Lecture / Ecriture
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Goat Mountain de David Vann

David Vann
  Sukkwan Island
  Désolations
  Impurs
  Dernier jour sur terre
  Goat Mountain
  Aquarium


David Vann est un écrivain américain né en Alaska, en 1966.

Goat Mountain - David Vann

Oups! Rien compris...
Note :

   Un quatuor venu chasser le cerf à l’ouverture de la chasse. Le grand-père, le père, le fils (onze ans à l'époque) et l’ami de la famille, Tom. le narrateur est le fils devenu adulte.
   
   Lieu : Californie du nord, le ranch dénommé Goat Mountain (son sommet le plus haut a une forme de chèvre ou de corne de chèvre) deux hectares de nature sauvage où reviennent les chênes verts les pins notamment les pins blancs dont certains sont deux fois centenaires, les buissons de manzanitas (petites pommes sauvages???), les lézards, les crotales, l’ours que le gamin n’a jamais vu, et bien sûr les cerfs.
   
   Le narrateur a le droit de tuer son premier cerf cette année. Après, il sera un homme. Mais, avant cela, il devient un assassin!
   
   En effet, les chasseurs aperçoivent un braconnier sur leurs terres. Tranquillement assis, sur une roche à deux cent mètres d’eux, ne se cachant même pas. Ils l’observent dans le viseur de leurs armes, et invitent le garçon à jeter un coup d’œil lui aussi. Et il tire…
   
   Le geste était intentionnel, quoique le narrateur soit sûr qu’au moment de tirer il n’a pensé à rien. Il ne regrette pas son acte. Il n’a pas intégré de codes de morale où d’éthique. Les adultes ont beau le traiter d’assassin, ils ont "des règles" mais pas trop de morale non plus. Surtout, on parle peu dans cette famille…et ils sont descendants de Cheyennes, donc formés à des rites païens.
   
   Les trois adultes ne sont pas d’accord sur la conduite à suivre : Tom veut qu’on aille voir le shérif et tout lui dire ; le père veut qu’on enterre le mort et qu’on n’y pense plus, et qu’on ne dise rien ; le grand-père veut qu’on tue le gamin (son petit fils tout de même…) ; à partir de là tout le monde se met à délirer, chacun entre en conflit avec les autres, le gamin plus ou moins seul contre tous.
   
   La chasse ne fait que commencer...
   
   Le narrateur, à présent adulte, se remémore les deux jours qui ont suivi son geste. Cette terrible histoire est bien mise en scène, avec son déchaînement de violence, les sentiments étranges du gamin envers le mort (qu’il ressent encore vivant) envers le cerf qu'il veut encore tuer.
   
   Le moins bon de ce récit, ce sont les dissertations bizarres du narrateur adulte à propos de ses lectures de l’Ancien Testament et des Évangiles. Je n’y ai rien compris (sinon que peut-être il cherche à justifier son geste criminel par ces textes mal digérés).
   
   Des dissertations qui ne sont pas sans ressembler aux délires mystico-réalistes du flic de "True Detective" (pour ceux qui ont vue cette série), même s’il ne se réfère pas aux mêmes textes. De temps en temps c’est intéressant, mais globalement on n’y comprend rien!
    ↓

critique par Jehanne




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C'est écrit
Note :

   Entrer dans l’univers romanesque de Daniel Vann rendu célèbre en France grâce au petit éditeur Gallmeister qui s’est fait une spécialité de nous faire découvrir des trésors inédits venant de l’étranger, c’est accepter de se faire bousculer, d’être plongé dans un bain d’acide et de violence comme autant d’émanations irrépressibles causées par les instincts les plus bas dont est capable l’humanité.
   
   Le ton avait été donné avec son best-seller "Sukkwan Island" et développé dans les deux romans qui ont suivi (Impurs et Désolations). Un ton sous forme de catharsis qui ne se cache même pas de la part de l’auteur marqué à jamais par le suicide de son père lequel lui aura laissé pour seul héritage sa collection d’armes à feu. David Vann a vécu une enfance violente dans une famille à problèmes. Une enfance ponctuée par de sanglantes parties de chasse au sein d’une nature sauvage, âpre et hostile qu’il faut combattre pas à pas pour progresser, traquer et tuer.
   
   Voici le sel de son œuvre, l’observation de la façon dont les rapports humains au sein d’une même famille vont évoluer vers le drame inévitable au sein d’une nature gigantesque par ses dimensions et qui les isole du reste du monde, rendant alors tout possible y compris le plus improbable.
   
   En entrant dans "Goat Mountain" on ne peut s’empêcher de penser à "Délivrance" de James Dickey. Même atmosphère lourde. Même nature omniprésente et écrasante. Mêmes dérapages et désordres psychologiques conduisant à des situations de violence extrême rendant l’écart entre hommes et bêtes de plus en plus ténu.
   
   Mais, à la différence de "Délivrance", David Vann place "Goat Mountain" sous le signe de la Bible comme si tout ce qui allait se passer était inévitable depuis que Caïn a tué Abel et que l’histoire de l’Homme s’est donc placée sous le sceau du meurtre, seul moyen d’imposer sa volonté. Il existe une sorte de fatalité, de destin inéluctable qui n’attend pour s’opérer que les bonnes circonstances. C’est cela que nous dit David Vann dans chacun de ses quatre romans publiés jusqu’ici et plus particulièrement encore dans ce dernier opus.
   
   Celui par lequel le scandale arrivera est un gamin de onze ans. Un gosse qui accompagne depuis qu’il est en âge de marcher son grand-père, un géant taciturne, son père qui l’élève seul et l’ami de celui-ci dans leurs interminables parties de chasse menées dans le ranch familial immense et niché au cœur des montagnes californiennes.
   
   Cette partie doit cependant être différente car elle est celle au cours de laquelle le gosse doit tuer son premier cerf. Mais, lorsqu’ils pénètreront sur leur propriété, ce n’est pas un cervidé qu’ils apercevront dans la lunette du fusil du père mais un braconnier. Tendant son arme à son fils pour qu’il observe l’intrus par lui-même, voici le père qui autorise un geste auquel personne ne s’attend. Car le gamin, sans explication, va tirer et l’homme tomber, raide mort.
   
   Dès lors, l’auteur nous entraîne dans un récit sombre et fou où d’innombrables questions morales s’entremêlent. Que faire du corps ? Que dire ou non ? Comment expliquer le geste du môme ? Et, surtout, que faire d’un môme qui n’éprouve pas le moindre regret vis-à-vis de ce qu’il a commis comme si abattre un cerf ou un homme ne faisait aucune différence ?
   
   C’est cette dernière question, lancinante, d’abord à peine proférée puis de plus en plus ouvertement formulée qui va devenir le véritable enjeu de ce qui se trame. Un enjeu qui révèle les tensions refoulées au sein du groupe au point de conduire d’étape en étape de plus en plus paroxystiques à des scènes presque insoutenables parfois.
   
   David Vann est un orfèvre du genre. Il sait nous tenir en haleine de bout en bout, faire monter une tension presque sans limite, imaginer une fin inattendue tout en maniant une plume affutée et aussi brutale que ses personnages. Un roman très fort !
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critique par Cetalir




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Tuer. Quoi faire d’autre avec une arme à feu ?
Note :

   Quand le père du narrateur - devenu adulte au moment de cette narration – confie à son fils de onze ans son fusil à lunettes pour qu’il observe un braconnier, tranquillement assis sur un rocher à 200 mètres d’eux, à travers la lunette de visée, il ne se doute pas que son fils va appuyer sur la détente et tuer ainsi un homme.
   
   Ce n’était pas ce qui était au programme puisque le programme c’était de fêter l’avènement des onze ans du fils par l’autorisation pour lui d’abattre son premier cerf en cette annuelle chasse au cerf à laquelle participent, comme tous les ans, le narrateur jeune garçon, son père, son grand – père et Tom, l’ami de la famille, de l’âge du père. Ils venaient d’arriver dans le ranch familial "Goat Mountain", en Californie, de laisser leur véhicule au niveau du ranch et de partir dans la montagne pour traquer le cerf. Hélas, c’est un braconnier qui tue un cerf quasiment en leur présence (à son insu) et le jeune garçon donc, qui au lieu de se contenter d’observer le braconnier dans la lunette tire et le tue.
   
   C’est ainsi que commence "Goat Mountain" et dire que la suite est de la même force et de la même violence n’est pas mentir ! Les trois adultes sont pareillement dans l’incompréhension du geste, dans l’horreur en constatant qu’il n’y a pas de remords, pas de conscience du mal qui vient d’être commis chez le jeune garçon. Mais leurs réactions divergent totalement : le grand-père se verrait bien tuer le petit – fils (et il manque l’égorger avec son couteau lors de la nuit qui suit !), le père voudrait simplement enterrer – cacher le corps et qu’on s’empresse d’oublier tout ça. Quant à Tom, lui, il voudrait au plus vite aller exposer les faits au shérif le plus proche. La cohabitation de nos quatre personnages pendant les deux jours qui suivent l’acte est étouffante, et on imagine bien quel parti un David Vann peut tirer d’un tel pitch ! Comme en outre des références sont faites avec insistance à des épisodes de la Bible (Ancien Testament en particulier), l’ensemble prend un tour qui confine parfois au mysticisme.
   
   N’empêche, dans cet acte fondateur – celui de tuer – qu’a accompli l’enfant au début du roman et qui lance celui-ci, je ne peux m’empêcher d’évoquer celui de l’enfant dans "Sukkwan Island". On ne se refait pas monsieur David Vann ?!
    ↓

critique par Tistou




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Véritable épreuve
Note :

   "Nous étions toujours occupés à tuer quelque chose, c'était comme si nous avions été mis ici-bas pour tuer"
   

   Un jeune garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille s'en vont chasser le gibier sur les terres familiales de Goat Mountain. Pour la première fois, le gamin participera à la chasse "activement", il deviendra un homme après avoir tiré son premier cerf.
   
   Mais les choses tournent au drame lorsque le gamin, à qui son père a confié la carabine, abat de sang froid un braconnier qui passait par là. Son absence de remords, sa jouissance d'avoir tué, suscitent l'horreur et posent mille questions : que faire du mort? Que faire du gosse? Le dénoncer? Porter le chapeau à sa place? Tout est envisagé, même de le faire disparaître, cet enfant aux noirs instincts. Les hommes s'affrontent, se haïssent, mais la chasse se poursuit, avec un cadavre sur les bras, au beau milieu d'une nature sauvage et écrasante...
   
   Je me demande comment je suis parvenue au bout de ce livre terrible, une véritable épreuve de lecture dont on ne ressort pas indemne. J'aime que les livres me bousculent et j'avais tellement aimé mon premier David Vann (Sukkwand Island)... ça doit être pour cela que j'ai tenu bon, en souvenir de Sukkwand Island -qui n'était déjà pas franchement rigolo- malgré l'horreur présente à chaque page- on est chez les sauvages, carrément- l'atrocité de certaines scènes (l'agonie du cerf décrite avec force détails est à hurler, de même que le rituel qui consiste à dévorer son foie et son cœur...), les réflexions métaphysiques et religieuses plombantes, un brin lassantes -le mal est ancestral et le désir de tuer remonte au origines, nous assène le narrateur devenu adulte, donc impossible de lutter, on est là pour se faire la peau- et cette écriture si particulière, si rugueuse, toute en phrases osseuses, dépourvues de verbe, une écriture qui fait ressentir tout autant qu'elle montre... on reçoit cette violence en pleine face et ça indispose (ahem...) forcément.
   
    Je ne suis pourtant pas maso. Il n'y a absolument rien de plaisant dans cette lecture mais l'auteur fait montre d'un talent exceptionnel pour décrire l'immonde, pour mettre en évidence la noirceur des êtres, certains passages sont très intenses (ce grand-père terrifiant, qu'on devine prêt à tout "tu as tué on doit te tuer...") et la fin du roman est à tomber par terre. J'aime les écrivains jusqu'au-boutistes, je les admire. David Vann, il ne fait pas dans sa culotte...
   
   Cela dit, pas sûre que j'aurai envie de le relire, en tout cas pas dans l'immédiat (je vais attendre au moins cinq ou six ans, il aura vieilli et moi aussi).
   
   Je suis sortie de ce livre complètement rincée.

critique par Une Comète




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