. On les suit bien, on les sent, on les devine, aussi éloignés de nous qu'ils puissent être. Parmi ces personnages, nous retrouverons La Hyène, qui avait mis un peu d'animation dans "Apocalypse bébé" que j'avais aimé, mais je trouve "Vernon Subutex" encore mieux. On voit le personnage du rôle-titre partir à la dérive tout aussi bien que partirait n'importe quel cadre moyen viré à la fin de la quarantaine. Je vous l'ai dit : une différence de forme, pas de fond entre ce monde-là et le vôtre. L'âge d'or a passé, on fait le bilan, et il y en a des vies ratées! et donc, peut-être pas plus d'ailleurs que chez les gens qui ont choisi des parcours moins spectaculaires, mais justement ici, la lose se fait mieux voir (quoique j'aie quelques exemples en tête d'équivalence chez des pékins lambda) et peut-être surtout plus vite. Bref, quand vient l'heure des bilans...
   - On savait pas qu'on allait se planter à ce point, hein?
   - Si on avait su, qu'est-ce que ça aurait changé?"
   

   Pendant que les tenants de la pensée classique continuent à nous soutenir que l'internet ce n'est pas la "vraie vie", qu'il y aurait une "vie virtuelle", dénuée de sens, de fondement et même de réalité, et une "vraie vie" dont il serait très dangereux de s'éloigner, sans qu'ils se rendent compte que ce discours n'a même pas de sens : quand nous jouons, parlons, montrons, regardons, que ce soit autour d'une table ou d'un écran, comment peut-on soutenir qu'une des deux activité est réelle et l'autre non? Elles le sont forcément toutes les deux. C'est une évidence. Différentes, oui ; mais que l'une soit irréelle, impossible. Bref, je ne vais pas repartir sur ce que certains ne comprennent pas du tout à propos du Net, quand je démarre, il y en a pour des heures.
   
   Je disais donc : pendant que les tenants de la pensée classique continuent à ne pas voir ce qu'est internet, Virginie Despentes elle, comprend parfaitement tout cela. Elle sait ce que sont nos vies actuelles avec le web (son personnage La Hyène gagne même sa vie en y faisant et surtout défaisant des réputations – ce qui nous permet au passage à ses victimes de bien constater si on est dans le réel ou pas) et c'est un plaisir de lire un roman vraiment juste sur le monde actuel. J'ai hâte de lire la suite. Je me suis parié ce qu'il y avait sur les bandes enregistrées si recherchées... je verrai si j'ai raison.*
   
   Dommage qu'elle n'ait pas eu le Prix RTL-LIRE.
   
   PS : Petit rappel, le Subutex est un médicament qui sert de traitement substitutif aux drogues opiacées.
   
   Morceaux choisis :
   (parlant des jeunes filles) "A notre époque, si on aimait faire chier le monde, on faisait du X, mais aujourd'hui, porter le voile suffit."
   
   "Elle avait pour ambition d'écrire quelque chose de bien. C'est toujours un problème. Ce n'est pas parce qu'on se dit "je vais dessiner un pur-sang au galop" qu'on y parvient. Le plus probable est qu'on finisse par gribouiller un machin qui ressemble à peine à un rat écrasé. La gamine voulait un livre qui serait comme une cathédrale en plein ciel, elle ne réussirait probablement qu'à délivrer un cabanon en contreplaqué."
   
   
   "Mais Facebook est passé par là et cette génération de trentenaires est composée de psychopathes autocentrés, à la limite de la démence. Une ambition crue, débarrassée de tout souci de légitimité."

   
   
   * Non, j'avais tort
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critique par Sibylline




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La Comédie humaine
Note :

   Virginie Despentes (pseudonyme en référence aux Pentes de la Croix-Rousse, quartier de Lyon dans lequel elle a vécu, avant de s'installer à Paris), née en 1969 à Nancy, est une écrivaine et réalisatrice française. Elle est également, à l'occasion, traductrice et parolière. À quinze ans, elle est internée en hôpital psychiatrique, à dix-sept ans en faisant du stop, elle est victime d'un viol. Au même âge, après avoir passé son baccalauréat en candidate libre, elle quitte Nancy et s'installe à Lyon où elle multiplie les petits boulots : Femme de ménage, prostituée dans des salons de massage et des Peep-shows, vendeuse chez un disquaire, puis pigiste pour journaux rocks et critique de films pornographiques. Virginie Despentes est "devenue lesbienne à 35 ans", selon ses propres termes. Son nouveau roman, Vernon Subutex 1, vient de paraître.
   
   J’avais découvert Virginie Despentes en 1993 lors de la sortie de son premier roman "Baise moi", puis "Les Chiennes savantes", l’année suivante, par le biais de la mouvance rock dans lequel elle évoluait et j’avais rangé ses bouquins sur mes étagères, définitivement me semblait-il car pas très convaincu. Jusqu’à ce nouveau livre, vingt ans après, qui m’a inexorablement attiré sans que je sache trop pourquoi, sachant qu’il supportait le handicap (je déteste les romans avec suite) d’être le tome 1 d’un triptyque dont le second tome paraîtra en mars. Et j’ai bien fait, car il est très bon.
   
   Vernon Subutex – quel nom génial (alias de Despentes sur Facebook) – a été disquaire à Paris jusqu’à ses quarante-cinq ans mais sa boutique a coulé. Au chômage et sans indemnités, expulsé de son logement, il va recontacter ses amis ou connaissances, pour squatter leur canapé durant quelques jours. Il détient des cassettes vidéo inédites d’une auto-interview d’Alex Bleach, un chanteur de rock décédé d’une overdose, qu’il a bien connu. Ces enregistrements sont convoités par plusieurs personnes…
   
   Le parallèle va peut-être faire grincer des dents, mais la lecture de ce roman m’a évoqué La Comédie humaine de Balzac! Rappelez-vous de son but alors : faire une "histoire naturelle de la société", explorant de façon systématique les groupes sociaux et les rouages de la société afin de brosser une vaste fresque de son époque susceptible de servir de référence aux générations futures. N’est-ce pas ce que vient de faire, dans une moindre mesure certes, Virginie Despentes avec ce roman?
   
   L’errance de Vernon Subutex, actuelle en passant d’amis en amis, ou en souvenirs de temps meilleurs où il était plus jeune, nous fait croiser le chemins de nombreux personnages de tous genres, hommes, femmes, transsexuels, comme de divers milieux, monde du rock, du cinéma et de la télévision, de l’industrie pornographique, de la photo et de la mode, de la dope. Moyenne bourgeoisie rangée, mannequins et frimeurs, taudis de banlieues où se croisent petites frappes fachos et adeptes du Coran… Virginie Despentes sait observer et semble parfaitement connaître tous ces mondes, de petits détails ou précisions, tendant à le prouver.
   
   Le roman est dense, tant de sujets sont abordés, on passe de personnage en personnage par des liens parfois ténus, mais l’ensemble crée un "réseau social" dont Vernon Subutex est le centre, se rappelant au bon (ou mauvais) souvenir des uns et des autres, avec une sorte d’intrigue de polar qui se met vaguement en marche avec ces cassettes tant recherchées.
   
    L’écriture est impeccable, parfaitement adaptée au sujet, particulièrement dans le chapitre où il est question d’une fête avec de la drogue et cette accélération de rythme en symbiose avec l’état de manque du personnage. L’écrivain sait mettre le lecteur dans la peau et la tête de ses acteurs, leurs discours les plus outrageants (racisme, sexisme etc.) choquent mais sonnent justes. Tout comme Michel Houellebecq elle sait mettre le doigt sur ce qui fait mal, faire dire à ses acteurs ces mots de haine qui minent nos démocraties. Il y a aussi cette très surprenante vision des femmes, très dure avec son propre sexe, rarement aussi bien expliquées aux hommes et si c’est elle qui le dit, hein…!
   
   Virginie Despentes dresse une fresque accablante de notre société, critique sociale et politique, un terrible constat sur l’état de notre monde, comme ces faits divers lus dans les journaux mais qui en disent plus long que certains essais sociologiques très savants. Et au milieu de toute cette dureté, une scène émouvante à pleurer quand la mère d’un ami d’enfance de Vernon, le reconnait en SDF sur un banc et se propose pour l’aider.
   
   Un très bon roman donc et me voilà à attendre avec impatience le second tome, même si d’un point de vue narratif le bouquin se suffit à lui-même.
   
   
   "Il a fait son rangement du week-end, reconnaissant de ce que Vernon ait capté qu’il valait mieux lui foutre la paix pour son jour de pause. Voir sa gueule toute une soirée, quand même, ça faisait remonter une époque. Il est admiratif, ces gars du rock, comment ils réussissent à devenir direct séniles sans passer par la case maturité. Vernon, comme d’autres, on sent bien que jamais dans sa vie il ne s’est posé la moindre question, sur rien. Ah, lui, les groupes de parole, les séances chez le psy et l’ébranlement de la paternité, il est passé au travers, peinard. Il est resté le même qu’à vingt ans, à croire qu’il a vieilli dans du formol."

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critique par Le Bouquineur




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Vite ! Le tome 2 !
Note :

   Et voilà, toi aussi tu as succombé à cette couverture beaucoup vue ici et là... et également à cette auteure, cette personne si riche et passionnante qu'est Virginie Despentes. Mais tu ne savais pas encore QUI était réellement Vernon Subutex avant ta lecture.
   
   Au début, ce personnage n'est seulement qu'un pauvre type, cinquantenaire, vaguement looser, vaguement rockeur, chômeur, ancien disquaire, ancien homme à femmes, qui peine à payer son loyer... Après avoir vendu toute sa collection de vinyles, les options se font rares pour Vernon. Et depuis qu'Alex, son ex-ami devenu un chanteur à succès est mort, il n'a plus personne pour le tirer d'affaires... C'est donc l'expulsion. Vernon doit trouver des endroits où dormir... Et c'est là que l'histoire démarre vraiment, quand Vernon, tel un spectre, vient hanter un à un les appartements de ses amis, laissant remonter à la surface souvenirs et désirs enfouis. Vernon Subutex endosse malgré lui ce rôle de révélateur, qui ne lui permet pas cependant de rester très longtemps chez chacun. Tout cela est bien précaire, tient sur un fil. Mais son seul bien, des enregistrements/confessions d'Alex qu'il détient sur cassettes, se révèlent intéresser beaucoup plus de personnes qu'il ne pouvait se l'imaginer, et susciter quelques convoitises. On le cherche, tandis que Vernon se perd dans le sexe, la drogue et dans un Paris moderne qui ne fait pas de cadeaux aux distraits... Chaque erreur peut l'amener à la rue. Combien de temps tiendra-t-il dans ce jeu d'équilibriste ? Et toi lectrice, tu es entrée dans ce livre-monde avec beaucoup de plaisir, découvrant à chaque chapitre une nouvelle face de ce kaléidoscope humain créé par Virginie Despentes, des personnages que l'on aime retrouver par hasard au détour d'une rencontre ou d'un accident, tout un panel d'amis que Vernon Subutex ignorait posséder... Les disquaires étaient des êtres populaires, il le découvre petit à petit. Bref, tu as très envie de découvrir le second tome à présent... A suivre.

critique par Antigone




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