Lecture / Ecriture
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En avoir ou pas de Ernest Hemingway

Ernest Hemingway
  Les neiges du Kilimandjaro
  L'étrange contrée
  La grande rivière au cœur double
  Pour qui sonne le glas
  Le vieil homme et la mer
  L'adieu aux armes
  Paris est une fête
  La vérité à la lumière de l'aube
  Paradis perdu
  En avoir ou pas
  Le soleil se lève aussi
  Au-delà du fleuve et sous les arbres

Ernest Miller Hemingway est un écrivain et journaliste américain, né en 1899 dans l'Illinois et mort le 2 juillet 1961 (suicide).


Paula McLain a écrit "Madame Hemingway" qui relate l'époque du premier mariage d'Ernest Hemingway.

En avoir ou pas - Ernest Hemingway

Morale à la Hemingway
Note :

   "En avoir ou pas" de Ernest Hemingway raconte l'histoire de Harry Morgan. Pendant la saison de pêche à la Havane, dans les années 30, il essaie de gagner de quoi faire vivre sa famille, sa femme et ses deux filles en amenant des milliardaires à la pêche aux gros poissons. Mais Johnson, son client part sans le payer après lui avoir abimé son matériel. Pour ne pas revenir sans argent chez lui, Harry accepte à contre cœur de transporter illégalement des chinois pour les déposer sur l'île Key West, la pointe la plus au sud des Etats-Unis, la dernière île à l'ouest de la Floride. Mais il tue le trafiquant avec lequel il est en affaire et débarque les autres passagers sur la côte. Plus tard, nous le retrouvons en train de faire de la contrebande d'alcool, ce qui lui coûte un bras. Enfin, il embarque des révolutionnaires cubains pour un voyage en sens inverse vers Cuba mais ses aventures vont s'arrêter là!
   
   Le roman est divisé en trois parties qui relatent des moments différents de la vie de Henry Morgan :
   la première partie s'intitule "Printemps", la deuxième partie, la plus courte, "Automne" et la troisième, "Hiver".
   
   Le titre peut recevoir deux sens qui expliquent le roman :
   
   En avoir ou pas, il s'agit d'abord de l'argent. Harry, Eddie, son copain poivrot, Albert un ouvrier qui travaille toute la journée pour un salaire de misère et ne parvient pas à faire vivre sa famille, sont du côté de ceux qui n'en ont pas! Pour mieux souligner l'injustice sociale, Hemingway fait évoluer à côté de ces misérables qui ont faim, ceux qui ne savent plus quoi faire de leur argent, propriétaires de yachts, capitalistes aux dents longues qui veulent toujours gagner plus, spéculent, trichent sur l'impôt, et poussent au suicide, en les ruinant, ceux qu'ils considèrent comme des faibles, écrivains en mal d'écrire, à l'ego surdimensionné. C'est la loi de la jungle et du plus fort, c'est à dire de celui qui a le plus d'argent et le moins de scrupules.
   
   Ce qui nous amène au deuxième sens du titre : en avoir ou pas, il s'agit alors des cojones et Harry pour ça il en a! C'est le mot employé par Hemingway, pas de traduction française mais vous aurez compris. Et puisqu'il ne pourra jamais être celui qui a de l'argent, il sera un homme, un vrai, celui qui ose prendre des risques, accomplir des choses dangereuses et illégales pour gagner de quoi faire vivre sa famille. Car il veut que sa femme et ses filles ne meurent pas de faim et il méprise des gens comme Albert qui ont peur de passer dans l'illégalité. On le comprend, Harry a déjà un lourd passé derrière lui. Il sait manier les armes, il a beaucoup de sang froid devant le danger et n'hésite pas à tuer s'il le faut sans état d'âme. On sait qu'il a été militaire, on comprend qu'il a eu une vie de baroudeur avant de se marier, de s'acheter un bateau et de devenir pêcheur.
   
   Ce que Hemingway veut nous faire comprendre, c'est que ce sont les riches qui sont malhonnêtes! Ce sont eux qui attribuent des salaires très bas aux ouvriers pour les maintenir dans la misère afin de les chasser de la côte de la Floride et y installer des stations balnéaires, des ports de plaisance qui rapporteront beaucoup d'argent. Ce en quoi ils ont totalement réussi. C'est un riche, Johnson, qui en volant Harry le force à tremper dans des affaires douteuses. Et entre eux, ces hommes et ces femmes ne cessent de se livrer à une guerre froide, cruelle et impitoyable.
   
   On pourrait penser que cet état des choses et la lucidité dont il fait preuve pousseraient Harry du côté des révolutionnaires mais non! Il se défend à plusieurs reprises d'être un rouge. Hemingway n'est pas le Steinbeck de "Les raisins de la colère". Sa réponse est individuelle et non collective. On y voit aussi se dessiner, mais en négatif, la morale d'un autre de ses romans "Le vieil homme et la mer" publié en 1952. Alors que le vieil homme se montrait un homme digne de ce nom en se battant contre le poisson sans faiblir et en réaffirmant ainsi la liberté et la dignité de l'homme, la morale de "En avoir ou pas" me paraît bien douteuse! D'abord, j'y vois un relent de machisme car sa conception du courage réaffirme une suprématie de la virilité brutale et sans honneur et de l'arme à feu pour régler les problèmes. La solution trouvée par Harry, celle du vol et du meurtre (même lorsqu'il s'agit de tuer des êtres qui ne sont pas ses ennemis) est assez repoussante. J'aurais trouvé honorable la réponse révolutionnaire.
   
   
   Le film de Howard Hawks "Le port de l'angoisse" est très différent. Le scénario change d'époque et de lieu. Nous sommes à la Martinique en 1940, territoire dirigé par le régime de Vichy : atteinte à la liberté, arbitraire, arrestations, brutalité, délation. Dans ce contexte, les américains sont neutres mais lorsque Harry (Humphrey Boggart) est sommé de choisir il le fait en se mettant du côté des opposants à Vichy et au nazisme; ainsi Harry s'affirme comme un héros qui en a mais pour la bonne cause.
   
   D'autre part, Hawks introduit le personnage fascinant de Slim (Lauren Baccal) et une histoire d'amour glamour où s'affrontent à armes égales dans un duo plein d'humour et de charme, cette femme et cet homme tous les deux courageux et qui n'ont pas froid aux yeux. Les acteurs sont sublimes. Le rôle du poivrot Eddie (Walter Brennan) explore le thème cher à Howard Hawks de l'amitié virile et de la solidarité. Vous dire lequel du livre et du film j'ai préféré? C'est évident, non?

critique par Claudialucia




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