Lecture / Ecriture
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Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes

Nii Ayikwei Parkes
  Notre quelque part

Notre quelque part - Nii Ayikwei Parkes

A découvrir absolument !
Note :

   Titre original : Tail of the Blue Bird
   
   Écoutons d'abord le vieux Yao Poku, chasseur d'un village au fin fond de la forêt ghanéenne...
    "On se ne plaint pas. Il fait bon vivre au village. La concession de notre chef n'est pas loin et nous pouvons lui demander audience pour toutes sortes d'affaires. Il n'y a que douze familles dans le village, et nous n'avons pas d’embêtements. Sauf avec Kofi Atta."
   
    "Nous étions à notre quelque part quand ils sont arrivés. D'abord la fille avec ses yeux qui ne voulaient pas rester en place. Hmm, puisque tu es là, laisse moi te raconter. Les ancêtres disent que la vérité est courte mais, sεbi, si l'histoire est mauvaise, alors même la vérité va s'étaler comme un crapaud écrasé par une voiture sur une de ces routes qu'ils sont en train de construire."
   

    La fille pénètre dans la case de Kofi Atta, où elle découvre des restes peu ragoûtants.
    "Elle portait une façon de jupe petit petit là. Et ça montrait toutes ses cuisses, sεbi, mais les jambes de la fille étaient comme les pattes de devant de l'enfant de l'antilope -maaaigre seulement! (C'est plus tard que j'ai appris qu’elle était la chérie d'un certain ministre. Hmm. Ce monde est très étonnant.) Son chauffeur portait kaki de haut en bas comme les colons d'en temps d'avant, et il voulait la calmer, mais la fille secouait la tête et il voulait la calmer, mais la fille secouait sa tête et elle criait seulement. Après un peu, elle a repris force et elle a commencé à courir vers une voiture claire façon qui était au bord de la route. Et le chauffeur poursuivait son derrière comme la poussière."

   
    Sans cette fille et ses connaissances haut placées, les villageois auraient certainement réglé l'affaire à leur façon, mais voilà, maintenant la police doit intervenir, et faire appel à Kayo Odamtten, jeune médecin légiste fraîchement revenu d'Angleterre, qui végète un peu dans un laboratoire d'analyses, et doit être convaincu (manu militari!) de se rendre au village.
   
    Une fois là, après une hilarante séance genre "Les Experts" dans la case de Kofi Atta, Kayo se laisse prendre au vin de palme (un peu arrangé), aux palabres dans la buvette locale autour de bons petits plats locaux et aux histoires racontées par les villageois...
   
    Au delà de l'histoire policière dont la conclusion laisse le lecteur dans la réflexion, il faut lire ce chouette roman pour l'ambiance de la grande ville d'Accra, grouillante et quelque peu corrompue, et surtout la vie dans ce village traditionnel, où finalement il fait bon vivre traditionnellement, relié au monde par la radio seulement. Pour avoir traîné mes sandales dans ces coins là, je confirme avoir retrouvé des détails vrais. Ne serait-ce que le conseil d'aller d'abord saluer le chef du village et de ne pas brusquer la litanie des salutations...
   
    Quant à la traduction, bravo! Une partie de la narration est visiblement en anglais plus classique, mais la saveur de la langue, surtout celle de Yao Poku, est excellemment préservée par l'utilisation du français de Côte d'Ivoire (la "go", par exemple, ces façons de traîner sur les syllabes, etc.).
    ↓

critique par Keisha




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« spoken word »
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "C'est Yao Poku, vieux chasseur à l'ironie décapante et grand amateur de vin de palme, qui nous parle. Un jour récent, une jeune femme rien moins que discrète, de passage au village, aperçoit un magnifique oiseau à tête bleue et le poursuit jusque dans la case d'un certain Kofi Atta. Ce qu'elle y découvre entraîne l'arrivée tonitruante de la police criminelle d'Accra, et bientôt celle de Kayo Odamtten, jeune médecin légiste tout juste rentré d'Angleterre. Renouant avec ses racines, ce quelque part longtemps refoulé, Kayo se met peu à peu à l'écoute de Yao Poku et de ses légendes étrangement éclairantes...
    Porté à merveille par une traduction qui mêle français classique et langue populaire d'Afrique de l'Ouest, ce roman époustouflant nous laisse pantelants, heureux de la traversée d'un monde si singulier."

   
   
   "Ah ! saa’ ! La voiture là, y a pas radio dedans hein ! Ils vous ont donné leur voiture de petit garçon. C’est pas comme la voiture qui vous a arrêtée, où on avait radio, satellite, lecteur de CD à chargement automatique, TV, manucure, pédicure, assemblée parlementaire intégrée…"
   Kayo ne put retenir un grand éclat de rire." D’accord, allons boire un coup. Demain, j’insisterai pour qu’on me donne une voiture de grand monsieur."
   

   Traduire le Pidgin ghanéen en français de la rue de l’Afrique francophone, je dis chapeau au traducteur. Le texte est super vivant, sans temps mort ! Un vrai régal que cette lecture.
   
   Ni roman policier, ni roman tout court, voici le récit d’une découverte par la go d’un ministre là. Aussitôt, la police arrive et dans son sillage, elle amène un médecin et avec lui les méthodes modernes et scientifiques :Un expert ! Interrogatoire pour tous ?
   
   Seulement voilà, quand on interroge Yao Poku, il faut savoir s’armer de patience et aimer le vin de palme. L’auteur réussit au sein de son roman à nous glisser un grand conte dans la pure tradition des griots africains.
   
   Pour tous les amoureux de cette Afrique, celle des mythes fondateurs, des légendes, c’est un ouvrage indispensable. Enfin un bon livre. Un livre où l’on ne se regarde pas le nombril, où l’on ne fait pas de la reconstitution historique. En plus c’est chez Zulma avec une magnifique couverture , un toucher agréable, n’en jetez plus, achetez le.
   
   J’en connais une (Keisha) qui savait très bien ce qu’elle faisait quand elle me l’a conseillé.
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critique par Le Mérydien




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Retour aux racines
Note :

   Lecture venant juste après Congo Inc., de Jean Bofane In Koli et qui traitait de la situation au RDC (Congo ex – Zaïre), nous pouvons du coup tirer un parallèle entre RDC et Ghana puisque Nii Ayikwei Parkes est un écrivain ghanéen et qu’il traite aussi, d’une certaine manière, de la situation dans son pays.
   
   Et plus précisément de la situation d’un jeune diplômé parti faire ses études de médecine et sa spécialité de légiste en Angleterre. Kayo Odamtten, c’est son nom, rencontre bien quelques problèmes à faire reconnaître sa spécialité mais au moins trouve-t-il un poste de biochimiste même s’il est confronté lui aussi au népotisme de ceux qui sont installés au sommet de la pyramide sociale ghanéenne.
   
   Pour terminer la comparaison entamée, on ne retrouve pas dans Notre quelque part le désespoir sans rémission de Congo Inc., mais là ça peut très bien tenir aux personnalités des deux auteurs ?
   
   Kayo Odamtten est donc revenu au pays. Il n’a pas trouvé de place de médecin légiste correspondant à sa spécialité mais au moins une place correspondant à son niveau de formation. Même s’il se fait exploiter. Il a retrouvé ses amis et l’on sent un bonheur certain chez ceux-là. Mais voilà que, par la grâce de la curiosité indiscrète de la maîtresse d’un ministre, une "chose" indéfinie, pouvant aussi bien être des restes humains qu’un fœtus pourrissant ou... (?), est trouvée dans une case. Maîtresse de ministre, ses désirs sont des ordres et la police doit mettre ceci au clair. Or le service de médecine légale installé s’avère incompétent à résoudre le problème. D’où la pression qui est exercée sur Kayo pour que, finalement, alors qu’on ne voulait pas de lui en médecine légale, il intervienne. Et c’est à ce moment que le roman prend réellement son essor puisque tout ceci se passe loin de la capitale, dans le pays réel et le thème du roman n’est autre finalement que la rencontre d’un Ghanéen formé scientifiquement à l’anglaise avec les us et coutumes, les croyances de son pays. Et c’est traité de manière très réjouissante, avec un poil de paranormal qui vient pointer le bout de son nez (on est en Afrique quand même !).
   
   Les personnages coutumiers sont fort sympathiques et l’histoire laisse au final une impression de rêve éveillé. Une belle incursion au Ghana !

critique par Tistou




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