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La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511 de Claire Judde de Larivière

Claire Judde de Larivière
  La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511

La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511 - Claire Judde de Larivière

Murano !
Note :

   Les histoires de la Sérénissime vantent d'ordinaire l'habileté politique des doges, louent les réussites des marchands, ou l'art de vivre dans la cité de Casanova. Mais un ouvrage centré sur l'ile de Murano et un événement minuscule datant de 1511 voilà qui n'est pas banal. Avec “La révolte des boules de neige” l'historienne se livre à un brillant exercice de micro-histoire en utilisant principalement les archives du procès qui a suivi l'incident et en se fondant sur l'apport des sciences sociales pour interroger cette révolte populaire qui n'en est pas vraiment une.
   
   Le 27 janvier 1511 le "podestat" Vitale Vitturi quitte sa charge de gouverneur de Murano en recevant son successeur Giacomo Suriano. La passation des pouvoirs se fait à l'intérieur de l'église Santi Maria e Donato. À leur sortie, sur le "campo", l'usage serait d'applaudir les podestats ; au lieu de quoi les habitants leur jettent des boules de neige, certains depuis le campanile, visant avec application Vitturi tandis qu'au milieu du brouhaha amplifié par les cloches s'élève un chant hostile, rimé et satirique : "Surian, Surian / Caccia via questo can / Che ha ruinato Muran". Et le podestat humilié de se hâter vers sa gondole pour regagner Venise par le "traghetto" le plus court.
   
   Scandale pour les autorités! Venise bafouée à travers la personne du podestat! Une enquête débouche rapidement sur la mise en accusation du crieur public Antonio Malcanton, du pêcheur Jacopo Cagnato, et de quatre autres personnes du petit peuple. Seront-ils emprisonnés? bannis? En fait, le crieur sera relaxé et les autres acquittés. Alors, beaucoup de bruit pour rien?
   
   L'auteure examine ce modeste événement sous différents angles. La géographie de Murano à la fois proche et différente de Venise, ses activités économiques dominées par l'industrie du verre qui y est localisée depuis le XIIIe siècle, la composition diversifiée d'une société urbaine de peut-être 5 000 personnes, les soucis de la vie quotidienne, et bien entendu le rude contexte hivernal et l'état de guerre qui contraint Vitturi à trouver des hommes et des barques pour servir Venise. Tout lui est bon pour alimenter les finances de Murano : Vitturi multiplie les tracasseries administratives et les amendes en s'appuyant sur le statut de la cité rénové en 1502. Pêcheurs et verriers, quoique rivaux, sont remontés contre le podestat issu de la petite noblesse vénitienne réputée dédaigneuse du "popolo". Les habitants de Murano ont la réputation de savoir résister aux autorités et d'être bagarreurs. Pourtant ils n'iront pas plus loin que l'ébauche d'une révolte, une sorte de charivari en temps de carnaval, ils ont su rester dans les limites de ce que leur modeste expérience politique locale leur avait appris.
   
   Finalement le lecteur se sent très proche de ces Muranais d'il y a cinq-cents ans ; ils deviennent presque familiers avec leurs querelles professionnelles et de voisinage. En recourant aux citations —en patois vénitien souvent— Claire Judde de Larivière réussit à rendre vivant ce travail sur des archives que l'humidité des lieux a quelquefois détériorées.

critique par Mapero




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