Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La place de l'étoile de Patrick Modiano

Patrick Modiano
  Chien de printemps
  Rue des boutiques obscures
  Accident nocturne
  Un pedigree
  Livret de famille
  Dans le café de la jeunesse perdue
  La petite bijou
  Dora Bruder
  L'Horizon
  Quartier perdu
  L'Herbe des Nuits
  Vestiaire de l’enfance
  Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
  Du plus loin de l'oubli
  Remise de peine
  De si braves garçons
  La place de l'étoile
  Des inconnues
  Villa Triste
  Souvenirs dormants

Patrick Modiano est un écrivain français né en 1945, Grand prix du roman de l'Académie française en 1972, Prix Goncourt en 1978. Prix Nobel 2014 pour «l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation».

La place de l'étoile - Patrick Modiano

Quelle étoile ?
Note :

   Un étonnant roman que j'ai lu en deux fois. Commencé dans la soirée, fini au matin. C'est absolument rare, très rare. Je me suis senti happé par ce livre, complètement hors norme.
   
    L'actualité m'a poussé vers cette lecture et j'avoue que... si l’œuvre est à la hauteur du premier roman de Patrick Modiano alors... il mérite véritablement son Prix Nobel (… et son million de dollars qui va avec...!). Et m'encourage à lire le livre "Rue des boutiques obscures" pour lequel il a reçu le Prix Goncourt en 1978.
   
    Il est difficile de présenter ce roman hallucinant, complètement fou sans être loufoque: une sorte d'errance. L'errance d'un personnage dénommé Raphaël Schlemilovitch qui va naviguer entre événements réels et pure fiction. L'errance d'un anti-héros juif qui revêt tous les costumes, celui du juif persécuté, du martyr et celui du "bon juif", celui qui collabore et pactise avec l'ennemi. En plusieurs épisodes successifs, Modiano va étourdir le lecteur... j'en suis..j'en suis... tout retourné!!!
   
    Pour le début du roman, cet homme, Raphaël Schlemilovitch -qui est un peu de... sinon... l'auteur Patrick Modiano- commence par décrire sa jeunesse qu'il passe entre Deauville et la Suisse. Elevé dans les hautes sphères de la société par une gouvernante appelée Miss Evelyn, il est habitué à côtoyer les joueurs de polo et les aristocrates émigrés. Il se lie d'amitié avec Jean-François des Essarts et déserte Lausanne pour Genève où il investit sa fortune dans des antiquités (les bronzes 1900). Schlemilovitch est juif, Des Essarts est goye, les deux hommes sont épris de Littérature... et la guerre éclate.
   
    Les deux hommes rencontrent alors l'érudit Maurice Sachs (écrivain français, propagandiste anti-allemand puis juif collabo) qui leur ouvre les pages d'écrivains oubliés. Schlemilovitch alors dit "Pour ma part, j'ai décidé d'être le plus grand écrivain juif français après Montaigne, Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline." Rien que ça!
   
    Après que ses acolytes disparaissent, le héros (ou l'anti-héros...) se souvient d'un père parti faire fortune en Amérique. Un exploit quand même, ce père réussit à vendre la forêt de Fontainebleau aux Allemands. (Modiano, lui même, a peu connu son père). Le fils accueille le père pour lui léguer 350 000 francs, son affaire de kaléidoscope périclitant. Voici le discours d'un fils à son père: "A-t-on idée d'être PDG de Kaleidoscope Ltd? [...] Et puis, je vais vous parler franchement, : vous êtes juif, par conséquent, vous n'avez pas le sens des affaires. Il faut laisser ce privilège aux Français!..." Excellent! Un peu plus loin: " On ne parlera jamais assez du côté m'as-tu-vu des juifs. D'ailleurs, il éprouvait pour les Allemands une certaine sympathie puisqu'ils avaient choisi ses endroits de prédilection: le Continental, le Majestic, le Meurice..." Quelle superbe auto-dérision!
   
    Les épisodes suivants verront Schlemilovitch visiter Bordeaux où il sera khâgneux et affrontera ses pairs Français pure souche qui s'élèveront contre leur professeur anglophobe et pétainiste!!! "Schlemilovitch, vous êtes un vrai camelot du Roi! Ah si tous les Français de souche vous ressemblaient!" Puis, le hasard le fera rencontrer un vicomte juif appelé Lévy-Vendôme, spécialisé dans la traite des blanches. Ses hommes de main s'appellent Mouloud et Mustapha. Il travaillera alors pour lui en Savoie où il devra trouver une jeune montagnarde charpentée et brune puis en Normandie où là, il devra dénicher une aristocrate distinguée! La province lui plait énormément: "...je garderai toute ma vie un souvenir attendri du colonel Aravis. Chaque petit Français possède, au fond de la province, un grand-père de cet acabit. Il en a honte. Notre camarade Sartre veut oublier le docteur Schweitzer, son grand-oncle."
   
    Après d'autres péripéties à Vienne où le héros se trouve être l'amant d'Eva Braun, Schlemilovitch prend le bateau pour l'Israël. Là; soupçonné d'être un juif européen trop marqué par ses appartenances, il est envoyé au kibboutz pénitentiaire. On s'y perd enfin complètement quand au chevet du héros fatigué se trouve Sigmund freud!!!
   
    Hallucinant...!
   
    Finalement, le prix Nobel a du bon. Il m'a permis de découvrir cet auteur et ce livre. Une sorte de truc à part, un OVNI littéraire, une lecture enflammée surprenante. Bravo....!!!
   ↓

critique par Laugo2




* * *



Premier roman
Note :

   Prix Roger-Nimier et prix Fénéon
   

   Pour son premier roman, publié en 1968, Patrick Modiano use d’un paradoxe énorme : son personnage central, Raphaël Schlemilovitch, affirme être un Juif antisémite, lié à la Gestapo. Il cultive quelques relations avec des personnalités en vue à l’époque, et généralement favorables au troisième Reich. Il rencontre son père qui avait émigré aux Etats-Unis pour se lancer dans les affaires, et il mène au total une vie assez incroyable, multipliant les rencontres avec des dirigeants du IIIème Reich, se lançant dans une activité de proxénète international, avant d’émigrer vers Israël, où il sera retenu dans un camp au régime sévère, qui n’a rien à envier à ceux des régimes dits totalitaires.
   
   A la fin de son parcours, le lecteur le retrouve sur le divan d’un psychanalyste, à Vienne naturellement.
   
   En résumé, ce premier roman exprime déjà toutes les ambiguïtés qui seront développées par le romancier Modiano au fil de son œuvre.

critique par Jean Prévost




* * *