Lecture / Ecriture
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Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra
  Morituri
  Les agneaux du seigneur
  Cousine K
  Les hirondelles de Kaboul
  Double blanc
  L'imposture des mots
  L'attentat
  L'écrivain
  Les sirènes de Bagdad
  A quoi rêvent les loups
  Ce que le jour doit à la nuit
  La part du mort
  L’automne des chimères
  L'équation africaine
  Les anges meurent de nos blessures
  La dernière nuit du Raïs
  Dieu n'habite pas la Havane
  L'outrage fait à Sarah Ikker

Yasmina Khadra est le nom de plume (formé des deux prénoms de son épouse) de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Militaire jusqu'en 2000, ce n'est qu'en 2001, après sa démission de l'armée et à la sortie de son 14ème roman, qu'il se démasque comme étant un homme. C'est que ce 14ème roman, "L'écrivain", était d'inspiration autobiographique.

Les hirondelles de Kaboul - Yasmina Khadra

Derrière la burka, le salut d'un peuple
Note :

   Je suis entrée dans ce livre à reculons, entraînée presque malgré moi par la déferlante d'un rendement de lectures. Dans mon programme de livres, les "Hirondelles" suivaient le mythique "terres ensanglantées" paru en France dans les années 60 sous le titre insipide "d'un jardin d'Anatolie". Je poursuivais donc mon stupéfiant tour du monde des tragédies humaines à l'échelle d'un peuple ou d'une nation alors qu'il aurait peut-être mieux valu que je fasse une halte, prenne une respiration pleinement oxygénée voire peroxydée dans une bluette de Blonde literature, avant de m'engager dans Kaboul la poussiéreuse, la moribonde, l'écoeurante.
   
   Kaboul et sa fournaise dont on ne sait plus si elle est due au climat ou à la fureur talibanesque. Etre femme à Kaboul, c'est vivre dans l'antichambre de l'Enfer, c'est l'épée de Damoclès perpétuellement au-dessus de sa tête, quoiqu'on fasse ou dise. Etre femme à Kaboul, c'est être la lèpre de l'humanité. Se cacher sous peine de mort.
   
   Mussarat et Zunaira sont des Afghanes, condamnées à l'anonymat de l'étouffante burka parce qu'elles sont femmes et considérées en tant que telles, comme appartenant à un genre "inférieur". Peu importe le courage et la générosité de Mussarat, l'intelligence et la beauté de Zunaira, elles iront au supplice parce que ça ne vaut pas la peine de vivre si on ne peut plus "être", si on ne peut plus respirer qu'au travers un grillage de laine.
   
   Yasmina Khadra nous fait partager le destin de deux couples afghans : Atiq le geôlier et sa femme malade, Mussarat. Mohsen le désoeuvré fils de famille et sa merveilleuse Zunaira. Ils se croisent dans cette ville moribonde, au rythme des prêches incendiaires ou des exécutions publiques, sans se connaître avant qu'un drame ne les réunisse : la mort accidentelle de Mohsen, suite à une dispute avec Zunaira. Cette dernière en veut à son mari d'être aussi impuissant à se sortir du marasme dans lequel ils croupissent depuis l'arrivée au pouvoir des Talibans.
   
   C'est aussi l'abnégation pure en forme de don. Je me raye du monde des vivants pour te laisser vivre ce cadeau du ciel qui s'appelle "amour", mon cher mari... Ce ne sont pas les mots exacts du livre de Yasmina Khadra (je ne l'ai pas sous la main pour en recopier le style toujours magique). Mussarat incarne le sacrifice d'une femme pour sauver ce qui reste d'humain dans un homme : l'amour. Et ce, dans ce pays halluciné qu'était l'Afghanistan des Talibans.
   J'ai lu ce livre comme je m'imprègne d'un parfum, avec ses trois niveaux superposés: notes de tête, puis de coeur, et enfin de fond.
   
   Adapter cette alchimie au livre de Khadra, c'est d'abord une entrée un peu fade, presque linéaire dans l'écriture, puis la montée d'un accord alliant folie et souffrance, désespoir et abandon. Enfin, on touche le fond : le sacrifice comme une rédemption.
   
   L'auteur entamait avec ses "hirondelles" son tour du monde de l'extrémisme musulman avec une lucidité terrifiante et un talent absolu. Naturellement.

critique par Evanthia




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