Lecture / Ecriture
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Correspondance 1945 – 1972 de Violette Leduc

Violette Leduc
  Thérèse et Isabelle
  L'Asphyxie
  L'affamée
  Ravages
  La vieille fille et le mort suivi de Les Boutons dorés
  Trésors à prendre
  La Bâtarde
  La femme au petit renard
  La folie en tête
  Correspondance 1945 – 1972
  La main dans le sac

AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2014

Violette Leduc est une écrivaine française née en 1907 à Arras et décédée en 1972.


Enfant illégitime, elle fut élevée par sa mère avec l'aide d'une pension paternelle. Plus tard, sa mère se maria et Violette eut un beau-père

Arrivée à Paris, elle rate son baccalauréat et travaille dans les bureaux de l'éditeur Plon. Elle y rencontre des écrivains qui la soutiendront le moment venu.

Toute sa vie, elle mêla amours homo- et hétérosexuelles.

En 1945, elle rencontre Simone de Beauvoir à qui elle présente son 1er manuscrit : " L 'asphyxie". Tout de suite, le Castor croit à son talent, l'aide et la soutient de toutes les façons possibles : professionnelles d'abord, mais aussi par des dons d'argent.

Violette tombe éperdument amoureuse de celle qu'elle appelle S. de B. ou "Madame"

Un autre de ses très généreux mécènes est le riche Jacques Guérin, qui la fera même publier à ses frais.

Avec "La Bâtarde", V. Leduc rencontre enfin le succès. Cet argent lui permettra de s'acheter une maison dans le Vaucluse où elle va vivre de plus en plus, mais c'est à Paris qu'elle mourra finalement, emportée par un cancer.

Un autre de ses très généreux mécènes est le riche Jacques Guérin, qui la fera même publier à ses frais.

Son œuvre fut toujours perçue comme scandaleuse, elle doit aussi l'être comme poétique.


Françoise d'Eaubonne lui a en grande partie consacré un ouvrage biographique: "La plume et le bâillon"

Correspondance 1945 – 1972 - Violette Leduc

Lettres choisies, établies, annotées et préfacées par Carlo Jansiti
Note :

   J’ai découvert Violette Leduc avec "La Bâtarde" dans les années 60/70; je me suis aussitôt passionnée pour son écriture, son audace, sa liberté.
   
   « Quand, au début de 1945, je commençai à lire le manuscrit de Violette Leduc, "Ma mère ne m’a jamais donné la main", je fus tout de suite saisie ; un tempérament, un style. Camus accueillit d’emblée L’Asphyxie dans sa collection "Espoir". Genet, Jouhandeau, Sartre saluèrent l’apparition d’un écrivain. Dans les livres qui suivirent, son talent s’affirma. Des critiques exigeants le reconnurent hautement. Le public bouda. Malgré un considérable succès d’estime, Violette Leduc est restée obscure.
   "Je suis un désert qui monologue", m’a écrit un jour Violette Leduc. J’ai rencontré dans les déserts des beautés innombrables. Et quiconque nous parle du fond de sa solitude nous parle de nous. L’homme le plus mondain ou le plus militant a ses sous-bois, où personne en s’aventure, pas même lui, mais qui sont là : la nuit de l’enfance, les échecs, les renoncements, le brusque émoi d’un nuage au ciel. Surprendre un paysage, un être tels qu’ils existent en notre absence : rêve impossible que nous avons tous caressé. Si nous lisons La Bâtarde, il se réalise, ou presque. Une femme descend au plus secret de soi, et elle se raconte avec une sincérité intrépide, comme s’il n’y avait personne pour l’écouter.
   L’échec du rapport à autrui a abouti à cette forme privilégiée de communication : une œuvre. Je voudrais avoir convaincu le lecteur d’y entrer : il y trouvera plus encore que je ne lui ai promis. »

   Simone de Beauvoir
   
   Ensuite ses romans n’eurent plus de secret pour moi, je les dévorais : "L’Asphyxie", "L’Affamée", "Ravages", "Trésors à prendre". J’étais fascinée par son audace, et encore, je n'avais pas tout lu, "Thérèse et Isabelle" je ne l'ai pas lu, son éditeur l'avait censuré ; à l’époque où je la découvrais, nombre de sujets qu’elle abordait étaient tabous, certains le restent encore. Quelques-uns de ses ouvrages ont disparu de ma bibliothèque, sans doute au cours de mes déménagements, mais je retrouve ceux-ci, bien jaunis ; peut-être vais-je les relire.
   
   "Je le dis tout net ses livres ne sont pas à mettre entre toutes les mains : il faut que les mains soient pures de tout préjugé et amoureuses -follement- de la littérature, de l'écriture, de la poésie. Ainsi elles s'adressent à nous, à toi, car il y a le plus haut tutoiement chez l'auteur de L'Asphyxie ou de La Bâtarde. Beaucoup, parmi ses contemporains, à commencer par Simone de Beauvoir, Maurice Sachs, Albert Camus, Jean Genet, Jean Cocteau et autres l'ont immédiatement reconnue, ont aimé cette œuvre d'une liberté extrême. Ne cherchez pas de modèles : Violette Leduc est seule, seule elle est la nouveauté aujourd'hui et demain."

   
   Aujourd’hui, avec cette Correspondance (empruntée à la médiathèque) je retrouve cet enthousiasme de ma jeunesse en lisant ses lettres, son fol amour pour Simone de Beauvoir. J’aime les descriptions minutieuses de son quotidien. Sa passion pour Simone de Beauvoir est quasi "mystique", elle l’aime comme une icône, mais aussi charnellement, en restant toujours respectueuse, admirative. "Elle lui inspire une passion fétichiste".
   
   
   Quatrième de couverture
   
   "Violette Leduc aimait les correspondances. Tout ce qui relevait de l'intime l'enchantait. Les Lettres de la religieuse portugaise, celles de Van Gogh à Théo étaient ses livres de chevet. Ils furent ses compagnons et ses modèles. Elle se reconnaissait en eux. "Je le lis et je me mets à le porter tout vivant dans ma chair, écrit-elle de Van Gogh, je ne connais pas de plus forte résurrection que la sienne par l'écriture."
   
   Violette Leduc fut elle-même une épistolière infatigable, voire obsessionnelle. Comment ne pas céder au vertige de l'épanchement, du monologue? Cette encre-là lui était vitale : "Je ne résiste pas au besoin de me confier."
D'ailleurs, dans son oeuvre, elle évoque sa correspondance, l'analyse, y fait allusion à plusieurs reprises. Qu'elles soient d'amitié, d'admiration, d'amour ou de haine, de quinze pages ou d'une ligne, adressées à une figure illustre ou anonyme, les lettres de Violette Leduc portent toutes sa griffe. Au ton, on reconnaît d’emblée l’écrivain. Elles sont à l’origine même de sa vocation littéraire. Maurice Sachs, qui fut son Pygmalion, lui avait dit un jour : "Vous m’avez écrit. Vous devriez écrire".
   
   Bien qu'elle s'en défende, le geste épistolaire est, pour Violette Leduc, un moyen d'accéder à la fiction, à une forme particulière de résurrection. L'écriture privée et libre de la lettre ne s'embarrasse pas des mêmes contraintes que le texte publié. Il n'y a pas de censure, pas d'interdits, pas de bienséance. Comme un journal qu'on destine à soi, la lettre de Violette Leduc peut tout dire. Ou presque. Sans ménagement, sans limite, sans gêne. C'est au destinataire de suivre, à son corps défendant. Car dans ses lettres, elle confie ce qu’elle n’ose pas avouer ou imposer de vive voix, "parce qu’une lettre que l’on reçoit est lue en quelques minutes et n’importune pas comme une présence". Même lorsque la sincérité de l’appel, l’authenticité émouvante du ton sont crédibles, c’est encore le "mensonge" littéraire qui hante l’épistolière."

critique par Des mots et des êtres




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