Lecture / Ecriture
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A l'heure où les hommes vivent de Delphine de Malherbe

Delphine de Malherbe
  A l'heure où les hommes vivent

A l'heure où les hommes vivent - Delphine de Malherbe

C'est tellement confus que je ne sais même pas ce que j'en ai pensé !
Note :

   Franck est chercheur au CNRS. Il vit pour le travail à tendance à délaisser un peu sa femme Elisa et leur fille adolescente Alex. Il souffre de la notoriété de son père et considère qu'il ne l'aime pas. Deux événements quasi simultanés viennent remettre en cause ses certitudes : le suicide de John, son collaborateur et ami, et l'incendie de sa résidence secondaire de Vincennes.
   
   Autant le dire d'emblée, je suis circonspect. Ai-je lu un bon roman ou un ramassis de questionnements divers et tellement nombreux qu'on pourrait croire à un inventaire? Suis-je dans un livre qui pose des questions existentielles ou dans un bouquin qui amoncelle des clichés, des stéréotypes? Les personnages sont-ils attachants, meurtris ou désagréables, lymphatiques et incapables de se bouger? Tout à tour mon opinion à varié entre ces deux positions. Le début est formidable, cet homme qui regarde brûler sa maison sans pouvoir bouger : "Ma maison brûle et, dehors, je reste. Je reste et je regarde, effrayé, sans tâcher une seule seconde d'aider à éteindre l'incendie. Je suis en un instant devenu cet homme statufié, immobilisé, comme envoûté. Le feu mange mes murs tandis que des images de John juste avant sa mort m'assaillent." (p. 15) J'avale les premières pages avec avidité, sûr de me trouver dans un roman qui va me plaire jusqu'au bout. Mais je déchante, Delphine de Malherbe ayant le chic de passer des belles pages à une logorrhée parfois à peine supportable dans laquelle elle mélange tout, les amours et les doutes de Franck, le burn-out, la mort de John, les effets de la crise, la montée des extrémismes et des pratiques sexuelles SM en Angleterre, les épidémies, ... Tout est mélangé, balancé comme cela au détour d'un ou plusieurs phrases ; rien n'est approfondi, c'est absolument gratuit et ... sans intérêt!
   
   Et puis elle revient sur des idées plus travaillées comme la difficulté de se comprendre entre parents cinquantenaires et enfants adolescents. Ces parents qui ont eu des rêves, des combats et qui les ont abandonnés au profit d'une vie confortable passée à travailler, le nez dans le guidon, sans voir que le monde à côté d'eux évoluait ; ces ados qui ont encore des détestations, des indignations et qui veulent que le monde bouge enfin dans un sens plus solidaire. L'éternelle différence entre les jeunes et les adultes et le hiatus entre les jeunes que les adultes ont été et ce qu'ils sont devenus. Franck s'éveille au monde grâce à sa fille de 15 ans, à qui il inflige tout de même deux gifles et une troisième retenue de justesse en 120 pages! Il est bien sûr question de la réussite d'une vie, mais à quoi la mesure-t-on? A sa vie sociale? A sa vie familiale? A sa vie professionnelle?
   
   Delphine de Malherbe pose beaucoup de questions, ne donne pas de réponses, et tant mieux. A chacun de les chercher en lui. En quatrième de couverture, il est écrit : "Après avoir traité des tabous féminins avec succès, Delphine de Malherbe s'attaque à l'univers masculin." Avec succès, la page n'en dit rien? Comme je le disais en début de billet, je reste réservé, je ne me suis absolument pas reconnu en Franck, je le trouve égocentrique, agaçant (pour ne pas dire plus), antipathique (je vois ici des dames qui sourient en se disant que c'est la définition même d'un homme). J'ai été tour à tour emballé et énervé par l'écriture de l'auteure et par la teneur de ses propos, je reste donc mitigé, mais parfois, c'est bien de ne pas savoir réellement si l'on a aimé ou pas un roman, ça fait parler, ça dérange et c'est le propre de la littérature.

critique par Yv




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