Lecture / Ecriture
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Si c’est un homme de Primo Lévi

Primo Lévi
  Si c’est un homme
  Le système périodique

Primo Levi est écrivain et docteur en chimie italien, né en 1919 à Turin et mort en 1987dans la même ville.

Si c’est un homme - Primo Lévi

N’être plus rien
Note :

   Aujourd’hui j’aimerais vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, d’un livre qui m’a bouleversé, me bouleverse, parce que quoi que je fasse il a été, et sera…de l’immense tristesse ressentie dans les profondeurs de mon âme tout au long de sa lecture, et, éprouvant par moments un sentiment de honte d’en être…un homme….
   
   Je ne vous donnerais pas mon avis sur la teneur de ce récit, car je pense qu’il serait présomptueux de ma part de vouloir juger une période aussi terrible de l’histoire que celle de l’holocauste…
   Et si bien même …Que juger ? La profondeur du texte ? L’agonie du quotidien ? Cette volonté de survie pour certains ? Le choix de la mort pour d’autres ? La perversité, l’égoïsme, la générosité, l’indifférence, tous ces sentiments évoqués, vécus ou infligés, l’avilissement de l’homme tel qu’on ne peut se l’imaginer ?…Non, il n’y a rien à juger…
   
   Juste essayer de comprendre…Comprendre comment le mal a pu atteindre un tel niveau de monstruosité….Comment des êtres humains pourvus de toutes leurs facultés mentales, de leur plein gré, ou même endoctrinés, ont pu agir avec toute la force et la rage que l’on sait, dans le but de retirer toute dignité, toute vie intérieure, tout sentiment de révolte, à des hommes et des femmes…. Oter par milliers la vie d’enfants…
   
   Juste survivre…Survivre…Pour dire, crier à la face du monde pour que nul n’oublie l’impensable…
   
   
    Si c’est un homme
    Vous qui vivez en toute quiétude
    Bien au chaud dans vos maisons,
    Vous qui trouvez le soir en rentrant
    La table mise et des visages amis,
    Considérez si c’est un homme
    Que celui qui peine dans la boue,
    Qui ne connaît pas de repos,
    Qui se bat pour un quignon de pain,
    Qui meurt pour un oui pour un non.
    Considérez si c’est une femme
    Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
    Et jusqu’à la force de se souvenir,
    Les yeux vides et le sein froid
    Comme une grenouille en hiver.
    N’oubliez pas que cela fut,
    Non, ne l’oubliez pas :
    Gravez ces mots dans votre cœur.
    Pensez-y chez vous, dans la rue,
    En vous couchant, en vous levant ;
    Répétez-les à vos enfants.
    Ou que votre maison s’écroule,
    Que la maladie vous accable,
    Que vos enfants se détournent de vous.
   
    Primo Levi

   ↓

critique par Patch




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Voyage au bout de l'enfer
Note :

   Primo Levi est arrêté en pleine montagne, alors qu'il est entré en résistance dans un groupe de jeunes partisans, en décembre 1943 et se retrouve interné dans le camp de Fossoli jusqu'en février 1944, date de son arrivée à Auschwitz. Il en sortira, survivant hâve et hagard parmi les morts-vivants, lorsque les troupes russe libèreront le Lager, en janvier/février 1945....une année de cauchemars sur lesquels il est difficile de mettre des mots. C'est cette expérience inimaginable que Primo Levi retrace dans "Si c'est un homme", récit qu'il avait déjà en tête au temps du Lager, lorsqu'il fit partie du Kommando de chimie dans les labos de l'usine (il écrit ce qu'il ne peut dire sur des bouts de papier qu'il détruit aussitôt). Un témoignage et un regard sans concession sur les atrocités perpétrées par des hommes sur d'autres hommes: la vie quotidienne du Lager, plus impitoyable qu'au coeur de l'Enfer, où les vies ne sont qu'en sursis, où les hommes n'ont d'avenir que dans la journée passée, où le temps n'existe plus, où l'humanité se désagrège pour laisser place à une effroyable indifférence vis à vis de son prochain. Les rituels cruels de l'appel, de la distribution de soupe (les prisonniers, à leur arrivée, sont dépouillés de tout et n'ont même pas une cuiller pour avaler leur pitance... la déshumanisation commence par la disparition des vêtements, des cheveux, du nom - remplacé par un numéro tatoué comme sur le bétail - puis l'absence d'ustensile pour manger!), les départs, en rang, pour le travail, accompagnés par l'orchestre, les sélections qui envoient les "choisis" vers les fours crématoires, les trafics entre prisonniers, les séjours à l'infirmerie ou la description d'une journée de labeur au coeur de l'hiver polonais, rythment la vie des Häftling. Ce qui est absolument inouï, c'est l'amour immodéré des nazis pour les règlements, absurdes si possible, les chiffres, les récapitulatifs, les listes, la comptabilité et l'administratif: rien n'est laissé au hasard, tout a une utilité, une place, une fonction!
   
   "Nous connaissons déjà en grande partie le règlement du camp, qui est incroyablement compliqué; les interdictions sont innombrables interdiction de s'approcher à plus de deux mètres des barbelés ; de dormir avec sa veste, ou sans caleçons, ou le calot sur la tête; d'entrer dans les lavabos ou les latrines "nur fur Kapos" ou "nur fur Reichsdeutsche"; de ne pas aller à la douche les jours prescrits, et d'y aller les jours qui ne le sont pas; de sortir de la baraque la veste déboutonnée ou le col relevé; de mettre du papier ou de la paille sous ses habits pour se défendre du froid de se laver autrement que torse nu."

   
   Levi évoque cela par petites touches, dressant au final un tableau d'une noirceur sans nom qui fait frissonner d'un immense effroi. Comment cela a-t-il pu être possible? Comment une société peut-elle mettre en place un système concentrationnaire voué à l'éradication d'hommes, de femmes et d'enfants, le tout au coeur d'une logistique à l'extrême précision et efficacité?
   
   Le récit de la souffrance, de l'ignominie est écrit à la manière d'un documentaire: c'est ce qu'a voulu Levi, montrer, par la distanciation de son écriture, la réalité d'un système de destruction. Levi regarde, a posteriori, le Lager de façon presque clinique: des faits, des descriptions, des remarques objectives, moyens nécessaires pour poser l'extrême gravité de ce qui s'est déroulé dans ces camps d'extermination. Parfois, le lecteur a le sentiment que l'auteur est extérieur à ces photographies du quotidien, tant le recul est grand pour apporter plus de force encore au récit.
   
   On sent que Levi s'accroche à la moindre parcelle d'humanité qu'il a en lui et qu'il voit dans ses compagnons de misère pour survivre jusqu'au lendemain, pour conserver le peu de dignité que les nazis ont laissé à leurs victimes. C'est cela qui le maintient à l'état d'homme, c'est cela qui lui évite de franchir la fragile frontière séparant l'homme de l'animal. A un moment du récit, Levi fait d'ailleurs allusion, avec une ironie terrible et délicieuse, à la formidable occasion offerte par ce système concentrationnaire, unique dans l'histoire de l'humanité (le Goulag se trouvant à un degré moindre d'horreur psychique), d'effectuer, grandeur nature, une étude psycho-ethno-économico-sociologique d'une micro société!
   
   "Si c'est un homme" est une oeuvre dans laquelle l'autobiographie se mêle à la description dénuée d'émotion, de jugement ou de désir de vengeance, une lecture que l'on reçoit tel un coup de poing en pleine figure, une lecture glaçante sur un univers qui relève de l'inimaginable et qui fut la réalité d'un peuple. On en sort laminé par tant d'horreurs orchestrées, par tant de tortures tant physiques que psychologiques (à tel point que l'on peut se demander si les premières ne sont pas moins douloureuses que les secondes) perpétrées cliniquement, industriellement et scientifiquement par les nazis.
   
   Je n'avais encore jamais lu "Si c'est un homme", mais j'avais déjà visité un camp de concentration, celui de Dachau, lorsque j'étais au collège, puis visionné, au lycée (j'étais en 2nde) le film "Nuit et brouillard": le récit de Primo Levi m'a bouleversée au plus haut point, mettant une voix et un témoignage sur ce que j'avais pu voir à Dachau.
   
   Un livre incontournable pour tenter de saisir l'essence d'une idéologie mortifère, celle du nazisme, un livre pour ne rien oublier des atrocités commises au nom de cette idéologie, un livre pour éloigner ce bacille d'une peste noire toujours prête à renaître de ses cendres, en endossant des habits plus respectables mais tout autant nocifs pour l'humanité.
   
   NB: l'appendice au récit est à lire et méditer!
    ↓

critique par Chatperlipopette




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Analyser le danger
Note :

   Au rayon Témoignages, ce livre est un incontournable. Non pas encore un livre sur la Shoah et les camps, mais il est plutôt Le Livre, l’un des premiers écrit et publié — dès 1947— accueilli pendant plus d’une décennie par un silence général, une volonté d’occultation qui a causé les ravages que l’on sait, et peut-être à long terme une des causes de la disparition tragique de son auteur.
   
   Ce qui confère au témoignage de Primo Levi un caractère tellement particulier tient dans la réflexion qui sous-tend chaque fait rapporté. Le récit des souffrances et des humiliations subies est transmis en même temps que la recherche de sens, non pas du pourquoi elles sont infligées, mais du pourquoi et comment les supporter et résister à leur pouvoir dévastateur.
   Page 18 : "Nous découvrons tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu. Les raisons qui empêchent la réalisation de ces deux états limites sont du même ordre : elles tiennent à la nature même de l’homme, qui répugne à tout infini. Ce qui s’y oppose, c’est notre connaissance toujours imparfaite de l’avenir ; et cela s’appelle, selon le cas, espoir ou incertitude du lendemain."
   Ce paragraphe qui figure dans les premières pages du témoignage de Primo Levi éclaire le sens de ce récit volontairement épuré de tout pathos, alors même que les faits précisément retranscrits confinent à l’horreur absolue, à la barbarie érigée en système, à la folie humaine légitimée, autorisant les crimes de masse qui nous font encore frémir.
   
   Arrivé au camp d’Auschwitz – Monowitz fin février 1944, Primo Levi déroule avec une précision "scientifique" l’organisation de la vie au Lager. Par chance, il fait partie de ceux qui sont retenus pour travailler et avec ses compagnons d’infortune, il s’adapte à la faim, au froid, à la torture quotidienne du manque, à la promiscuité des couchettes occupées à plusieurs, au bruit des autres pensionnaires du dortoir, aux vols à répétition qui n’en sont plus dès lors que ce sont des actes de survie.
    Page 111 : "Aujourd’hui est une bonne journée. Nous regardons autour de nous comme des aveugles qui recouvrent la vue, et nous nous entre-regardons. Nous ne nous étions jamais vus au soleil : quelqu’un sourit. Si seulement nous n’avions pas faim !
   Car la nature humaine est ainsi faite, que les peines et les souffrances éprouvées simultanément ne s’additionnent pas dans notre sensibilité, mais se dissimulent les unes derrière les autres par ordre de grandeur décroissante selon les lois bien connues de la perspective. Mécanisme providentiel qui rend possible notre vie au camp."

   
    Primo Levi était un humaniste. Né en 1919, il n’a découvert sa judéité qu’à travers la discrimination des lois antijuives qui apparaissent dès 1938 dans l’Italie de Mussolini. C’est dire que l’ouverture d’esprit hérité de ses parents ne l’avait pas préparé à la soumission. Ingénieur Chimiste, à vingt-quatre ans, il entre en Résistance en 1943, mais comme il l’a clairement exprimé tout au long des conférences et interventions de la dernière partie de sa vie, il ne s’est jamais rangé du côté de la rébellion physique. S’il a tenu le coup, lui, dans les conditions où tant d’hommes sont morts autour de lui, cela tient à la chance, mais aussi à cette capacité de réflexion qui lui permet d’analyser le danger, de l’amadouer en comprenant sa nature, de contourner l’animalité que l’extrême dénuement fait réapparaître en nous.
   Page 20 : "Rares sont les hommes capables d’aller dignement à la mort, et ce ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attendrait. Bien peu savent se taire et respecter le silence d’autrui."
   

   Aussi importantes sans doute que ce récit pourtant très incisif, les réflexions annexes à cette édition Pocket retirée en 2014, nous permettent de mieux comprendre le message et les leçons que cet homme a su mettre en évidence. Chaque lecteur aborde évidemment ce livre avec sa propre expérience de la vie et ses engagements individuels, mais il me semble que la vision et la compréhension de l’Humanité que nous livre ici Primo Levi constituent un axe de pensée auquel il serait bon de se référer souvent, surtout en cette période. D’ailleurs, n’a-t-on pas récemment repris cette phrase de Heinrich Heine, poète juif allemand du XIXème siècle, cité par Levi page 306 : "ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes". Paroles prophétiques et glaçantes, qui n’ont rien perdu de leur brûlante actualité.
   
   Page 293 : "Les Lager nazis ont été l’apogée, le couronnement du fascisme européen, sa manifestation la plus monstrueuse ; mais le fascisme existait déjà avant Hitler et Mussolini, et il a survécu, ouvertement ou sous des formes dissimulées, à la défaite de la seconde guerre mondiale."
   
   À la question récurrente concernant les causes du développement de l’antisémitisme, Primo Levi apportait cette réponse en 1976 :
   "L’aversion pour les Juifs, improprement appelée antisémitisme, n’est qu’un cas particulier d’un phénomène plus général, à savoir l’aversion pour ce qui est différent de nous. (…) L’antisémitisme est un phénomène typique d’intolérance . pour qu’une intolérance se manifeste, il faut qu’il y ait entre deux groupes en contact une différence perceptible : ce peut-être une différence physique (…) Mais notre civilisation compliquée nous a rendu sensibles à des différences plus subtiles, comme la langue et les dialectes (…) Ou bien la religion avec toutes ses manifestations extérieures et sa profonde influence sur la manière de vivre, ou encore la façon de s’habiller et de gesticuler, les habitudes publiques et privées."

   
   N’est-elle pas plus que jamais une analyse aiguë de notre société au tournant du troisième millénaire ?
    ↓

critique par Gouttesdo




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Nuit et brouillard
Note :

   Il existe quelque part un devoir de lecture. Et il y a des livres pour cela. Cela dépasse la simple distraction, cela va au-delà même d’une prise de conscience, cela est l’âme humaine.
   
   Lorsque Primo Levi revient des camps de la mort, il couche sur des feuilles l’indicible. Cela lui est vital. Comme l’envie d’écrire de tout écrivain et cela la dépasse en même temps. Se projeter par les mots, se psychanalyser par les phrases, exister au long des chapitres. Mais ce besoin qu’a Primo dépasse l’entendement. Publié deux ans après être revenu de l’enfer sur terre, le livre ne connait pas le succès immédiat comme on pourrait pourtant aisément l’imaginer. En 1947 le monde n’est pas prêt à écouter le témoignage de l’inimaginable. Il faudra attendre dix ans de plus pour que la mémoire puisse se construire.
   On a quasiment tout dit sur ce récit.
   
   La force de cette confession est qu’elle évite habillement à la fois de tomber dans le mélodrame facile de sentiments exacerbés et un côté revanchard empli de vengeance.
   Il n’y a donc pas de sentiments dans le livre de Primo Levi. Pas de cœur, juste la raison.
   Et c’est parfaitement normal puisque le chimiste italien revient d’un monde inhumain. Ce ne sont plus des hommes mais des nombres (comme le chanterait plus tard le poète). Plus d’identité, plus de sentiments, juste une envie de vivre.
   
   Envie? De vivre? Même pas. Les mots n’existent plus dans les camps. On aboie des ordres mais personne ne les comprend vraiment. Auschwitz est une véritable tour de Babel. L’Europe juive et opposante au nazisme s’y retrouve, déshumanisée. Primo devient le matricule 174 517 puisqu’il n’est plus un homme, on ne lui donne pas de cuillère puisque, devenu moins qu’un chien errant, il n’en a pas besoin pour laper une soupe transparente. Telle est la logique nazie.
   
    Tout le monde se souvient des images intolérables du documentaire d’Alain Resnais. Mais ce que décrit Primo Levi n’est pas la Shoah. Lui fait partie d’un Lager, un camp de travail où les Häftling (prisonniers) sont utilisés à des travaux pénibles et souvent sans intérêt. On n’y extermine personne, mais on effectue périodiquement des sélections (vers les camps d‘extermination), histoire de faire de la place aux nouveaux transferts (déportation). Le froid, l’épuisement, la maladie font leur part de travail aussi. Car il ne s’agit là non plus de haine (cela s’est décidé en haut-lieu), on se contente d’observer les objectifs (en ce qui concerne la solution finale) ou de gérer l’ingérable. Le vocabulaire nazi enrobe l’innommable de nouveaux mots pour transformer, cacher l’ignominie globale. Primo Levi raconte le quotidien des camps avec une simplicité confondante, ce qui en fait sa force. Pas d’effet de manches. Pas besoin. Ce témoignage écrit sans passion avec les mots simples de tous les jours, sans fioritures, touche directement au cœur, justement. Pas à la raison. Tout cela est incompréhensible. Il est d’ailleurs aisé aux négationnistes de plaider leur vision immonde de ces années-là : on ne peut raisonnablement y croire. Qu’un homme, pas même le style aryen qu’il vénère, soutenu par un pays tout entier dévoué à sa cause (tout entier, vraiment?), ai pu envoyer six millions de personnes à la mort parce que… parce qu’ils étaient des hommes et des femmes, même des enfants, tout simplement. Ce qui frappe, passé l’horreur de la découverte du témoignage, c’est la réussite totale du système : des moins qu’hommes ne faisant qu’ exécuter des ordres inhumains sont parvenus à inventer une nouvelle race : des sous-hommes, à l’image d’Elias que Primo Levi dépeint avec justesse. Celui-là survivra. Les trop faibles physiquement mais surtout les trop humains moralement sont voués à une fin rapide. Moins que des bêtes. Si j’avais une question à poser à ceux qui sont revenus, ce serait de leur demander s’il était possible et à quel prix de redevenir un homme.
   
   On n’en finira jamais de découvrir l’horreur absolue et les moyens mis en place par des ombres d’homme pour échapper à cette machine ignoble : je viens d’apprendre qu’un italien, Francesco Lotoro, a recensé et reconstitué toute la musique composée dans les camps. Cela représente l’équivalent de 40 compact discs. Vous avez bien entendu! Cela signifie que, plongé dans le non-sens le plus immonde, des hommes ont lutté avec leurs propres armes, des notes contre la barbarie. Des artistes pour qui leur art était plus vital qu’une soupe transparente.
   
   La lecture de ce livre est donc souhaitée. A plusieurs reprises même, comme des piqûres de rappel en ces temps de Trumpetisation de l’Amérique et autres folies des hommes qui perdurent malgré un soit disant progrès social. Car le ventre d’où est sorti cette bête immonde est encore fécond (comme le disait si bien le dramaturge). "Si c’est un homme" n’est pas une légende (tout cela a réellement existé, pas si loin de chez nous) et n’est pas figé dans un passé révolu. Pour ne pas oublier. Ne jamais oublier.

critique par Walter Hartright




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