Lecture / Ecriture
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Chroniques transylvaines de Miklós Bánffy

Miklós Bánffy
  Chroniques transylvaines

Miklós Bánffy est un aristocrate hongrois, homme politique et écrivain, né en 1873 et décédé en 1950.

Chroniques transylvaines - Miklós Bánffy

Dans la Transylvanie d'avant 1914
Note :

    Chronique transylvaine est composé de trois volumes aux titres révélateurs : "Vos jours sont comptés", "Vous étiez trop légers", "Que le vent vous emporte" inspirés d'une prophétie de Daniel (mise en exergue) qui prédit la chute de Babylone assiégé par Cyrus. La fin d'un monde, c'est donc le thème de cette chronique dont le récit court sur dix années de 1904 à 1914. L'action se déroule entre Budapest et la Transylvanie qui appartient alors à la Hongrie et fait partie de l'empire austro-hongrois. Banfly fait le portrait d'une noblesse hongroise frivole, insouciante, égoïste, peu clairvoyante, qui dépense sa fortune dans des fêtes somptueuses, une noblesse qui ne pense qu'à s'amuser quitte à vivre au-dessus de ses moyens : bals, réceptions, chasses à courre, opéras, duels, luxe ostentatoire… il montre aussi l'impéritie des hommes politiques et le marasme dans lequel ils tombent, tant ils sont incapables d'analyser une situation à l'échelle internationale, tant ils sont divisés, tellement préoccupés de faire triompher leur avis au détriment d'une analyse sérieuse de la situation, tellement soucieux de leur carrière, de leur succès, qu'ils ne voient pas le gouffre ouvert sous leurs pieds. Il s'agit donc de la fin de la noblesse mais aussi de celle d'un empire. Après la défaite de 1918, l'empire austro-hongrois sera démantelé par le traité de Trianon en 1920. La Hongrie retrouve son indépendance mais est amputée d'une part de ses territoires, en particulier de la Transylvanie annexée à la Roumanie.
   
   Pour lire le livre, il faut d'abord accepter de se perdre un peu et j'avoue que c'est très difficile de rentrer dans cette analyse complexe qui détaille le passé et le présent du gouvernement hongrois, les différentes tendances, les enjeux politiques, mais qui montrent aussi le sort des minorités dans cet empire, en particulier des Roumains de Transylvanie. Toutes les péripéties de l'histoire des Balkans nous sont racontées qui vont nous amener inexorablement vers l'apocalypse de 14-18.
   
   Mais on s'accroche et on se passionne pour les personnages qui nous amènent dans cette aventure : le Comte Balint Abady est un jeune homme qui s'engage dans la politique avec un enthousiasme juvénile et sincère. Comme tous les jeunes gens de bonne famille il a fait ses études à Vienne. Il se déplace désormais entre son domaine transylvain et Budapest où, élu député, il nous introduit dans la sphère politique. Il va rencontrer beaucoup de difficultés quand il veut venir en aide aux paysans exploités par la bourgeoisie roumaine, notables qui s'enrichissent sur leur dos à force de malversations.
   
   Il est amoureux de la belle Adrienne, un amour impossible car celle-ci est déjà mariée avec un homme inquiétant et menaçant, Pat Uzdy. Le cousin de Balint, Lazlo est orphelin de père et abandonné par sa mère et s'il est reçu par ses tantes qui occupent une haute place dans la société, il est considéré comme le parent pauvre. Occasion de découvrir toutes les nuances de hiérarchie et de préséance de cette société arrogante et futile qui jugent les gens sur leur titre et leur fortune. C'est pourquoi Laszlo va être éconduit quand on découvre l'amour qu'il voue à sa cousine Klara et réciproquement. Deux histoires d'amour contrarié dont je ne vous dis pas l'issue mais qu'on lit avec plaisir.
   
   Si l'on suit ces personnages principaux tout en s'attachant à eux, il faut savoir que gravite tout autour d'eux une foule de personnages, parents, amis, épouses, maîtresses, notables, politiciens, mais aussi hommes du peuple, toutes classes sociales représentées, des personnages hauts en couleur, intéressants, parfois étonnants, qui nous font pénétrer dans la vie et dans les mentalités des Hongrois de cette époque.
   
   
    Et si Miklos Banffy nous entraîne dans la tragédie, solitude, suicide, folie, maladie, pauvreté, souffrances morales, il sait aussi manier l'humour comme dans le deuxième volume où certaines scènes sont dignes d'une comédie : ainsi la petite Margit qui embobine le pauvre Adam amoureux de sa sœur Adrienne et sous prétexte de le consoler le met dans la poche et se fait épouser! Ou l'épisode de la vache volée, ou encore le duel qui se prépare au nez et à la barbe du comte d'Eu venu prêcher la fin… des duels! Miklos Banffy est un bon conteur et rend son récit véritablement passionnant.
   
   Il faut y ajouter la découverte de la Transylvanie, de ses châteaux pittoresques, de ses forêts à perte de vue, de ses réveils frais au petit matin dans la montagne, un beau sentiment de la nature que Balint partage avec nous, vision d'une cascade figée par le gel, approche de l'automne, rencontre privilégiée d'un cerf majestueux au milieu de cette nature sauvage. C'est garanti, après la lecture du livre, vous avez une furieuse envie d'aller visiter la Transylvanie!
   
   
   Et puis il y aussi la coloration nostalgique du roman, un constat d'échec qui m'a fait penser au Guépard de Lampédusa. Miklos Banffy sait bien de quoi il parle puisqu'il pourrait être Balint Abbady. Noble, monarchiste et hongrois avant tout, il a cependant un regard attentif envers les minorités qui peuplent la Transylvanie. Il pense qu'une entente est possible à condition de faire les premiers pas dans leur direction. Il est libéral, modéré et surtout lucide. Il porte un regard amer sur cette société décadente qui n'a pas su prendre conscience du danger, trop avide de fêtes et de distractions et a roulé inexorablement dans le néant.
   
   Sachez qu'il s'agit d'un gros "pavé" : 750 pour le 1er volume, 600 pour le second, et 420 pour le troisième. S'il y a eu des moments où j'ai peiné sur les explications politiques, je dois dire que j'ai lu le livre en un temps record car il est très difficile de le lâcher. Alors, si vous avez du temps devant vous, n'hésitez pas!
   
   
    Trilogie Chroniques transylvaines :
   
   1 - Vos jours sont comptés
   2 - Vous étiez trop légers
   3 - Que le vent vous emporte
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critique par Claudialucia




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Un monde disparu
Note :

   Miklos BANFFY (1873-1950). Issu d’une vieille famille aristocratique de Transylvanie dont les ancêtres ont toujours été associés au destin de la Hongrie, il a, dans sa "Chronique transylvaine", conté avec brio la fin de l’aristocratie à la veille de la première guerre mondiale, incapable de voir l’état de l’Empire austro-hongrois en butte aux revendications nationalistes qui mèneront à l’assassinat du prince héritier à Sarajevo. Ces vieilles familles de Transylvanie, propriétaires de châteaux et de grands domaines, aveuglées par l’assurance qu’elles résisteront au temps et aux aléas de l’Histoire, ont conscience de leur supériorité face aux Hongrois qu’ils dédaignent et à l’Autriche qu’ils exècrent. La Transylvanie, une principauté indépendante, qui reviendra à la Roumanie après le partage de l’Empire.
   
   Cette chronique commence en 1904 et se termine en 1914, dix ans au cœur de la Mitteleuropa. Politique, intrigues, passions, vie mondaine, Miklos Banffy fait revivre à travers le destin du comte Balint Abady un monde disparu dans ses trois romans : Vos jours sont comptés, Vous étiez trop légers, Que le vent vous emporte, parus chez Libretto.

critique par Michelle




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