Lecture / Ecriture
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Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Clara Dupont-Monod
  La passion selon Juette
  Nestor rend les armes
  Le roi disait que j'étais diable

Clara Dupont-Monod est une écrivaine et une journaliste française née en 1973.

Le roi disait que j'étais diable - Clara Dupont-Monod

Alienor d'Aquitaine
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Le roi disait que j'étais le diable de Clara Dupont-Monod couvre une courte période historique située entre le mariage d'Aliénor d'Aquitaine (elle a 13 ans) avec Louis VII, roi de France en 1137 et sa séparation d'avec lui, quinze ans plus tard, l'église acceptant de reconnaître la nullité du mariage pour motif de consanguinité (1152). Elle se remarie avec Henri de Plantagenêt. Elle a donc été reine de France et Reine d'Angleterre, mère de Richard Cœur de Lion et de Jean Sans Terre.
   
   Petite-fille de Guillaume IX le Troubadour, Alienor d'Aquitaine a reçu une éducation raffinée, nourrie de poésie et de musique dans cette cour d'Aquitaine où naît, sous la plume des troubadours, le fin Amor, l'idéal de l'amour courtois, témoin d'une civilisation plus portée aux subtilités de l'amour qu'aux contritions religieuses. On le voit bien, la reine est un personnage de légende et occupe une place d'un telle importance pour une femme, au Moyen-âge, qu'elle a inspiré beaucoup d'historiens et de romanciers.
   
   Si Clara Dupont-Monod s'appuie sur des faits historiques précis, elle a choisi de meubler les vides de l'histoire en donnant la parole tour à tour à la reine et au roi pour mieux souligner les divergences profondes des deux personnages. Alienor représente la culture d'oc, poésie, musique, troubadours, contre la culture d'Oil plus austère; la sensualité et les couleurs du Sud contre l'ascétisme et les grisailles du Nord. Si elle est "le diable" pour son mari, elle dira de lui : "j'ai cru épouser un homme, j'ai épousé un moine."
   
   Mais que penser maintenant du roman? j'avoue que j'ai eu beaucoup de mal à y entrer et je ne me suis intéressée aux personnages et à leur histoire que tardivement.
   
   En choisissant de présenter les personnages de l'intérieur, par leurs pensées intimes, Clara Dupont-Monod a choisi la difficulté. Etant donné notre éloignement de la période médiévale, il est moins difficile de présenter le Moyen-âge en narrateur extérieur plutôt que de chercher à en rendre les mentalités. En lisant ce roman, je n'ai jamais eu l'impression de rencontrer vraiment des personnages du Moyen-âge.
   
   Mais le roman est très bien écrit. On peut même dire que les belles phrases frappées comme des maximes, ciselées, abondent; on peut les collectionner :
   
   "le roi est mon mari. Ce n'est pas un homme de colère mais de mots"
   
   "L'épée, le livre : voilà les objets sacrés disait mon grand père. La première défend la terre, le second chante l'amour."
   

   En parlant de Philippe, frère aîné de Louis qui devait régner : "Mais cet idiot mourut fracassé contre les faubourgs de Paris. Un cochon s'est jeté dans les pattes de son cheval. N'est-ce pas un magnifique résumé du royaume de France. Ce sont des porcs qui décident de son destin."
   
   Dans le quartier des boucheries : "Dedans parmi les étals, je devine la mort simple et rapide, donnée sans autre but que celui de manger. La mort utile, la plus belle."
   
   La langue est donc très travaillée mais trop esthétique à mon goût même dans ses descriptions réalistes des quartiers des boucheries et des remugles de la cité médiévale. Une recherche de la forme qui me détourne des personnages et me laisse froide. Ceux-ci me semblent factices, seulement vecteurs de belles pensées exprimées dans un style impeccable..
   
   Je crois que je ne me suis intéressée au récit qu'au moment de la croisade parce qu'il y a alors un souffle épique qui apparaît. On part reconquérir la Terre Sainte comme à une fête, les femmes accompagnent les maris, emportant avec elles tous les objets de luxe pour reproduire le confort de la cour. Et là, oui, la folie de la foule, me paraît rejoindre la chanson de geste, l'épopée, et être à la hauteur de la foi du moyen-âge et de sa démesure.
   
   En bref!! un livre dont je reconnais les qualités d'écriture mais qui n'est pas pour moi.
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critique par Claudialucia




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Alièn... ation ?
Note :

   Après “La passion selon Juette” voici la passion selon Aliénor. La petite-fille de Guillaume IX duc d'Aquitaine et prince des troubadours, est une de ces femmes de caractère comme Clara Dupont-Monod aime en peupler son Moyen-Âge.
   
   Dans ce bref roman, l'héroïne a entre treize et trente ans. Mariée trop jeune à un prince capétien qu'on a « extirpé » de son cloître pour devenir roi par défaut, Aliénor est le strict opposé de Louis VII. Aliénor, « sorcière qui a grandi en écoutant des textes obscènes » aime la musique et les chansons, les parfums et les épices, les tenues voyantes quand Louis VII est sous la coupe des hommes d'Eglise : Suger et Bernard de Clairvaux. La romancière nous explique comment un mariage voulu par la raison d'état tourne à la tragédie pour le couple entraînant le souverain vers de mauvaises décisions. Poussé à s'affirmer par et contre cette diablesse qui souvent lui tourne le dos, le pieux Louis VII, à la fois ébloui et furieux, commet bavure sur bavure, contre une cité de Champagne où il fait périr femmes et enfants dans les flammes, puis à la croisade où il se trompe d'adversaire.
   
   Le parti pris de l'auteure consiste à faire alterner les monologues intérieurs d'Aliénor et du roi. L'écriture tout en phrases courtes est sensée donner de l'allant à leurs pensées. Certaines sont redoutables. Aliénor aime se promener dans Paris jusque dans le quartier des bouchers : « Une reine qui chevauche comme un homme, ils n'ont jamais vu ça. » Aliénor a installé des baignoires dans sa chambre : « La seule pensée de Louis dénudé me fait rire. » La reine se moque aussi de la famille régnante : du roi précédent devenu obèse, de sa belle-mère, de Philippe qui aurait dû régner : « cet idiot mourut (…) la tête fracassée contre les faubourgs de Paris. Un cochon s'était jeté dans les pattes de son cheval. N'est-ce pas un magnifique résumé du royaume de France ? Ce sont des porcs qui décident de son destin. »
   
   Venus de deux cultures, le roi et la reine s'opposent évidemment sur la question religieuse et face à l'Eglise, et même sur l'art. Quand Suger inaugure le chœur de Saint-Denis, Aliénor voit d'abord la fête : « la lumière d'été illumine mes bijoux... » mais Louis lui fait honte : « Il porte la cotte grise des pénitents » ; ce n'est qu' « un pèlerin ». L'architecture gothique déplait à la reine venue d'une Aquitaine riche du décor roman : « Je cherche les centaures et les chevaux ailés qui parsèment mes abbayes. Rien. Ici, la pierre est arrogante et muette. Elle s'autorise à peine quelques coquetteries en forme de fleurs, de trèfles. Elle a gommé les aigles couverts d'écailles, les femmes-serpents, les diables hilares, les voyages en Orient. »
   
   Elle sera la première reine de France à divorcer. Louis VII la disait diable. Qu'en dira Henri II ? Une suite donnerait à ce roman plus de force et de sens.

critique par Mapero




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