Lecture / Ecriture
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La fée aux miettes de Jean-Charles Nodier

Jean-Charles Nodier
  La fée aux miettes
  Trilby

La fée aux miettes - Jean-Charles Nodier

La mandragore qui chante
Note :

   Jean- Charles Emmanuel Nodier (1780-1844) est un romancier qui a eu une grande importance dans le mouvement romantique français. Il était d'ailleurs en rivalité avec Victor Hugo à la tête du Cénacle.
   
   La fée aux miettes, roman fantastique, fut publié en 1832.
   
   Le narrateur rencontre dans une maison "des lunatiques" de Glasgow un vieux fou, le charpentier Michel, à la recherche de la Mandragore qui chante. Ce dernier lui raconte son histoire.
   
   Au temps de la jeunesse de Michel à Granville, vivait une pauvre vieille qui venait mendier les restes des repas des écoliers. C'est pour cela que les garçons, fascinés par cette femme qui parle de nombreuses langues et semble posséder dans leur imagination des dons surnaturels, l'ont surnommée La fée aux miettes. Un jour, Michel sauve la Fée aux miettes dans la baie du mont Saint-Michel, et lui promet de l'épouser à sa majorité peut-être par légèreté ou par raillerie...
   
   Il embarque ensuite comme charpentier sur La reine de Saba. Le bateau fait naufrage, Michel, rejeté sur un île, découvre que la fée aux miettes l'a suivi, cachée dans son sac. Elle lui offre un portrait d'elle, sous les traits d'une jeune femme si éblouissante, Belkiss, qu'il en tombe amoureux.
   
   Après bien toutes sortes d'aventures fantastiques, Michel finit par épouser la Fée aux miettes. Le jour, elle lui apparaît sous les traits de la vieille femme qu'il connaît bien. La nuit, sous les traits de Belkiss qui n'est autre que la Reine de Saba, il reçoit la visite d'une femme en tout point belle et voluptueuse. Mais, pour que ce bonheur dure, il lui faut trouver la mandragore qui chante.
   
   Conte de fées, récit fantastique, le roman est aussi implanté dans le réel avec des descriptions de Granville et de la Baie du Mont Saint Michel, de la pêche aux coques, du métier de charpentier, de l'asile d'aliénés de Glasgow. Nodier y fait l'éloge du travail qui permet de gagner sa vie honnêtement et d'éviter l'oisiveté, un éloge rationnel, un peu à la Voltaire. Mais l'irrationalité du récit prend de plus en plus d'importance.
   
   Avec ce roman on pourrait penser que Nodier trace le cheminement d'un esprit en proie aux hallucinations, qui se perd dans ses rêves, et n'est plus en contact avec la réalité. Mais le propos de Charles Nodier est plus complexe. Le narrateur nous laisse dans le doute. Quand Nodier fait intervenir un scientifique, le docteur de la maison de santé, il le peint comme un homme ridicule. Ainsi la démonstration du savant quant au fait que la mandragore ne peut pas chanter est pédante et amphigourique. On ne peut le prendre au sérieux. Et alors? Si c'était Michel qui avait raison? Si le monde du rêve était plus important et même plus "vrai" que celui de la réalité?
   
   En redonnant sa liberté au rêve, à l'onirisme, Charles Nodier se place bien en précurseur du romantisme et l'on comprend ce que lui doit Gérard de Nerval, Victor Hugo lui-même et plus tard les surréalistes. Mais le rêve côtoie de près la folie. Nodier, d'une sensibilité excessive, peut-être liée à son usage de l'opium dans sa jeunesse, Gérard de Nerval qui explore la folie dans son Aurélia, Victor Hugo dans ses séances de spiritisme, et plus tard Maupassant en ont fait l'expérience.

critique par Claudialucia




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