Lecture / Ecriture
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La chasse dans les collines de Yasushi Inoué

Yasushi Inoué
  Le fusil de chasse
  Le sabre des Takeda
  Le maître du thé
  Le château de Yodo
  Shirobamba
  Rêves de Russie
  La chasse dans les collines

Yasushi Inoue (井上靖) est un écrivain japonais né en 1907 et décédé en 1991.

La chasse dans les collines - Yasushi Inoué

Japoniserais-je, finalement ?
Note :

   Je suis doucement en train de m'intéresser à la littérature nippone. Yasushi Inoué (1907-1991), je ne le connaissais pas mais on a si bien a titillé ma curiosité. Et au hasard ou presque j'ai choisi ces trois nouvelles réunies dans "La chasse dans les collines". Ces trois histoires sont un modèle de narration, sobriété toute orientale, essentiel du récit apparaissant comme les gravures japonaises minimalistes, mais d'une acuité précieuse. Les thèmes sont d'un Japon éternel donc absolument contemporain, où rôde toujours comme un vieux code samouraï, incluant retour nature et disparition de l'individu envers la société. La première de ces nouvelles, éponyme, traite de l'adultère, au delà du doute, chez un chasseur qui trouve le mouchoir de sa jeune épouse dans un bois non loin de la maison. Pas de grand scandale, ni de violence, et puis il y a une belle différence d'âge... Alors rien de très grave, sauf que l'homme ira plus mal qu'avant...
   
   "Veillée funèbre" traite aussi du couple mais pas seulement. Le grand journaliste avait presque disparu depuis trois ans. Mort le lendemain de son retour à Tokyo. Une inconnue soulève le voile mortuaire, inconvenant. On apprend au fil des 80 pages que cette femme a vécu avec lui pendant ces années dans des conditions un peu spartiates, et épisodiquement. Cela suffit-il à parler de liaison? Cette femme écrit deux lettres, à la veuve, et à l'homme lui-même. Sur la difficulté d'être l'irrégulière, encore que dans la culture japonaise le mot de maîtresse n'est probablement pas le terme qui convient. Il y a dans ce pays de telles spécifités morales et sociales que beaucoup de finesses peuvent nous glisser entre les mains, poussières spirituelles très stimulantes néanmoins.
   
   Dans "Sannomiya en feu", ma nouvelle préférée, Kobé, sous les bombardements, nous suivons un groupe de filles délinquantes, délinquantes comme là-bas, dont le plus grave délit est d'entrer au cinéma sans payer. Ainsi quelques mois de la vie de ces filles dans un Japon à feu et à sang. Paradoxalement, Omitsu et ses amies, éprises de liberté, sorte de zonardes en une ville mutante, ne connaissent-elles pas ainsi le meilleur de leur vie? Comme en témoignent ces dernières lignes, stupéfiantes et fulgurantes.
   
    "Aujourd'hui encore, il m'arrive de me rappeler la beauté des langues de feu dans lesquelles je vis se consumer Sannomiya. Des flammes hautes et basses léchaient le ciel noir, crachant de temps en temps des gerbes de petites étincelles tremblotantes, d'une beauté fugitive. Ce brasier dévorant engloutissait un monde : c'étaient les arbres qui bordaient nos rues, les toits et les fenêtres de nos immeubles qui s'effondraient. Et il se dégageait de ce magnifique incendie quelque chose qu'en cette époque sombre il était sans doute permis de nommer "beauté"."

critique par Eeguab




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