Lecture / Ecriture
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Compartiment N°6 de Rosa Liksom

Rosa Liksom
  Compartiment N°6

Compartiment N°6 - Rosa Liksom

Images d'une Russie sur le déclin
Note :

    Rosa Likson, née en Laponie en 1958, a eu très tôt le goût des voyages. A quinze ans, elle se découvre globe-trotteuse à travers l’Europe, Scandinavie, France, URSS. Des études d’ethnologie et de sociologie l’amènent à fréquenter les universités d’Helsinki, Copenhague et Moscou. Dès 1985, elle se consacre à l’écriture d’un premier roman, non traduit, et de nouvelles dont trois traduites en français, Noirs paradis (adapté au théâtre), Le creux de l’oubli, Bamalama, nouvelles qui parlent de refus du monde, de désespoir dans une langue argotique. Mais l’écriture n’est pas son seul atout. Peintre et photographe, elle expose dans le monde des photos tirées de son album Burka Projekt, voyage poétique dans différents lieux au rythme des saisons où des femmes ponctuent le paysage du bleu de leurs burkas.
   
    En gare de Moscou, une jeune femme s’installe dans le Transsibérien pour un voyage qui va la mener à Oulan Bator, capitale de la Mongolie, dans l’espoir de découvrir des pétroglyphes. Elle espère ne pas avoir à partager cet espace confiné. Penchée à la fenêtre du wagon, elle voit un homme monter au dernier moment et prendre la couchette en face de la sienne. Un homme d’une quarantaine d’années "vigoureux, aux oreilles en feuille de chou, vêtu d’une veste matelassée comme en portent les ouvriers et d’une chapka blanche". Vadim comme il se présente s’avère, tout au long du voyage, un personnage grossier, vulgaire, violent, machiste, xénophobe, aux propos salaces, qui s’abreuve de vodka accompagnée de gros concombres salés! Il parle, se raconte, la saoule d’histoires, d’anecdotes. Elle se tait, supporte cette logorrhée, cette promiscuité, plongée dans ses pensées qui la ramènent à Moscou où elle a laissé son ami Mitka enfermé dans un asile psychiatrique pour échapper aux combats en Afghanistan. Ils avaient projeté de faire ce voyage et aujourd’hui, elle le fait seule. Nous sommes au printemps 1986, l’URSS est au bord de l’effondrement avec en toile de fond la guerre dans cette région stratégique au cœur de l’Asie centrale et le drame de Tchernobyl.
   
    Au rythme de ce train mythique et de ses arrêts dans les gares, au cœur d’une Sibérie enneigée et glaciale, d’une nature intacte, la réalité soviétique se dévoile. Pollution des villes, délabrement des usines, misère de la population, prisons et camps de travail. Derrière sa façade d’homme fanfaron habité de violence, Vadim laisse entrevoir l’homme meurtri : "…Mon coeur ne bat plus que par habitude, jamais d’émotion. Plus de folies, ni même de souffrance. Rien que de l’ennui"
   
    Si le roman s’attache à la rencontre improbable de ces deux êtres dissemblables, il est surtout un prétexte à rendre compte par la voix de Vadim de la réalité de cette Union soviétique rongée par le despotisme d’une idéologie. Mais aussi de rendre compte de la lente transformation qui peut s’opérer quand deux personnes diamétralement opposées dans leur culture et leur vie, obligées de cohabiter dans un huis clos étouffant, finissent par accepter l’autre dans sa différence.
   
    Ce roman qui fuit à travers ce paysage de neige aux effluves printaniers, est un hymne à la nature immense et impénétrable de la taïga qui défile à travers les vitres du compartiment, "… tout est en mouvement, la neige, l’eau, l’air, les arbres, les nuages, le vent, les villes, les villages, les gens et les pensées. Le train longeait lentement les majestueuses berges du Baïkal…"
   
    En 2010 dans le cadre de l’année France-Russie, quinze écrivains français ont été invités à bord du Transsibérien pour un voyage qui les a menés de Moscou à Vladivostok (en 1986, date à laquelle se passe le roman Vladivostok faisait partie des villes interdites). Ils ont rendu compte de leur périple dont :
   
   Dominique Fernandez, Transsibérien, photos de Ferrante Feranti
   Maylis de Kerangal Tangente vers l’est
   Danièle Sallenave Sibir
    Sylvie Germain Les "Variations sibériennes" (une des nouvelles du "Monde sans vous")

critique par Michelle




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