Lecture / Ecriture
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Mon âge de Fabienne Jacob

Fabienne Jacob
  Corps
  Mon âge

Fabienne Jacob est une écrivaine française, née en 1959 en Moselle.

Mon âge - Fabienne Jacob

... différents âges
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "Ce qu'on pouvait raisonnablement espérer avoir en commun avec les enfants d'ingénieurs, c'étaient leurs polos. Il nous suffisait d'acheter les mêmes et nous avions les moyens, notre infériorité ne se mesurait pas à l'argent. Pas sûr que nos corps les aient portés avec la même superbe. Ce qu'il y a à l'intérieur des têtes porte les polos bien plus que les épaules et les torses."
   

   Dans la lignée de "Corps", ce nouveau roman de Fabienne Jacob se penche avec acuité et bienveillance sur notre relation au corps et au temps. Commençant par la description d'une femme qui se démaquille le soir, femme dont l'âge n'est pas précisé
   "Voilà mes yeux, voilà ma bouche, voilà mon âge, vingt-sept ans, trente-neuf ans, soixante et un ans".
   
Else, il se clôt par une très jolie vision: celle de trois femmes âgées se baignant, nues, au clair de lune, car elles ont atteint La vie intérieure. Entre-temps, sera venu le temps du Détachement :
   "à présent que je ne veux plus séduire ni posséder, seule une chose m'importe encore, c'est vivre des moments sans temporalité. La question du temps ou plutôt du non-temps est la seule qui compte. Les autres questions ne sont plus des questions pour moi."

    Et de relater des moments où le temps n'entre pas, moments fugaces ou non, dans des endroits parfois inattendus, comme le supermarché, qui, décidément fait son entrée en littérature en cette année 2014.*
   
   Si, dans un premier temps, j'ai été un peu déroutée par l'absence de précision chronologique, les âges ne sont jamais volontairement précisés mais on peut aisément les situer, j'ai été séduite par l'écriture de Fabienne Jacob, sa vision à la fois acérée, rien ne lui échappe, et tendre de la relation des femmes aux différents âges de leur vie. on n'oubliera pas de sitôt, entre autres, cette petite fille qui déchire la robe trop aimée, tant désirée!
   
   J'ai aussi beaucoup apprécié la relation sensuelle, physique aux langues de la narratrice:
   "Dans ma langue maternelle, il y a un mot pour dire Se faufiler, Se glisser, mais un mot qui le dit beaucoup mieux. C'est le mot Schluffen. Il a quelque chose d'utérin que l'équivalent français n'a pas. Aucun mot français ne pourra jamais autant se faufiler ni autant glisser que dans le mot de la langue maternelle. Celui qui en français se blottit le plus est le verbe Se lover."
   

   Un livre qui a rejoint ma réflexion personnelle sur l'âge, que je me suis approprié avec bonheur, un parfait cadeau d'anniversaire!
   
   165 pages hérissées de marque-pages!
   
   Et zou, sur l'étagère des indispensables!
   
   
   * Regarde les lumières mon amour - Annie Ernaux
    ↓

critique par Cathulu




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La musique de la vie
Note :

    La narratrice ne dit pas son âge, volontairement ou pas. Les âges successifs qui sont décrits sont ceux de la mémoire, du souvenir, de la quête.
   
    Les événements petits ou grands d'une vie, ceux qui restent ou qui reviennent avec une odeur, une couleur.
   
    Elle peut avoir quatre ans et se trouver dans la salle de bains, petite fille curieuse qui regarde son père se raser et plus tard nue, dans une piscine pour un bain de minuit inoubliable.
   
    L'auteur nous emporte dans le pétillement de l'enfance avec Else, petite fille sauvageonne de 10 ans et puis après dans un amour adultère et aux moments volés dans un hôtel ou la solitude sur un bord de route aux Etats-Unis.
   
    Des souvenirs de petits ou grands moments, de ceux qui reviennent vous réchauffer quand il fait froid et noir.
   
    Abolir la notion de temps pour ne garder que des instantanés de vie et d'enfance.
   
    Par un subtil jeu de miroir, Fabienne Jacob essaie de maîtriser le corps, de repousser le délitement, l'oubli.
   
    Ne cherchez pas l'intrigue, il n'y en a pas. Ici la musique de la vie donne le ton à ce roman d'une grande élégance.
   
    C'est bon de parcourir un texte aussi bien travaillé, où chaque mot a été choisi pour façonner un récit rempli d'oralité.
   
    Si quelques souvenirs ne font pas toute une vie, l'existence est une grande valeur tant que l'on peut encore dire : je me souviens.
   
    Un auteur à découvrir, une ambiance à savourer, même si parfois on se sent perdu dans le récit.

critique par Marie de La page déchirée




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