Lecture / Ecriture
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Un sport et un passe-temps de James Salter

James Salter
  Bangkok
  Et rien d'autre
  Un sport et un passe-temps

James Salter est un écrivain américain de New-York, né en 1925 et décédé en 2015.

Un sport et un passe-temps - James Salter

Expéditions galantes
Note :

   Un dandy américain qui a été étudiant à Yale, passe quelques mois en France pour chasser l'ennui. Il s'appelle Dean. Phillip Dean. Quelque part en province, invité par un couple ami de son père, il rencontre Anne-Marie. Elle est jeune, disponible, et se déshabille très vite. Ils ont des relations sexuelles à chaque chapitre. Les chapitres sont nombreux. L'écriture parfois leste. Phillip s'est fait prêter une Delage bleue et décapotable : elle aussi attire le regard. Avec Anne-Marie il parcourt une partie de la France entre l'hiver et l'été. Beaucoup d'hôtels dont ils testent la literie : comme pour écrire une sorte de guide du routard. À la fin de l'été il repart en Amérique. Plus tard on annonce qu'il a trouvé la mort dans un accident. Mais la Delage est restée en France.
   
   Ce récit diablement répétitif mais sobrement écrit, a l'originalité d'ajouter un regard extérieur, intermittent, d'une sorte de témoin — sinon l'auteur lui-même — qui intervient de temps à autre dans la narration. Il est venu de Paris à Autun (!) par le train à vapeur dès l'incipit. Il prête de l'argent à Phillip toujours à court. Il les croise parfois dans des soirées, ou à l'hôtel. Parfois il imagine ce qui se passe entre Phillip et son amante. Et il semble avoir un mauvais pressentiment. C'est seulement ce personnage à la fois absent et présent qui m'a intrigué au point de me pousser à terminer la lecture du roman, sinon… S'agissait-il de convaincre le lecteur américain de 1967 que la France profonde et des châteaux de la Loire vaut le voyage et que les petites Françaises sont baisables, comme une génération plus tard on vanterait le tourisme sexuel à Bangkok? Malgré le titre, emprunté au Coran, sourate LVII, ce n'est pas "un livre sur le base ball" pour reprendre un souvenir de l'auteur évoquant en introduction une "fâcheuse publicité" datant du lancement par Doubleday.
   
   Quoique la couverture rende un bel hommage à l'auteur — "La prose de Salter est rare et éblouissante" selon John Irving — je n'ai pas été pleinement convaincu d'avoir rencontré un authentique chef-d'œuvre. La quatrième de couverture en rajoute même pour atteindre un sommet de flatterie : "Depuis sa parution, “Un sport et un passe-temps” a provoqué les éloges les plus fanatiques et a imposé James Salter, souvent comparé à Nabokov, comme l'une des grandes voix de la littérature américaine."
   
   Dans d'autres contextes, on parlerait de publicité mensongère... Simplement un bon texte, sans trop de prétention, dû à un auteur qui se souvient d'avoir vécu agréablement dans l'Est de la France quand il était soldat sur une base américaine au temps de la guerre froide.
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critique par Mapero




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La fureur de vivre
Note :

   James Salter, né en 1925 à New York sous le véritable nom de James A. Horowitz, est écrivain et scénariste. En 1945, il termine ses études d'ingénieur, sort cinquième de sa classe de la prestigieuse académie militaire de West Point et entre dans l'US Air Force comme pilote. James Salter participe à la guerre de Corée, puis il prend la décision d'entrer au Pentagone. Il est affecté en France et commence à écrire avant de démissionner de l’armée après la parution de son premier livre basé sur son expérience de pilote de chasse durant la guerre de Corée, "The Hunters" paru en 1956, et adapté au cinéma avec Robert Mitchum en 1958. "Un sport et un passe-temps", qui date de 1967 est sorti chez nous en 1996.
   
   En France dans la période de l’après-guerre. Un narrateur inconnu, relate la liaison de quelques mois entre son ami Philip Dean, étudiant américain, avec une jeune fille française, Anne-Marie Costallat. Dean et Anne-Marie sillonnent la France profonde, d’Autun aux bords de Loire, dans la belle bagnole de l’américain, logent dans des hôtels où ils bouffent et "baisent comme des haltérophiles", de ville en ville.
   
   Quand le bouquin est sorti, à l’époque, il a fait son effet et on le comprend aisément quand on a vécu cette période, car il est fait de scènes de sexe – sans sensualité - clairement exposées où bite et couilles ne se cachent pas derrière des périphrases. On peut, certes, trouver un intérêt relatif à ce roman – ce que laisse entendre mon résumé volontairement provocant – mais ce serait pourtant aller un peu vite en besogne.
   
   Si je ne trouve pas le roman franchement remarquable, je ne me sens pas en dire du mal pour autant. D’abord, il y a une écriture qui transcende tout, paraissant très simple de prime abord mais s’avérant très coulée et mélodieuse, terriblement addictive. Les dialogues très courts mais très nombreux, sonnent justes. Le récit, lui, paraît un peu éthéré, au gré des souvenirs réels ou reconstruits par le narrateur, voire délibérément inventés. On suit vaguement les tourtereaux dans leur périple provincial alternant route, table (l’auteur semble apprécier la cuisine française) et plumard : "Et on a mangé, je ne te dis pas. A table comme un vieux couple français, tu sais, assis rien qu’à manger. Et on a fait l’amour tous les soirs." Dans une sorte de raccourci qui fera hurler certains, je dirais que ce roman m’a fait penser à du Henry Miller écrit par Françoise Sagan ! Le sexe et l’américanisme de l’un, la légèreté vagabonde trempée dans le modernisme de son époque, de l’autre.
   
   Mais derrière la provocation sexuelle pour ce temps (mots crus et Anne-Marie, la femme, particulièrement active à la manœuvre) il y a une passion fougueuse dont on sait par avance, Dean le premier, qu’elle ne durera pas toujours. A l’insouciance apparente d’Anne-Marie, s’oppose les inquiétudes de Dean, l’argent qui manque et son avenir. Des scènes d’amour torride, émergent des instants de lucidité cruels générant une mélancolie touchante à laquelle se mêle un certain désenchantement de l’écrivain "Plus clairement on voit ce monde, plus on est obligé de faire comme s’il n’existait pas." J’ajouterai que la fin du roman est très belle.
   
   
    Extrait :
    "Rien de ceci n’est vrai. J’ai dit Autun, mais ce pourrait tout aussi bien être Auxerre. Je suis sûr que vous vous en rendez compte. Je ne fais que consigner les détails qui m’ont pénétré, les fragments qui ont pu ouvrir ma chair. C’est l’histoire de choses qui n’ont jamais existé bien que le moindre doute à ce sujet, la plus petite possibilité, plonge tout dans le noir. Je veux seulement que toute personne à la lecture de ceci soit aussi résignée que je le suis. Il y a déjà suffisamment de passion dans le monde comme ça. Tout en frémit. Non que je pense que ça n’a pas de raison d’être, non, non, mais ce n’est jamais qu’une mince écharde réfléchissante qui trouve toujours le moyen de capturer la lumière."

critique par Le Bouquineur




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