Lecture / Ecriture
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Le merveilleux voyage de Nils Holgerson de Selma Lagerlöf

Selma Lagerlöf
  L'Anneau maudit
  Le Cocher
  La légende de Gösta Berling
  L'anneau du pêcheur
  Le livre de Noël
  Les écus de messire Arne
  Le merveilleux voyage de Nils Holgerson

Selma Ottilia Lovisa Lagerlöf est une écrivaine suédoise, née en 1858 et décédée en 1940.
Le prix Nobel de littérature lui fut attribué en 1909, faisant d'elle la première femme à recevoir cette distinction.

Le merveilleux voyage de Nils Holgerson - Selma Lagerlöf

Livre fondateur des jeunes Suédois
Note :

   Je voulais relire "Le merveilleux voyage de Nils Holgerson" depuis longtemps aussi ai-je sauté sur l'occasion qui s'est présentée.
   
   J'avais lu ce livre, en effet, il y a une trentaine d'années et je me souvenais d'un véritable coup de cœur mais aussi d'un "petit" roman de trois cents pages environ. Aussi ai-je été surpris en recevant la nouvelle édition de poche de me retrouver face à un "pavé" de 600 pages; j'ai donc compris que je n'avais lu jusque là qu'une version abrégée de ce livre qui est considéré comme l'un des plus grands classiques de la littérature suédoise.
   
   J'avoue que j'ai d'abord un peu de mal à retrouver l'enchantement que j'avais éprouvé à la première lecture mais je me suis aperçu bien vite, ayant peu de temps en ce moment, que c'est parce que je ne le lisais pas avec assez d'assiduité. C'est un roman où il faut se plonger, qu'il ne faut pas lâcher pendant des heures pour pouvoir se laisser entraîner dans la magie des aventures du petit Nils, méchant garnement, transformé en Poucet, puni de sa cruauté envers un Tomte, minuscule personnage doté de pouvoirs magiques. C'est sur le dos de Martin, un jars domestique, que Nils Holgerson va effectuer un long voyage jusqu'en Laponie avec des oies sauvages, menées par la vieille et sage Akkar.
   
   Si ce roman résulte d'une commande faite par le ministère de l'éducation à Selma Lagerloff pour faire connaître leur pays aux petits Suédois, il va vite se révéler bien plus qu'un ouvrage pédagogique. Certes, il est basé sur des connaissances géographiques et historiques solides, Selma Lagerlöff a voyagé dans le pays, recueilli des légendes et des récits, et vous pouvez suivre sur une carte ce périlleux et extraordinaire voyage à travers ce vaste pays, mais il est bien plus que cela, animé par un souffle poétique propre à la grande écrivaine suédoise.
   
   Avec "Le merveilleux voyage de Nills Holgerson", Selma lagerlöff écrit un hymne poétique à son pays et à la nature, aux grandes étendues couvertes de glace, aux sombres forêts profondes, aux montagnes aux pics acérés, aux côtes déchiquetées par la mer qui se fragmentent en myriades de petits îlots, aux grandes plaines agricoles mais aussi à l'industrie qui fait la richesse de la Suède, au minerai de fer sans lequel l'homme ne serait rien. L'auteure nous introduit aussi dans le monde animal et nous le fait découvrir dans la variété de ses espèces et de leurs mœurs mais sans jamais prendre un parti scientifique. Au contraire, et bien qu'elle manifeste une grande connaissance, en particulier des oiseaux, nous sommes dans un monde où les animaux parlent, se comprennent, se font les messagers des airs et de la terre. Tous participent au merveilleux de la nature de la même manière que tous ces petits êtres malfaisant ou bénéfiques, Trolls, Tomtes, qui peuplent le folklore suédois. Des légendes viennent se mêler au réel, composant à l'intérieur du roman de nombreux petits récits, comme une mise en abyme, un conte dans le conte, plein de charme et d'intérêt : ainsi l'histoire du vieux cheval et de son maître avare, celui du canard Jarro servant d'appeau, celui du renard, du petit Matts et de sa grande sœur… Et bien d'autres encore qui constituent un grand plaisir de lecture.
   
   Ajoutons encore à cela qu'il s'agit d'un roman d'initiation car le petit Nils Holgerson, gamin malfaisant, cruel, paresseux, incapable d'amour, va faire l'expérience de la solidarité, de l'amitié, du courage et du dévouement en même temps que de la faim, du froid et de la peur. Il va aussi comprendre et apprécier son appartenance à la race humaine et reviendra transformé chez lui, auprès de ses parents.
   
   Un très beau livre qui est à juste titre considéré comme le chef d'œuvre de Selma Lagerlöff.
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critique par Claudialucia




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Géographie de la Suède
Note :

   Quoi de plus insolite que de découvrir un pays par le truchement d’une migration sur le dos d’oies sauvages? C’est pourtant ce qui va arriver au jeune Nils, après qu’un Tomte (imaginez une sorte de lutin malicieux qui passe son temps à jeter des sorts plus ou moins plaisants) l’ait réduit à la taille d’un pantin. Ajouté à l’envie bien naturelle du jars de la basse-cour de vouloir suivre le vol d’oies sauvages qui zèbre le ciel et voilà l’équipée prête pour une découverte du pays.
   
   Si le récit fait penser au très moralisateur "Tour de France par deux enfants" qui émaillait les pupitres des écoles entre les deux guerres (je parle de celles de 1870 et de 14), c’est que Selma Lagerlöf s’est vue commander ce pédagogique voyage sous les dehors d’un roman initiatique par le gouvernement Suédois d’alors afin d’expliquer le pays aux jeunes têtes blondes. Mais, à la différence de préceptes vieillots en ce qui concerne le périple des deux jeunes enfants dans la France revancharde d’après 70 et une morale un peu trop voyante (travail, famille, patrie), rien de tout cela dans cette envolée magique. La force du récit tient simplement par le côté conte de l’aventure. Nils, rendu à la taille d’un gnome peut comprendre le langage des animaux et découvre une nature bien plus structurée que ne peut l’être la société des hommes.
   
   Paru en 1906, on peut raisonnablement parler d’un texte précurseur sur le plan écologique. Ce qui surprend, c’est que Nils est dépeint au départ comme un mauvais garçon qui pourrait facilement mal tourner. Il martyrise ainsi tous les animaux de la ferme et dispose de sa propre définition de l’obéissance filiale. Tout au long du roman, au cours de son voyage vers le nord, il va s’amender en découvrant que le bien peut être plus gratifiant que le mal et, juste retour des choses, offrir aux mauvais esprits une seconde chance. Ainsi il épargnera l’ennemi déclaré des oies, Smirre le renard, dépeint à mon grand regret comme un viandard de première mais nettement moins futé que ne le laissait entrevoir La Fontaine. Les aventures que va traverser le garçon sont émaillées de contes, de petites histoires qui viennent idéalement se greffer sur les pérégrinations du vol des voies, conduit par Akka la meneuse, comme on le présente dans les contes des mille et une nuits. J’avoue apprécier grandement cette façon d’aligner des historiettes dans leur contexte plutôt que de les énumérer façon lexique.
   
   Ecrit pour instruire et éduquer les écoliers du début du siècle, le roman souscrit à cette assertion qui veut que les voyages forment la jeunesse. C’est en partageant un quotidien parfois inconfortable et non dénué de risques que le garnement va apprendre les bases fondamentales d’une conscience humaine et écologique. Sans pour autant verser dans une nature idéalisée et anthropomorphique à l’excès. Bref, un régal de lecture et un fameux cours de géographie suédoise.

critique par Walter Hartright




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