Lecture / Ecriture
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La Nausée de Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre
  Les mots
  La Nausée
  Les jeux sont faits
  Les Chemins de la liberté - T1 - L’âge de raison
  Les chemins de la liberté - T2 - Le Sursis
  Les Chemins de la liberté - T3 - La Mort dans l’âme

Jean-Paul Sartre est un écrivain de langue française, philosophe engagé dans le siècle, également dramaturge, romancier, nouvelliste et essayiste. Né en 1905 à Paris, il est mort en 1980 dans cette même ville. Écrivain prolifique, il est autant connu pour son œuvre, et notamment sa philosophie appelée l'existentialisme, que pour son engagement politique à gauche1. Sartre était le compagnon de la philosophe et femme de lettres Simone de Beauvoir.
(Wikipedia)

La Nausée - Jean-Paul Sartre

« Je pense donc je suis et c’est comme ça ! »
Note :

   Mais qu’arrive-t-il à Antoine Roquentin ? Tout à coup il a tellement conscience de son existence qu’il ne semble plus comprendre certaines choses et notamment le comportement des «Salauds». Car La Nausée est avant tout un roman sur les «Salauds» sartriens. Qu’est-ce qu’un «Salaud» selon Sartre ? C’est celui qui pense que sa vie a une importance, qu’il est utile. C’est un humaniste, un «bien-pensant» qui croit que sa vie a un sens et n’est pas tout simplement contingente, due au hasard des évènements :
   
    « Quand on vit, il n’arrive rien. Les décors changent, les gens entrent et sortent, voilà tout. Il n’y a jamais de commencements. Les jours s’ajoutent aux jours sans rime ni raison, c’est une addition interminable et monotone. (p. 49) »
   
   Dans cette citation, on pense naturellement au Shakespeare de « All the world ‘s a stage…»(le monde entier est un théâtre), mais un Shakespeare désespéré et désabusé.
   C’est ainsi que Roquentin, en prenant conscience de son existence, en l’observant, se retrouve «nauséeux» devant l’inertie des objets «morts». Car l’éveil qui s’opère en lui, entrevoit l’avenir, accepte le destin qui s’offre :
   
    « Rien n’a changé et pourtant tout existe d’une autre façon. Je ne peux pas décrire ; c’est comme la Nausée et pourtant c’est juste le contraire : enfin une aventure m’arrive et quand je m’interroge, je vois qu’il m’arrive que je suis moi et que je suis ici ; » (66)
   
    « Ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense… » (117)

   
    Sartre devient cartésien contre cette hypocrisie de la vie, de ces familles du dimanche, de cette bourgeoisie de province, de cet Autodidacte humaniste et pédéraste qui doit affronter à la fin les conséquences de ses actes. Roquentin assume, parvient à dominer son émotion, prend son destin à distance avec ses occupations, ses recherches, son amie. Il se demande ce que la vie peut encore lui réserver, il se place d’emblée du côté de celui qui se souvient. Que reste-t-il de l’homme après sa vie ? Peut-être cette chanson obsédante, cet air de jazz que Roquentin ressasse dans l’hôtel de Bouville et qui finit par l’émouvoir parce qu’il s’imagine le Juif New-yorkais en train de le composer et la chanteuse Noire qui l’interprète. C’est ainsi qu’il se met à distance, c’est ainsi que la vie des hommes l’intéresse en suscitant une émotion universelle sans la vouloir.
   
   Il fallait bien que je relise La Nausée. Ma première lecture doit dater de mes 15 ou 16 ans, à l’âge où l’on commence à philosopher. Mais la lecture de cet ouvrage doit être une lecture d’âge mûr : trop de grisaille, d’amertume, de suicide latent. Les descriptions de cette ville de province imaginaire semblent sortir tout droit de chez Simenon, et puis il y a cette voix narrative, prégnante et que l’on imagine monocorde. Ce temps immobile d’être répétitif, comme à trois heures de l’après-midi où «il est trop tard ou trop tôt pour faire tout ce qu’on veut faire... » Ah ! Les mardis après-midi d’automne hiver de l’enfance! J’y voyais une espèce de lenteur, loin du week-end, de la soirée, le milieu du néant.
   
    D’où vient que l’on continue tout de même la lecture ? Parce que Sartre a travaillé son style, on devrait dire ses styles et lorsqu’il parodie des journaux d’extrême droite, on passe aux morceaux de bravoure.
   
   On a souvent considéré La Nausée comme la préfiguration romanesque de L’Etre et le Néant, ce roman sous forme de journal de l’évolution du narrateur pose de vraies questions…existentielles, non pas sur notre rôle en ce monde mais plutôt sur notre position d’homme en ce monde, comment on le pense :
   
    "Exister c’est être là, simplement ; "(155)

critique par Mouton Noir




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