Lecture / Ecriture
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Mon nom est Dieu de Pia Petersen

Pia Petersen
  Instinct primaire
  Mon nom est Dieu
  Le chien de Don Quichotte

Pia Petersen est une écrivaine danoise vivant en France et écrivant en français, née en 1966 à Copenhague.

Mon nom est Dieu - Pia Petersen

Pas de miracle !
Note :

   Morgane est une jeune journaliste française qui vit et travaille à Los Angeles. Un jour, lors d'un reportage, elle rencontre un homme, un clochard qui lui dit s'appeler Dieu et être Dieu/Yahve/Allah. Puis, il la choisit pour être sa biographe.
   
   Très tenté par le nouveau roman de Pia Petersen, je le commence assez emballé, me demandant, avec ce thème, dans quelles directions l'auteure va bien pouvoir nous emmener. J'avais apprécié "Le chien de Don Quichotte", je suis toujours très tenté par le très bon (ai-je pu lire un peu partout) "Instinct primaire". Eh bien, force m'est de constater qu'elle ne va pas très loin au-delà des habituelles jérémiades du genre : mais si Dieu existe, comment peut-il laisser les hommes agir tel qu'ils le font : guerre, destruction de la planète, agressions, meurtres, exactions diverses, et je passe sur le manque de foi, les viols, les gourous de tous poils, etc, etc...?
   
   Déçu, franchement déçu, d'autant plus que je sais bien moi que Dieu n'existe pas ni Yahve ni Allah ni aucun autre de n'importe quel autre nom -péremptoire comme affirmation, sans doute, mais sans cette croyance, peut-être enfin, les hommes pourraient prendre leurs responsabilités. Un voeu pieu (ah, quand même!). Bon, revenons à ce livre, très bien écrit, dans un style oralisé, comme si l'on était dans la tête des personnages mais pas eux (enfin, eux sont bien dans leur tête, mais nous ne sommes pas eux, c'est plus clair comme cela?), c'est-à-dire qu'on sait ce qu'ils veulent, comment ils veulent agir. Donc ce n'est point l'écriture qui m'a déçu, mais le manque de surprise, une certaine banalité dans les propos alors qu'un tel sujet aurait mérité plus de profondeur, ou alors un contre-pied total, humoristique, engagé, que sais-je encore...? Et même -si je fais abstraction du fait que cet homme se prend pour Dieu- les remous qu'entraînent forcément la rencontre avec ce SDF/Dieu ne sont pas passionnants, mais attendus, prévisibles.
   
   Il fallait bien qu'un tel livre atterrît chez moi, un athée convaincu qui ne demandait qu'à lire des propos un peu plus profonds. Tant pis. Je n'ai rien contre les croyants, j'en côtoie tous les jours en le sachant et même sans le sachoir sûrement. Chacun pense et croit à ce qu'il veut ou à ce qu'il peut. Je déplore simplement que certains de ceux qui se disent croyants (de n'importe quelle religion) ne vivent pas au quotidien ni dans leurs actes ni dans leurs pensées ce à quoi ils croient. Je n'en dirai pas plus, de peur de sombrer moi aussi dans des banalités -ou à propos des ces crétins intégristes de tous genres (et ce n'est pas qu'une théorie) qui voudraient nous imposer leurs dogmes, dans des grossièretés.
   
   Le roman débute ainsi, tentant : "Lorsque Dieu lui demanda d'écrire sa biographie, elle dit non, fermement non, pas question. Lorsque Dieu lui ordonna d'écrire sa biographie, elle lui demanda de quel droit il lui donnait des ordres. Elle songea que s'il avait été Dieu, ça n'aurait pas été la bonne réponse, que s'il existait et qu'il voulait quelque chose, il avait sûrement le pouvoir de l'obtenir." (p.9)
   
   Pour finir, il m'est souvenance que, appelé sous les drapeaux, dans l'est de la France, il y avait avec moi un garçon dont le nom de famille était Dieu. Pas banal, sans doute pas très facile à porter surtout lorsqu'on voit ce que les hommes font sans qu'il réagisse : guerre, destruction de la planète, agressions, meurtres, exactions diverses, et je passe sur le manque de foi, les viols, les gourous de tous poils, etc, etc.
    ↓

critique par Yv




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Dieu en 250 pages... ou plus
Note :

   Pour Pia Petersen, Dieu est une création littéraire. Du moins, c'est ce que je l'ai entendu dire en entrevue. Du coup, pourquoi pas en faire un réel personnage de roman actuel. C'est le défi que l'auteur a choisi de relever et pour ma part, je le considère comme relevé car j'ai passé un très bon moment avec cet hurluberlu bougon, qui - il n'en démord pas - est Dieu.
   
   Morgane Latour est journaliste à Los Angeles et, présente à un concours pour découvrir le nouveau "vrai Père Noël" (soooo LA... j'ai adoré cette scène), voir un SDF bourru sur scène, qui dit se nommer Dieu. Quand elle le croise à nouveau quelques jours plus tard, elle est surprise. Mais elle n'est pas au bout de ses peines car Dieu va lui demander d'écrire... sa biographie. Rien de moins. Entre son article sur Jensen, gourou charismatique, et l'intrusion de Dieu dans sa vie, à elle, moderne et athée, dire que son univers sera chamboulé, ce n'est rien.
   
   Voyez-vous, Dieu est dépressif. Il se sent incompris, croit que les hommes le haïssent, est profondément anti-religion et est en chicane avec son fils, Jésus. Est-ce sa faute, à lui, si des illuminés ont choisi d'écrire et d'ériger en Vérité quelques mots qu'il avait lancés comme ça, sans trop y réfléchir? Bref, il veut que l'humanité, qu'il ne comprend pas du tout, le voie tel qu'il est réellement. Et Morgane ne sait trop qui il est. Imposteur? Fou? Manipulateur? Profiteur?
   
   Dieu?
   
   Beaucoup d'humour dans le traitement du thème. Les aventures de Dieu dans le monde qu'il a supposément créé et duquel il a perdu le contrôle sont parfois loufoques, parfois frustrantes car Petersen ne ménage pas ici les hommes, autant face à l'autre que face à la religion, qui est parfois un concept abstrait, parfois un concept trop concret ou parfois un mode de vie. C'est la société par rapport au divin, au religieux... et ça fait parfois un peu peur. Voire même beaucoup.
   
   Un roman qui fait réfléchir, qui fait rire... et qui nous fait, bizarrement, nous attacher à ce bonhomme pas agréable au premier abord. Un conte moderne admirablement amené. Heureusement pour nous, Pia Petersen a l'intention d'en faire un personnage récurrent. Parce que bon, la biographie de Dieu, ça ne s'écrit pas en un volume, n'est-ce pas!

critique par Karine




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