Lecture / Ecriture
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Femme nue jouant Chopin de Louise Erdrich

Louise Erdrich
  Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse
  L'épouse antilope
  La malédiction des colombes
  La chorale des maîtres bouchers
  Ce qui a dévoré nos cœurs
  La consolation des grands espaces
  Le jeu des ombres
  La décapotable rouge
  Dans le silence du vent
  Femme nue jouant Chopin
  Le Pique-nique des orphelins

Karen Louise Erdrich est une écrivaine née en 1954 aux États-Unis, se rattachant au mouvement Native American Renaissance.

Femme nue jouant Chopin - Louise Erdrich

16 nouvelles qui font battre nos cœurs
Note :

   "Il y a un style de femmes qui, bien qu'ayant été ravissantes toute leur vie, connaissent une éruption de folle splendeur à l'approche de la cinquantaine."
   
   Quand un texte commence de manière aussi parfaite (pour moi), c'est le gage qu'une excellente lecture s'annonce . Promesse tenue -et haut la main- par ce recueil de 16 nouvelles aux ambiances très diverses mais caractérisées par la tension parfois juste insoutenable qui les anime et la capacité de Louise Erdrich à se glisser aussi bien dans la tanière d'une Goth Lolita gothique que dans l'intimité d'un couple de scientifiques vieillissants .
   
   La nature est forcément toujours aussi présente et l'on croise dans ces textes aussi bien des antilopes, des loups, des bisons, des chats, des chiens que des corbeaux. Et comment ne pas aimer une auteure qui fait dire à l'une de ses narratrices : "Les corbeaux sont les oiseaux qui me manqueront le plus quand je mourrai. Si seulement les ténèbres dans lesquelles nous devons plonger notre regard étaient composées de la lumière noire de leur souple intelligence.(...) J'ai observé ces oiseaux avec tant d'attention que je sens leurs plumes noires pointer sous ma peau."
   
   Mais, bien évidemment, ce sens de l'observation, Erdrich l'exerce aussi l'égard des humains. Et leur comportement interpénètre souvent celui de la Nature, dont il emprunte parfois les ruses et parfois aussi la cruauté. Cruauté souvent adoucie par la compassion qui prend alors les chemins les plus étranges, les plus tortueux. Ainsi dans la nouvelle "Le lait paternel" dont je vous laisse découvrir toute la tendresse et la violence mêlée.
   
   Qui manipule, qui est manipulé? Erdrich semble sourire du comportement de ses personnages mais ne jamais s'en moquer, n'hésitant pas à ajouter quelques touches de fantastique ou d'humour dans les situations les plus tendues . Ainsi ce dialogue improbable dans un magasin d'armes :
   "Exercices de tir?
   -Non. je dois tuer un mec qui fait du yoga.
   -Défense du domicile alors."

   à noter que L'auteure choisit, en faisant un pas de côté au moment opportun, d'éviter le pathos et/ou les situations prévisibles.
   
   On trouve aussi dans ce recueil la course poursuite la plus lente et néanmoins la plus intense que j'aie jamais lue, le récit d'une amitié féminine, sereine, par-delà la douleur (un texte magnifique), des femmes, des hommes d'âges différents, Indiens ou non, contemporains ou pas, mais qui tous nous émeuvent, font battre nos cœurs et nous donnent tout à la fois envie de savoir vite, vite, ce qui va leur arriver et simultanément envie de retarder le plus possible le moment de les quitter. Quant au style de Louise Erdrich, il est sensuel, analyse au plus intime les sentiments, très imagé et sonne juste. Un vrai et grand coup de cœur!
   
   Et zou, sur l’étagère des indispensables!
   
   367 pages intenses.
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critique par Cathulu




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Aux limites de l'étrange
Note :

   "Agnès DeWitt était trop jeune pour comprendre le don précieux qu'elle partageait avec Berndt. Elle possédait avec tant de facilité un amour que la plupart des humains ne rencontrent jamais, et pour lequel ceux qui en connaissent l'existence sont tout prêts à mourir ou à devenir fous. Or elle n'avait rien fait de plus que d'arriver jusque dans la grange d'un brave homme qui avait un talent singulier pour la tendresse quotidienne autant que pour les tonalités les plus profondes de l'amour humain".
   

   Seize nouvelles composent ce recueil, nouvelles qui s'étalent sur plusieurs années et ont été publiées dans différentes revues. Certaines ont été développées ensuite dans un roman.
   
   On retrouve ici l'univers de l'auteure, celui des Améridiens dépossédés de leurs terres et de leur culture, mais dont les vieilles traditions surgissent encore aux moments les plus inattendus. L'amour est très présent dans ces nouvelles, l'amour de la nature et celui des humains, souvent teinté de cruauté et d'une nuance de fantastique où les animaux ont une place de choix.
   
   Si quelques nouvelles m'ont paru plus faibles au milieu du recueil, j'ai lu les dernières dans une tension soutenue. Que ce soit la dramatique disparition d'une petite fille (Le châle), la maladie et l'amitié indéfectible entre deux femmes (La femme du boucher), la recherche d'une mère biologique (La future maison du Dieu vivant), le découverte d'un tambour de valeur (Le tambour peint), l'auteure excelle à rendre une ambiance aux limites de l'étrange, tout en restant bien ancrée dans la réalité.
   
   Un recueil que j'ai aimé et que je recommande si vous appréciez l'univers de l'auteure. Pour la découvrir, mieux vaut commencer par un roman.

critique par Aifelle




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