Lecture / Ecriture
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Un cœur simple de Gustave Flaubert

Gustave Flaubert
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  Mémoires d’un fou

Gustave Flaubert est un écrivain français né à Rouen en 1821 et décédé en 1880.


* On peut voir les fiches "Du roman considéré comme un des beaux-arts" de Henry James ou "Gustave Flaubert Une manière de vivre" de Pierre-Marc de Biasi, "Flaubert à 20 ans" de Louis-Paul Astraud et "L’idiot de la Famille" de Jean-Paul Sartre.

O. Frébourg lui aussi a fait un roman de la vie de Gustave, si vous aussi vous vous demandez où est passé Loulou (le perroquet d'Un coeur simple), c'est et si c'est Berthe (la fille d'Emma) que vous cherchez, c'est ici.

Et pire encore, si vous vous interrogez sur la mort d'Emma, vous pouvez mener une "Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary" ou explorer la BD "Gemma Bovery"

Un cœur simple - Gustave Flaubert

Bondieuserie
Note :

   « Un coeur simple » est le premier des trois contes du recueil « Trois contes » de Gustave Flaubert. Je n’ai lu pour ma part que ce « conte », qui m’a paru bien loin des émotions que m’avait procurées « Madame Bovary ».
   On est pourtant dans une veine similaire ; sociologie dans le bocage normand, mais d’intrigue point.
   
   Le coeur simple, c’est Félicité, la bonne d’une famille normande aisée. Flaubert nous déroule linéairement sa vie, faite de dévouement et de religiosité galopante (et puis c’est bien tout).
   Alors il y a, c’est vrai, le style Flaubert, ses descriptions qui nous permettent de dire : « J’y étais », mais sans les ressorts passionnels de Madame Bovary, moi le coeur simple m’a paru bien simple.
   
   Il me semble que dans le genre Guy de Maupassant a fait beaucoup mieux.
   
   Oui, je dois le reconnaître, je me suis un peu ennuyé avec ce coeur simple. Désolé, Félicité !
    ↓

critique par Tistou




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Aimer
Note :

   Il paraît que Flaubert mit un mois à rédiger les dix premières pages de ce Cœur simple avant qu’enfin la chose «démarre» et que la suite vienne plus rapidement, c'est-à-dire pas trop vite non plus, le maître prenait le temps d’écrire.
    En tout cas, s’il mit sans doute ses nerfs à rude épreuve ce premier mois ne fut pas perdu car vraiment dès ces premières pages et même, à vrai dire, dès les premières phrases, la beauté superbe du style éclate. Nous envoûte et ne nous lâchera plus.
   
   «Un cœur simple » est le second des trois contes dont Flaubert voulait faire un recueil. Son projet était qu’un de ces contes soit situé dans l’antiquité (Hérodias), un au Moyen Age (La légende de saint Julien l’Hospitalier) et un à sa propre époque. Pour son époque, il choisit l’histoire de Félicité, la servante normande. L’on sait par ailleurs qu’au départ, ce n’était pas l’histoire de la femme qui devait être le centre du récit, mais celle du perroquet, puis, chemin faisant, l’angle de vue se déplaça et la vedette revint à Félicité qui « Pour cent francs par an, (elle) faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, qui cependant n'était pas une personne agréable. » Bien que son rôle restât primordial, le perroquet quant à lui n’apparut plus que dans le dernier tiers.
   
   Ce qui est beau chez Flaubert (hormis son écriture dont il est inutile de parler davantage tant son extraordinaire qualité s’impose) ce qui est beau donc, c’est cet espèce de soupçon d’ironie que nous avons souvent en le lisant. Est-il absolument sérieux, sourit-il, quand il nous explique les indiscutables ressemblances entre Loulou et le Saint Esprit ? Est-il absolument serein, raille-t-il, quand il nous présente les différences entre les deuils d’un enfant pauvre et celui d’un enfant bourgeois ? Est-ce comique ou atroce lorsque la mourante aveugle embrasse le perroquet qu’elle croit splendide et qui est en fait envahi de vermine ? Flaubert ouvre, il ne ferme rien.
   
   Que nous dit-il en fait de la vie de Félicité ? Est-elle dramatique, triste, grotesque et risible ? Risible, on le dirait bien lorsqu’elle apporte elle-même l’animal mort chez l’empailleur en un long périple pénible et dangereux, mais voilà qu’ «Arrivée au sommet d'Ecquemauville, elle aperçut les lumières de Honfleur qui scintillaient dans la nuit comme une quantité d'étoiles ; la mer, plus loin, s'étalait confusément. Alors une faiblesse l'arrêta ; et la misère de son enfance, la déception du premier amour, le départ de son neveu, la mort de Virginie, comme les flots d'une marée, revinrent à la fois, et, lui montant à la gorge, l'étouffaient. »
   En fait, il ne lui restait plus rien à aimer que cet animal extraordinaire et elle l’a fait, car il lui restait de l’amour. A vrai dire, elle en avait toujours eu à donner. Pour ce qui est d’en recevoir … c’était une autre affaire.
   
   L’existence de cette femme que nous suivons finalement de sa naissance à sa mort fut une vie de misère, nous serre-t-elle le cœur ? La méprisons-nous ? En rions-nous ? Et celle de sa patronne fut-elle donc plus satisfaisante ? Il ne suffit pas de compatir.
   
   Le cœur est simple sans doute, mais pas l’histoire et pas non plus toutes les réflexions qu’elle fait naître en nous. Sur ce court ruban qui va d’une naissance de hasard à une mort assurée, sommes nous tous des Félicité ? Comme elle, nous gérons avec nos moyens et nos convictions ce qui nous échoit. Qui est notre perroquet ?

critique par Sibylline




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