Lecture / Ecriture
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Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

Geneviève Damas
  Si tu passes la rivière
  Histoire d’un bonheur

Si tu passes la rivière - Geneviève Damas

Roman initiatique
Note :

   Très très belle découverte que ce roman écrit par la Belge Geneviève Damas, qui a été réédité au Québec chez Septentrion et que j'ai réellement beaucoup aimé.
   
   La voix qui nous porte dans ce roman, c'est celle de François Sorrente. François a 17 ans et a un peu de vent dans la tête, selon presque tout le monde. Nous sommes quelque part, il y a un moment, quand les travaux de la ferme n'étaient pas automatisés. François semble beaucoup plus jeune que ses 17 ans. On dirait presque un enfant quand on le lit, avec ses phrases étranges, parfois inversées. Il se dégage une naïveté du récit mais aussi une volonté de savoir. De savoir pourquoi Maryse, la sœur aînée, a un jour traversé la rivière interdite et n'est jamais revenue. De comprendre ce qui est arrivé à sa mère, cette mère qu'il aurait pu avoir.
   
   Énormément de candeur, un peu d'espoir mais beaucoup de silences aussi. Chez les Sorrente, on ne pleure pas, on ne parle pas. Ils restent entre eux, les Sorrente. Et François n'a personne, aucun ami. À part un cochon, qu'il a choisi pour confident. Une femelle car elles, on les garde plus longtemps, on ne les mange pas tout de suite. Peu à peu, il va tenter de se dépêtrer de cette famille pesante et violente, de cette atmosphère glauque où il patauge depuis sa naissance et où son esprit stagne. Il rencontrera donc Roger, le curé. Et Amélie. À qui il demandera d'apprendre à lire pour déchiffrer. Pour comprendre et savoir ce qu'il a besoin de savoir.
   
   Un roman très fort, qui parle de recherche de soi, de passage à l'âge adulte mais aussi, en filigrane, du poids des silences et des mots qui libèrent. François apprend à lire mais aussi à sourire, à s'ouvrir aux autres. Beaucoup d'humanité, des mots qui font mouche... je relirai cet auteur!
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critique par Karine




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Une pépite !
Note :

   "Ils ont beau être différents, mes deux frères, pour certaines choses ils s'entendent comme la lune et les étoiles. Les choses comme les sous, comme "On ne mettra jamais les pieds dans ton église, curé," comme "Moins on parle, mieux ça vaut, si tu as quelque chose à dire, tais-toi, si tu es content, tais-toi, si tu as du chagrin, tais-toi. Tais-toi, tais-toi, tais-toi". Ça a peut-être à voir avec la mère, ça"."
   
   "Si tu passes la rivière, si tu passes la rivière, a dit le père, tu ne remettras plus jamais les pieds dans cette maison. Si tu vas de l'autre côté, gare à toi si tu vas de l'autre côté".
   

   Maryse, la grande sœur, y est allée elle, de l'autre côté, et elle n'est jamais revenue, au grand désespoir de François, le narrateur. C'était la seule à lui manifester de l'affection, à l'appeler "mon Fifi", au sein de cette famille d'homme taiseux et brutaux. Il y a d'abord le père, puis les deux frères, Arthur et Jules, l'aîné maintenant que Maryse est partie. Jean-Paul, celui qui est au cimetière, on n'en parle jamais, c'est comme s'il n'avait pas existé. Silence aussi autour de la mère, sujet encore plus tabou que les autres. La seule fois où François a posé une question il s'est pris une raclée qui lui a passé l'envie de demander.
   
   François, le petit dernier, travaille dur à la ferme, se croit nigaud et n'a pas l'usage des mots. Ses envies de tendresse, il les réserve aux cochons auprès de qui il trouve un peu de chaleur et de réconfort. Le grand silence autour des absentes le turlupine et voilà qu'il se met en tête d'apprendre à lire pour retrouver les traces de ses origines. C'est auprès de Roger, le curé, qu'il va obtenir l'aide dont il a besoin.
   
   Je suis tombée complètement sous le charme de ce court roman, à l'écriture qui restitue tellement bien le monde dans lequel vit François, proche de la terre, des animaux, et si plein d'une humanité détonnante au milieu de cette famille qui est incapable de manifester et peut-être d'éprouver un sentiment quelconque.
   
   Avec obstination, François va progresser dans sa propre histoire, à l'insu de tous, fasciné par la rivière qui borne son horizon et par les ruines qu'il voit au-delà. Plus il s'enhardira à se servir des mots qu'il a appris et à aller au delà de la ferme, plus il avancera dans sa quête personnelle et peut-être trouver les clés de sa liberté. Plusieurs personnes l'aideront, faisant grandir en lui son intérêt des autres et l'envie d'aimer.
   
   J'en fais ma première pépite de l'année. Juste une petite frustration sur la fin, j'aurais aimé continuer encore avec François, c'est un roman qui mériterait une suite.

critique par Aifelle




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