Lecture / Ecriture
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Quand les anges tombent de Jacques-Olivier Bosco

Jacques-Olivier Bosco
  Loupo
  Quand les anges tombent
  Le Cramé
  Aimer et laisser mourir

Jacques-Olivier Bosco est un écrivain français né en 1967. (Pas de rapport avec Henri Bosco)

Quand les anges tombent - Jacques-Olivier Bosco

Tenter de sauver ce qui peut l'être encore
Note :

   Un avion s'écrase sur la prison d'Eiffenseim en Alsace ne faisant aucun rescapé parmi les passagers et causant la mort de gardiens et de prisonniers. Parmi eux, Vigo Vasquez, condamné à la perpétuité pour le meurtre d'enfants. Du moins croit-on qu'il est mort, car les enlèvements très ciblés de cinq enfants, ceux de Rollin l'ancien directeur de la police devenu préfet-adjoint, de Lauterbach le commissaire ayant arrêté Vasquez, de Vittali le témoin l'ayant reconnu, de Tranchant le juge pendant le procès et de Nathalie Ruiz l'ex-avocate de Vasquez, font naître des soupçons dans les esprits de tous. Lorsque le préfet Rollin réunit tous les parents et leur dit que Vigo Vasquez n'est pas mort dans le crash et que c'est lui qui a enlevé leurs enfants, et qu'il ne les libèrera que contre l'abandon des charges sur ces infanticides, chacun se remet en question sur sa participation à l'arrestation et se demande si les erreurs -voire plus- commises à ce moment-là ne ressurgissent pas aujourd'hui.
   
   Je suis un peu sec à l'heure d'écrire mon article, parce que dans la rapidité de l'action, je n'ai noté aucune page, aucun extrait à citer, qui souvent m'aident à me structurer. Je n'ai pas eu le temps. Car même moins rapide, ce roman de JOB est du style de ceux qu'on ne lâche pas, diablement efficace.
   
   Un polar de Jacques-Olivier Bosco (JOB) c'est d'abord du rythme (cf. Le Cramé, Aimer et laisser mourir, Loupo). Mais cette fois-ci, le rythme s'il est toujours présent est moins haletant, le romancier prends plus son temps pour installer une histoire, des personnages, un scénario. Ça va très vite au départ, très vite à la fin, et entre les deux, chaque protagoniste a droit à un traitement de faveur. JOB alterne les points de vue. Chaque chapitre est la vision d'un parent, d'un enfant, d'un gangster sur l'affaire en cours mais aussi sur les événements qui les ont amenés jusqu'à celle-ci. Beaucoup d'intervenants, mais chacun est bien identifié et aucun risque de se perdre entre eux ; moi qui ai du mal avec les romans aux multiples personnages, ce ne fut pas le cas ici, et même cette profusion sert le récit, permet d'en apprendre un peu plus par divers canaux. Chaque personnage bénéficie d'une description physique et psychique, même les moins exposés. Ils viennent de tous horizons, ont eu des parcours chaotiques ou de privilégiés. L'enfance et l'éducation qu'on a reçue sont primordiales pour notre vie d'adulte. Le ressort de l'enfance malheureuse est souvent exploité dans les romans ou les films policiers, pour faire de tel ou tel personnage un monstre. JOB parle aussi des enfants maltraités et des conséquences sur leurs vies d'adultes, sans pour autant que l'on excuse leurs comportements ; ce sont des explications, des circonstances atténuantes qui peuvent éclairer un comportement, des pulsions. Mais il a aussi l'intelligence de mettre en face des adultes de bonne éducation, qui par leur agissements, leur ambition, leur égoïsme font autant de mal aux autres. Pas de manichéisme donc, un peu de stéréotypes, mais il en faut pour forger des personnages puissants, des traits de caractère forts.
   
   Si ce roman est moins rapide que les autres du même auteur, il n'en reste pas moins que l'action est bien présente, souvent violente. Pas de chichi, JOB ne fait pas dans le délicat et le thé servi à 17h avec le petit doigt en l'air. Ça crashe, ça explose, ça canarde, ça frappe. Mais rien n'est gratuit, ce n'est pas de la violence pour le plaisir de la décrire, d'ailleurs les amateurs d'hémoglobine seront déçus, car elle ne dégouline pas des pages. Moi, je suis ravi, parce que je n'aime pas le rouge sang à toutes les pages. Ces actes brutaux servent le propos de l'auteur et sont indissociables de ses personnages que l'on n'imagine pas agir d'une autre manière. Mais il y a aussi l'autre violence, celle plus sourde de l'indifférence, du mépris et de l'égoïsme allié à l'ambition qui font autant de mal que les coups. La férocité de ceux qui ont le pouvoir et l'argent envers ceux qui n'ont rien ou si peu. 
    
   Pour conclure, voici un excellent polar de JOB qui montre qu'il sait bâtir des histoires et des personnages forts, que son créneau n'est pas seulement les récits rapides dans lesquels le rythme prime. En le baissant un petit peu, il laisse voir un réel talent pour forger des personnages et les relations entre eux pour construire leurs histoires qui les amènent à commettre parfois l'irréparable ou à tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Et tout cela en gardant un tempo qui fait que l'on est bien incapable de fermer le livre avant sa toute fin, ce qui reste quand même une très grande qualité de JOB.

critique par Yv




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